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dimanche 23 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (4ème partie) : Du 16 avril 2004 au 30 avril 2004
Le Monde, 19 avril 2004

Irak : Moqtada Al-Sadr souhaite une force de maintien de la paix de l’ONU en Irak "composée de troupes de pays musulmans ou de pays n’ayant pas participé à l’occupation de l’Irak, comme la Russie, la France ou l’Allemagne"


La coalition dirigée par les Etats-Unis connaît, avec le désengagement espagnol, la première défection d’une de ses composantes majeures, alors qu’un calme précaire règne en Irak.

Washington a par ailleurs annoncé que John Negroponte, actuel ambassadeur à l’ONU, serait nommé en Irak, après le transfert de souveraineté le 30 juin 2004.


Les troupes espagnoles ont commencé, lundi 19 avril 2004, leur retrait d’Irak, conformément à l’engagement électoral du nouveau chef du gouvernement, José Luis Zapatero, a annoncé le ministre de la défense espagnol, José Bono.

Au cours d’une conversation téléphonique, George W. Bush avait exprimé ses regrets à M. Zapatero et demandé que le retrait des soldats espagnols se fasse "de manière coordonnée afin de ne pas mettre en danger les autres forces de la coalition en Irak".

Tentant de minimiser l’impact de ce désengagement, le général Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaires en Irak, a par ailleurs affirmé qu’il n’y aurait "pas de vide" sur le terrain.

Le départ des 1432 militaires espagnols, pour la plupart stationnés dans le centre de l’Irak à Diwaniyah, devrait s’étaler sur une cinquantaine de jours.

Lundi 19 avril 2004 également, le chef chiite radical Moqtada Al-Sadr a appelé ses partisans à cesser les attaques contre les troupes espagnoles.

Le porte-parole de M. Sadr s’est fait menaçant à l’égard des autres membres de la coalition dirigée par les Etats-Unis, leur conseillant de "suivre l’exemple de l’Espagne et de retirer leurs forces pour préserver la vie de leurs soldats".

La Maison Blanche a par ailleurs annoncé, lundi 19 avril 2004, la nomination de John Negroponte, ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU depuis septembre 2001, comme ambassadeur en Irak. M. Negroponte se retrouvera à la tête de la plus importante ambassade américaine dans le monde avec quelque 3000 employés dont de 700 à un millier d’Américains.

Cette nomination intervient alors que les Etats-Unis sont confrontés à un regain de violence en Irak et que l’administrateur américain Paul Bremer a annoncé -cherchant à justifier à l’avance le maintien des forces d’occupation au-delà de cette date-, que les forces de sécurité irakiennes ne seront pas en mesure d’assurer seules la sécurité du pays après le transfert de souveraineté le 30 juin 2004. S’en tenant à cette date, M. Bremer a repris les grandes lignes du projet de l’envoyé spécial de l’ONU en Irak, Lakhdar Brahimi, acceptant de laisser un rôle aux Nations unies après le transfert de souveraineté.

Dans l’attente de véritables mesures politiques, une baisse de la tension était néanmoins perceptible, lundi 19 avril 2004, dans les principales villes irakiennes, à Fallouja en particulier, où un accord pour contenir les violences a été signé, mais aussi à Nadjaf, où la milice chiite radicale de Moqtada Al-Sadr s’est déployée en masse, pour la commémoration de la mort du prophète Mahomet, pour l’instant dans le calme.

A Fallouja, des responsables de la coalition dirigée par les Etats-Unis et des dignitaires locaux, en discussion, depuis samedi 17 avril 2004, pour parvenir à consolider une trêve fragile, ont annoncé un accord pour réduire la tension dans la ville sunnite. Dan Senor, porte-parole de la coalition, a annoncé que cet accord prévoit notamment des patrouilles communes avec les forces de sécurité irakiennes, ainsi qu’une amnistie pour les personnes qui remettront des armes lourdes et l’accès des habitants aux hôpitaux.

Selon un médiateur irakien, Hachem Al-Hassani, les deux parties examinent toujours "un mécanisme" pour la remise des meurtriers de quatre civils américains, dont la profanation des corps avait été à l’origine de l’assaut lancé par les marines sur Fallouja le 5 avril 2004. "Nous avons fait d’énormes progrès dans les négociations et, les prochains jours, nous diront si nous allons réussir totalement", avait ajouté le responsable irakien.

A Nadjaf, les pélerins chiites affluaient, lundi 19 avril 2004, pour commémorer la mort du prophète Mahomet, alors que les troupes américaines étaient massées autour de la ville.

Le leader chiite a appelé ses partisans à cesser leurs attaques contre les soldats espagnols, au lendemain de l’annonce par Madrid de sa décision de retirer son contingent d’Irak, selon son collaborateur Qaïs Al-Khazaali.

Le chef chiite radical souhaite une force de maintien de la paix de l’ONU en Irak "composée de troupes de pays musulmans ou de pays n’ayant pas participé à l’occupation de l’Irak, comme la Russie, la France ou l’Allemagne", a-t-il ajouté.

Le parti chiite Al-Daawa avait relancé, dimanche 18 avril 2004, la médiation entre Moqtada Al-Sadr et les Américains.

La veille, un porte-parole d’Al-Sadr avait affirmé que la médiation était "arrêtée" et avait prévu une attaque américaine "à tout moment" de la ville de Nadjaf, où se trouve Moqtada Al-Sadr. Dan Seror, porte-parole de l’administrateur américain Paul Bremer, a déclaré que la coalition était ouverte à toutes les médiations.

Un bref accrochage a opposé des troupes américaines, postées dans le bâtiment de la municipalité de Sadr City à Bagdad, à des miliciens de Moqtada Al-Sadr, selon des habitants. L’incident a éclaté quand des miliciens ont attaqué à la roquette antichar cette position américaine.

Un obus de mortier tiré sur l’ambassade de Suède inoccupée a explosé dans le jardin, sans faire de blessé, selon la police irakienne.

Une forte explosion a aussi été entendue dans la matinée dans le centre de Bagdad et de la fumée s’est échappée de la "Zone verte", un complexe regroupant le bâtiments du quartier général de la coalition qui occupe le pays.

L’Iran a de son côté affirmé que la politique de "la poigne de fer" américaine en Irak "complique la situation". D’après le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, la délégation dépêchée en Irak par Téhéran n’a pu rencontrer ni Moqtada Al-Sadr ni le grand ayatollah Ali Al-Sistani "à cause du manque de sécurité". Bien que l’influence de l’Iran soit limitée, sans ses efforts, la situation en Irak "aurait pu être encore plus compliquée", a-t-il ajouté, en indiquant que Téhéran ne coopérerait plus avec les Etats-Unis à propos de l’Irak.

"Nous estimons que les Etats-Unis sont l’un des pays à l’origine de la crise, a continué le porte-parole iranien. A cause des politiques erronées des Américains en Irak et de leur ignorance de la région et du peuple irakien, la situation [dans ce pays] est très décevante. Les problèmes en Irak ne seront pas résolus par l’intimidation et l’usage de la force."

Lemonde.fr avec AFP et Reuters

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