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jeudi 25 mai 2017
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AP, 16 avril 2004

Irak : Négociations directes à Falloujah, mais proches de l’échec à Nadjaf

Suivi d’un commentaire


FALLOUJAH, Irak (AP) - Les négociations prennent une tournure plus directe à Falloujah, mais s’orientent vers un échec à Nadjaf.

Les efforts diplomatiques se sont multipliés, vendredi 16 avril 2004, en Irak, où trois journalistes tchèques et un otage chinois ont été libérés. Mais deux hommes d’affaires, l’un émirati et l’autre danois, auraient à leur tour été enlevés.


Selon un porte-parole du chef chiite radical Moqtada al-Sadr, les négociations avec les Américains à Nadjaf étaient proches de l’échec, vendredi 16 avril 2004. "Je pense que la médiation ne va pas durer longtemps. Ils aboutiront à une impasse aujourd’hui ou demain", a-t-il dit.

Le jeune imam a ajouté que la coalition avait exigé des demandes "impossibles à accepter" -apparemment que Moqtada Al-Sadr leur soit remis. Lors d’un prêche à Koufa, non loin de Nadjaf, ce dernier s’est dit prêt "au martyre pour le bien de l’Irak".

De son côté, un représentant du plus haut religieux chiite en Irak, l’ayatollah Al-Sistani, a mis en garde les troupes américaines contre toute entrée à Kerbala et Nadjaf. Ce modéré a prévenu que les forces américaines s’exposeraient à une forte réponse chiite si elles pénétraient dans ces villes saintes pour capturer Moqtada al-Sadr.

"Nous appelons à une solution pacifique, mais si les forces de la coalition devaient franchir la ligne rouge, alors nous adopterions une position plus ferme", a averti son porte-parole Mhadi al-Karbala’i, lors de la prière du vendredi 16 avril 2004.

Le général John Sattler, directeur des opérations du Commandement central américain a répondu qu’"aucune opération offensive" n’était prévue à Nadjaf. "Sadr est ici, nous savons où il se trouve mais pour le moment nous le laissons continuer à se marginaliser et nous ne préparons pas d’opérations de combat dans Nadjaf", a-t-il ajouté.

Le commandement prévoit de relever certaines des troupes entourant la ville située à 160 km au sud de Bagdad, signe apparent que des combats ne sont pas imminents.

Quelque 2500 militaires sont déployés autour de Nadjaf, prêts à tuer ou capturer Moqtada al-Sadr et démanteler sa milice.

Près de Koufa, en revanche, des affrontements ont éclaté entre soldats américains et miliciens chiites de l’armée du Mahdi, qui les ont attaqués. De fortes explosions ont retenti dans une zone peu peuplée, à la périphérie de la ville. Selon des responsables hospitaliers, cinq civils pris entre deux feux ont été tués et 14 autres blessés.

A Falloujah, des responsables américains ont rencontré, vendredi 16 avril, des représentants de la ville sunnite, à l’occasion des premières discussions directes entre les deux parties depuis le début du siège le 5 avril 2004. Onze membres de la municipalité, la plupart en costumes d’affaires, participent à la réunion.

Jusque-là, les pourparlers avaient été menés entre des responsables irakiens et les représentants de la ville.

"Nous arrivons avec un esprit ouvert. Ce que nous faisons là est très important. Nous tentons de donner une chance aux négociations", avait déclaré le commandant de Marines T.V. Johnson avant le début des pourparlers.

L’armée américaine a lancé en début de semaine dernière une vaste opération contre les insurgés de Falloujah, bastion de l’insurrection anti-américaine dans le "triangle sunnite". Plusieurs centaines d’Irakiens, essentiellement des civils, selon les responsables hospitaliers, ont été tués lors des combats entre Marines et insurgés.

Les Marines observent une trêve depuis une semaine, mais celle-ci est régulièrement rompue par des échanges de tirs.

Vendredi 16 avril 2004, encore, un avion de combat américain a largué une bombe de 900 kg dans le nord de Falloujah, détruisant un immeuble où des hommes armés avaient été aperçus auparavant, a rapporté l’armée.

A Mossoul, huit civils irakiens ont été tués, jeudi 15 avril 2004 au soir, par des obus de mortier qui visaient un commissariat irakien et une base américaine. Dix-sept Irakiens ont été blessés dans cette attaque.

Dans le même temps, le chantage aux otages se poursuivait, avec l’enlèvement d’un homme d’affaires danois, probablement entre Bagdad et Bassorah, dans le sud du pays.

Un civil émirati a par ailleurs été enlevé, jeudi 15 avril 2004 au soir, dans son hôtel de Bassorah, par des faux policiers. D’après le propriétaire de l’hôtel Al-Rachid, où séjournait l’homme, il dirigeait une compagnie de sécurité qui propose les services de gardes du corps.

Enfin, les trois journalistes tchèques portés disparus depuis le week-end dernier ont finalement retrouvé la liberté, de même qu’un Canadien.

Associated Press

Commentaire

On appréciera l’hypocrisie du général John Sattler, quand il affirme, la main sur le coeur, qu’"aucune opération offensive" n’est prévue à Najaf, et que les troupes d’occupation ne préparent "pas d’opérations de combat dans Nadjaf".

En réalité, depuis plusieurs jours, le gouvernement des Etats-Unis ne cesse de proclamer sa détermination de tuer Moqtada Al-Sadr et de désarmer ses partisans. Comme les Américains se doutent bien que les Irakiens ne se laisseront pas faire, cela implique qu’une attaque militaire a été prévue. C’est d’ailleurs en vue de cette attaque militaire que les troupes d’occupation ont été rassemblées. Le gouvernement des Etats-Unis n’en a pas fait un mystère.

Avant d’attaquer Fallujah, les Américains ont affirmé qu’il ne s’agissait que d’arrêter certaines personnes identifiées par eux. Une simple opération de police. En réalité, l’attaque massive de la population avait été planifiée. Elle avait même reçu un nom de code : Opération détermination de fer.

Il est probable que, pour Najaf, Kerbala ou Kufa, les occupants ont prévu un stratagème similaire à celui utilisé à Fallujah.

On commence par envoyer une patrouille faire de la provocation. Comme prévu, elle essuie les tirs de la résistance.

On envoie alors le gros des troupes à l’attaque de la ville, en affirmant qu’elles ne viennent que pour "faire cesser la violence" -à coups de missiles air-sol, d’obus de tanks et de rafales de mitrailleuses...

On relèvera, à propos de Fallujah, que le discours officiel des coalisés s’est modifié. A l’origine, on promettait une opération de police. L’arrestation de quelques personnes. Depuis que le massacre est en cours, on ne cache plus qu’il s’agit de "mâter la ville rebelle".

On massacre en prétendant "lutter contre la violence", et on invoque "les grands principes", "les valeurs démocratiques", "la fermeté face aux rebelles", etc...

C’est-à-dire que tous les habitants d’une ville sont a priori considérés "bons à tuer". Et on ne se gêne pas pour les tuer.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire les aveux d’un soldat américain, interviewé par un journaliste de l’AFP, à Fallujah. L’article figure dans la sous-rubrique Irak des Informations générales. Il est intitulé : "AFP, 15 avril 2004, Irak : Les crimes de guerre se multiplient à Fallujah. Les troupes d’occupation américaines commettent des assassinats en toute impunité".

Un soldat interviewé avoue tuer des Irakiens désarmés "pour venger ses copains" victimes de la résistance. Et les camarades de ce soldat, approuvent. C’est révélateur d’un état d’esprit généralisé.

Une autre manifestation d’hypocrisie des Américains apparaît dans leurs promesses de "trêves".

Les Américains commencent par proposer "une trêve" aux résistants, comme ils l’ont fait à Fallujah. Cela leur permet de se donner des airs humanistes et pacifiques devant les médias.

Alors même que la prétendue "trêve" est entrée en vigueur, au lieu de se tenir à distance, les Américains envoient des patrouilles perquisitionner chez les habitants. On défonce les portes, on épouvante la famille et on massacre tout ce qui résiste.

Tout Irakien en âge de porter les armes est considéré comme "un terroriste", "un suspect", et cela suffit pour "justifier" son arrestation, des "interrogatoires", et une détention arbitraire indéterminée dans un lieu tenu secret. Dans la pratique, face aux occupants, le commun des Irakiens n’a que le droit de se soumettre.

Si un groupe se révolte et prend les armes, on tire au canon, à la mitrailleuse, on bombarde, on envoie les hélicoptères avec des missiles. Les troupes d’occupation se comportent exactement comme si la vie d’un Irakien était dépourvue de valeur.

Et alors même qu’on tire à la mitrailleuse, alors même qu’on bombarde, alors même qu’on détruit systématiquement les habitations irakiennes, sous prétexte de passer de l’une à l’autre, on affirme que "la trêve se poursuit"... On évoque pudiquement "certaines violences", "des tirs sporadiques", "un affrontement" dans tel secteur. Et, toujours, on se pose en victime. Les méchants sont ceux qui nous résistent. Rien que pour cela, ils ne méritent pas de vivre.

Tandis que s’opère ce massacre, au vu et au su du monde entier, on affecte de "ne pas savoir", on se pose en moraliste, et on se donne des airs scandalisés parce que les Irakiens ont pris un otage. C’est la foire des hypocrites.

Bonne nouvelle en Irak : La trêve de Fallujah se poursuit...

Frank BRUNNER

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