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dimanche 23 juillet 2017
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AFP, 29 juin 2008

Corruption : L’omnipotent chef du renseignement péruvien sous Alberto Fujimori témoigne contre son ancien patron

par Monte HAYES


Vue de Lima

LIMA - Six mois après le début du procès pour meurtre d’Alberto Fujimori, peu de preuves ont été apportées pour confondre l’ancien président péruvien. Cela pourrait peut-être changer à partir de lundi 30 juin 2008 avec le témoignage très attendu de son ancienne âme damnée, Vladimiro Montesinos, autrefois tout-puissant chef du Service national de renseignement (SIN) et organisateur présumé d’un escadron de la mort qui a massacré vingt-cinq civils lors des violences entre l’Etat et les rebelles maoïstes, durant les meurtrières années 1990.

Peru


Aujourd’hui âgé de 63 ans et purgeant une peine de vingt ans de prison pour corruption et vente d’armes vers la Colombie, entre autres, Vladimiro Montesinos fut un des personnages les plus influents de l’ère Fujimori et un des architectes de la guerre contre les rebelles du Sentier lumineux. Dépeint comme un homme de l’ombre sans scrupule aux réseaux fournis, ses prérogatives avaient de fait dépassé celles du président, lorsque celui-ci fut renversé par un scandale de corruption en 2000 -dans lequel Vladimiro Montesinos était impliqué. "Montesinos contrôlait les forces armées, la justice, les services du procureur général. Il avait des pouvoirs immenses", estime Fernando Rospigliosi, un politologue qui a été chargé de réorganiser les services de renseignement après la chute d’Alberto Fujimori. Vladimiro Montesinos a également été lié à tous les crimes dont est aujourd’hui accusé Alberto Fujimori. Un ancien membre de l’escadron surnommé "groupe Colina" a déjà témoigné qu’il avait vu son supérieur hiérarchique rencontrer Vladimiro Montesinos le jour après que les barbouzes, à la recherche d’éléments subversifs, avaient massacré les quinze convives innocents d’un barbecue, à Lima, s’étant trompés de maison. Un garçon de huit ans faisait partie des victimes. Alberto Fujimori, âgé de 69 ans, est accusé d’avoir autorisé cette opération, ainsi que le meurtre de dix autres personnes, et encourt trente ans de prison et 33 millions de dollars (21 millions d’euros) d’amende.

Une fosse commune découverte à Putis, le 28 mai 2008. Elle contient les restes de 123 persones assassinées par l’armée qui les a présentées comme des membres du Sendero luminoso, en août 2003

L’ancien président (1990-2000) nie avoir jamais eu connaissance de l’existence de cet escadron et dément avoir organisé une guerre sale contre les rebelles maoïstes, qui a fait 70000 morts, mais qui lui a valu l’admiration de plusieurs de ses compatriotes. De son côté, Vladimiro Montesinos nie avoir été impliqué, accusant l’armée. Même si Vladimiro Montesinos pourrait avoir intérêt à garder le silence -il encourt trente-cinq ans de prison supplémentaires s’il est reconnu coupable d’avoir mis sur pied cet escadron- les procureurs espèrent tout de même que le témoin-vedette de ce procès très suivi au Pérou pourra les aider à faire tomber Alberto Fujimori. Au cours d’autres procès, Vladimiro Montesinos a déclaré qu’il agissait sur ordre direct du président. Il l’a même défié, un jour, alors qu’Alberto Fujimori, déchu, était parti en exil au Japon, patrie de ses aïeux, de rentrer au Pérou pour répondre de ses actes devant la justice. Alberto Fujimori, qui a fini par être extradé par le Chili en 2007, affirme, pour sa part, que son éminence grise a trahi sa confiance. "Si vous fréquentez Montesinos vous avez l’impression d’avoir affaire à un homme sincère, avec un visage aimable", avait-il déclaré depuis le Japon. "Mais derrière ce visage, nous savons que se cache une personne diabolique". Les retrouvailles des deux hommes au tribunal, qui seront retransmises en direct à la télévision, sont donc très attendues. Ce sera leur première rencontre depuis 2000, lorsqu’Alberto Fujimori avait renvoyé Vladimiro Montesinos, après l’apparition d’une vidéo montrant ce dernier en train d’acheter le soutien d’un parlementaire. Après la chute du gouvernement, chacun des deux hommes semblait soupçonner l’autre de vouloir le tuer.

Alberto Fujimori

Si Alberto Fujimori a reconnu au début de son procès que Vladimiro Montesinos "était un homme extrêmement capable en matière de renseignement", il s’est dit choqué des accusations visant son ancien collaborateur. Et il affirme qu’ils n’ont jamais été amis. Pourtant, Vladimiro Montesinos a qualifié par le passé leur relation de "symbiose". Il s’était imposé, dès le premier jour, comme un élément incontournable de la machine Fujimori, lorsqu’on avait fait appel à lui, en 1990, alors qu’il exerçait encore la profession d’avocat au profit de trafiquants de drogue, pour tuer dans l’oeuf une enquête pour fraude fiscale qui menaçait de faire dérailler la première campagne électorale du futur homme fort de Lima. Usant de ses contacts, il avait bouclé sa mission en trois jours, à la grande satisfaction d’Alberto Fujimori, se rappelle Francisco Loayza, ancien analyste et conseiller de campagne qui a présenté les deux hommes. Francisco Loayza fait d’ailleurs partie de ceux qui pensent qu’à la fin du règne de Fujimori, "le vrai pouvoir au Pérou était Vladimiro Montesinos", comme il l’a écrit dans un livre paru en 1998.

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Vladimiro Montesinos

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