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Reuters, 8 août 2008

Côte d’Ivoire : Deux ans après, Abidjan reste contaminée par les boues toxiques

par Laura MacINNIS et Jean-Loup FIEVET


Le Probo Koala

GENEVE (Reuters) - Deux ans après l’affaire des boues toxiques d’Abidjan déversées par un navire en provenance d’Amsterdam, la population de la capitale économique ivoirienne continue de souffrir de graves problèmes de santé, affirme un expert en droits de l’homme de l’ONU.

Côte d’Ivoire


Les déchets avaient été acheminées par le vraquier "Probo Koala", affrété par la troisième société mondiale de négoce en pétrole, Trafigura. Ce dernier a convenu de verser 198 millions de dollars aux autorités ivoiriennes pour régler l’affaire, tout en niant une quelconque responsabilité pour ces déversements. L’affaire, qui avait fait grand bruit à l’époque, a fait seize morts et provoqué des milliers de cas d’intoxications. En février 2008, le parquet néerlandais a annoncé son intention de porter plainte contre Trafigura et, le mois suivant, la justice ivoirienne a ouvert un dossier contre le courtier en hydrocarbures.

Une décharge de déchets toxiques à Abidjan en 2006

Selon Okechukwu Ibeanu, un universitaire nigérian travaillant pour les Nations Unies et qui vient de passer six jours en Côte d’Ivoire, les sept décharges sauvages à ciel ouvert des environs d’Abidjan concernées n’ont toujours pas été décontaminées, ce qui pose de graves conséquences pour les riverains. Certains rescapés sont revenus vivre et travailler depuis, faute de pouvoir être recasés ailleurs, indique l’expert qui a invité le gouvernement ivoirien à indemniser rapidement les victimes et à mieux surveiller les décharges concernées. Il faudrait aussi surveiller la santé des populations riveraines et traiter les problèmes sanitaires liés aux substances toxiques, de nombreuses victimes n’ayant pas les moyens de se faire soigner. "La population abidjanaise a besoin d’une aide d’urgence. Deux ans après, elle continue de vivre dans des conditions précaires et son droit à vivre dans un environnement sain et sûr continue d’être violé." "Les victimes que j’ai pu rencontrer continuent de se plaindre de maux de tête, de lésions cutanées, ainsi que de problèmes respiratoires et digestifs", souligne le professeur Okechukwu Ibeanu dans une déclaration. "Je suis très préoccupé de la situation, tout particulièrement celle des femmes qui se plaignent d’une augmentation de naissances prématurées, de ménopauses précoces et de fausses couches depuis le déversement des déchets". D’après lui, les déversements sauvages de boues toxiques, survenus en août 2006, ont contraint de nombreux Abidjanais à abandonner leurs habitations et leurs emplois.

Des containers remplis de déchets toxiques attendent leur évacuation d’une décharge publique, à Abidjan, le 11 octobre 2006

Le professeur Ibeanu, qui se rendra dans les mois à venir aux Pays-Bas, ajoute : "Certaines des victimes que j’ai rencontrées sont très vulnérables : elles n’ont pas assez d’argent pour se nourrir, encore moins pour s’offrir des soins médicaux. "J’espère être en mesure d’avoir une meilleure vue d’ensemble du dossier et de mieux cerner les responsabilités", a dit l’expert.

Laura MacINNIS et Jean-Loup FIEVET

Okechukwu Ibeanu

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