retour article original

dimanche 23 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Angola
Reuters, 29 juillet 2008

Corruption : L’accusation résiste aux assauts contre le procès "Angolagate"

par Thierry LEVEQUE et Gilles TREQUESSER


José Eduardo dos Santos

PARIS (Reuters) - Avec l’appui indirect de l’Elysée et du ministère français de la Défense, mais sans celui du parquet, la défense des suspects d’une affaire de vente d’armes à l’Angola tente d’affaiblir l’accusation en vue du procès de quarante-deux personnes prévu au mois d’octobre 2008.

Angola


L’affaire porte sur des ventes d’armes à l’Angola d’un montant de 790 millions de dollars, entre 1993 et 2000, menées par deux hommes d’affaires, le Français Pierre Falcone et l’Israélien d’origine russe Arcady Gaydamak, qui auraient constitué un réseau d’influence en payant des personnalités. L’Angola et son président, Eduardo dos Santos, ont fait un casus belli diplomatique des poursuites visant les millions de dollars de commissions et cadeaux perçus par une trentaine d’officiels, dont le chef de l’Etat angolais.

Jean-Christophe Mitterrand

Aucun officiel n’est renvoyé devant le tribunal, mais l’ordonnance de renvoi du juge Philippe Courroye retient ces versements à charge contre Pierre Falcone comme "abus de biens sociaux". Le parquet de Paris, qui avait requis un non-lieu lors de l’enquête sur ce point, ne demandera pas de condamnations à ce titre au procès, dit-on de source judiciaire. De sources judiciaires, on rapporte que le procureur de Paris a décidé, ces derniers jours, malgré les démarches officieuses de plusieurs avocats, de maintenir à l’ouverture de ce procès, le 6 octobre 2008, l’accusation de "commerce illicite d’armes", contre l’avis du ministre de la Défense, Hervé Morin. Le banc des prévenus sera riche en célébrités, avec Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de l’ancien chef de l’Etat, son ex-conseiller Jacques Attali, l’ex-ministre de droite Charles Pasqua et son ami Jean-Charles Marchiani, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, l’ex-juge et élu UMP Georges Fenech et l’ex-dirigeant de la radio RMC Jean-Noël Tassez.

Charles Pasqua

Après une visite de Nicolas Sarkozy en Angola, en mai, où le chef de l’Etat français a souhaité "lever les malentendus du passé", Hervé Morin a envoyé une lettre, le 11 juillet 2008, aux avocats de Pierre Falcone, pour dire que le délit de "commerce illicite d’armes" n’existe pas. Techniquement, ce courrier serait susceptible d’ébranler les poursuites, qui reposent sur une plainte du ministère de la Défense déposée en 2001 par le ministre socialiste de la Défense d’alors, Alain Richard. Le procureur Jean-Claude Marin a cependant refusé de modifier sa position, dit-on de sources judiciaires. "Le courrier n’a été envoyé ni au tribunal, ni au procureur, mais à la défense, ce qui est sans précédent dans une affaire judiciaire. Le ministre n’a pas retiré sa plainte. Cette démarche ne change donc rien", explique un haut magistrat sous le sceau de l’anonymat. Peu après ce courrier, le ministère de la Justice a confirmé avoir intégré dans son administration un prévenu du procès, l’ancien député Georges Fenech. Selon le cabinet de Rachida Dati, il s’agit d’une mesure administrative normale, l’ex-juge revenant à son corps d’origine après la perte de son mandat de parlementaire. Par ailleurs, toujours après le courrier de Hervé Morin, le mandat d’arrêt international qui frappe Arcady Gaydamak, en fuite depuis 2000, a été reconduit la semaine dernière, malgré une demande administrative qui aurait pu aboutir à une suspension mi-août 2008, relève-t-on de source proche du dossier. Les avocats de ce milliardaire connu en Israël et en Russie ont approché les autorités judiciaires françaises, sans succès pour l’instant, pour négocier une présence au procès sans passer par un emprisonnement, disent les mêmes sources judiciaires.

Arcadi Gaydamak

Pierre Falcone, emprisonné en 2000-2001, a pris la fuite en 2003 après la délivrance par l’Angola d’un passeport diplomatique au titre de l’Unesco, puis la justice française a levé son mandat d’arrêt en octobre dernier. Il devrait donc être présent au procès. L’enquête chiffre à 397 millions de dollars les profits encaissés personnellement sur les ventes d’armes par Pierre Falcone et Arcady Gaydamak.

Thierry LEVEQUE et Gilles TREQUESSER

Pierre Falcone

AUTEURS 

  • Thierry LEVEQUE et Gilles TREQUESSER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source