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vendredi 24 février 2017
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Libération, 23 juillert 2008

Corruption en Roumanie

par Luca NICULESCU


Vue de Bucarest

Ils sont quarante-deux et portent un nom étrange : « inspecteurs d’intégrité ». Ils sont les employés du tout nouvel organisme créé par la Roumanie pour lutter contre la corruption : l’Agence nationale pour l’intégrité (ANI). Leur travail consiste à éplucher les déclarations de fortune des officiels roumains et de les confronter à la réalité. S’il existe des doutes quant à la véracité des déclarations, les inspecteurs s’adressent à la justice, qui peut décider de la saisie d’une partie des biens. A cause, notamment, de l’opposition du Parlement, l’agence a commencé son travail, en février 2008, avec un an de retard sur le calendrier prévu.

Roumanie


« On est contents malgré tout, affirme le président de l’Agence nationale pour l’intégrité, Catalin Macovei. Car on a déjà traité plus de 90 dossiers, dont 17 de parlementaires. » Parmi eux, un élu qui aurait mystérieusement gagné 3 millions d’euros en trois mois grâce à son flair hors pair dans l’immobilier, ou un autre devant justifier la provenance de 700000 euros dans le cadre d’un prêt. Les débuts ne sont pas faciles. L’Agence nationale pour l’intégrité trouve pour l’instant ses informations dans... la presse. « 80 % de nos enquêtes démarrent avec un article de journal », reconnaît Catalin Macovei. Les officiels de l’agence appellent à une meilleure coopération avec les autres organismes, et notamment le ministère de l’Intérieur, qui pourrait fournir des données intéressantes. « On a parfois du mal à comprendre pourquoi la Roumanie a toujours besoin de plus d’institutions pour régler les problèmes de corruption, déplore un juge sous couvert d’anonymat. Si les institutions qui existent déjà faisaient bien leur travail, la situation serait meilleure. »

Catalin Macovei

Outre l’Agence nationale pour l’intégrité, la Roumanie dispose également d’une Direction nationale anticorruption (DNA) qui enquête, depuis des années, sur les affaires douteuses des hommes politiques. Le bilan est mitigé : il y a trois ans, la Direction nationale anticorruption avait mis en accusation plusieurs anciens ministres avec force publicité. Aucun procès n’a pour l’instant abouti. Pis, la semaine dernière, la Direction nationale anticorruption a abandonné, faute de preuves, les investigations contre deux ex-ministres soupçonnés d’espionnage et de trahison. « Même s’il n’y a pas de condamnation définitive, il faudrait toutefois remarquer que plusieurs procès sont en cours », tempère Daniel Morar, le jeune procureur en chef de la Direction nationale anticorruption.

Daniel Marius Morar

Si les « gros poissons », comme les appelait un officiel européen, sont toujours en liberté, la Roumanie enregistre des progrès dans la lutte contre la corruption locale, celle qui touche les maires, les conseillers municipaux et départementaux, ainsi que les policiers. Le mois dernier, la Direction nationale anticorruption a démantelé un vaste réseau de trafic de permis de conduire. Une vingtaine de personnes, dont plusieurs policiers, se sont retrouvées derrière les barreaux. « Un an et demi après l’adhésion à l’Europe, il est toujours difficile de dire s’il existe une véritable volonté politique de lutter contre la corruption ou s’il s’agit seulement d’effets d’annonce, constate Lucia Efrim, journaliste. Mais des choses ont bougé et c’est déjà bien, car le système judiciaire roumain est l’un des plus conservateurs, les changements s’opèrent très lentement. » Pour les mener à bien, le ministre de la Justice, Catalin Predoiu, compte sur l’appui d’autres pays de l’Union européenne. Ainsi, c’est avec l’aide de magistrats français que la Roumanie rédige une nouvelle loi sur la responsabilité ministérielle, celle en vigueur accordant trop de privilèges aux anciens titulaires de la fonction. De même, des magistrats allemands aident à la rédaction d’un nouveau code pénal. Dix-huit ans après la chute de la dictature, la justice roumaine fonctionne toujours sur la base de textes hérités de l’époque Ceausescu.

Luca NICULESCU

Catalin Marian Predoriu

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source