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AFP, 10 août 2008

Georgia : Vladimir Poutine estime que l’Etat a perdu la possibilité de contrôler l’Ossétie du Sud

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par Samantha SHIELDS


GORI (Géorgie), (AFP) - Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a déclaré, samedi 9 août 2008, que la Géorgie, après son opération "criminelle" contre la république séparatiste d’Ossétie du Sud, qui a déclenché une violente intervention militaire russe, ne pourrait plus rétablir sa souveraineté sur ce territoire.


Les protagonistes ont continué de publier des bilans contradictoires. Mille six cents personnes ont été tuées à Tskhinvali, selon une responsable des autorités séparatistes, Irina Gagloïeva. Plus de 30000 personnes auraient fui l’Ossétie du Sud, franchissant la frontière avec la Russie, d’après le vice-Premier ministre russe, Sergueï Sobianine. L’ambassadeur de Russie à Tbilissi a fait état d’"au moins 2000 civils tués" dans les combats à Tskhinvali, selon l’agence Interfax. Le président géorgien, Mikheïl Saakachvili a démenti, parlant de "mensonges flagrants". Il n’y a "pratiquement pas de civils tués", a-t-il affirmé. Le président abkhaze, Sergueï Bagapch, a annoncé que ses forces avaient lancé une opération pour chasser les troupes géorgiennes des gorges de Kodori, seul secteur d’Abkhazie qui échappe à leur contrôle. Les deux parties ont fait par la suite des déclarations contradictoires sur la situation sur le terrain dans cette zone. Par ailleurs, depuis le déclenchement de l’offensive géorgienne en Ossétie du Sud, dans la nuit de jeudi 7 août à vendredi 8 août 2008, la situation reste confuse dans la capitale de cette république séparatiste, Tskhinvali. L’armée russe comme Tbilissi affirmaient à la mi-journée contrôler cette ville. Côté géorgien, la télévision a fait état d’un bombardement par l’aviation russe sur la ville de Gori, dans le nord de la Géorgie, qui aurait tué un nombre indéterminé de civils. Les forces aériennes russes ont "complètement dévasté le port de Poti sur la mer Noire, site clef pour le transport de ressources énergétiques de la mer Caspienne" vers l’Europe, selon le ministère géorgien des Affaires étrangères.

Arrivé, samedi 9 août 2008, à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, en provenance de Pékin, M. Poutine a qualifié de "légitime" et "nécessaire" l’action de la Russie pour soutenir l’Ossétie du Sud, dans des déclarations retransmises à la télévision. M. Poutine a qualifié de "catastrophe humanitaire" la situation de la population, parlant de "crime contre le peuple ossète". Il a également fustigé la volonté de la Géorgie de devenir membre de l’Alliance atlantique. "Un coup mortel a été porté à l’intégrité territoriale de la Géorgie. Un dommage considérable (a été provoqué) à sa souveraineté étatique : il est difficile de s’imaginer comment il serait possible, après tout ce qui s’est passé (...), de convaincre l’Ossétie du Sud de faire partie de l’Etat géorgien", a déclaré M. Poutine à Vladikavkaz, capitale de la république russe d’Ossétie du Nord, voisine de l’Ossétie du Sud.

Peu avant ces développements, Mikheïl Saakachvili, a proposé à la Russie que les forces géorgiennes cessent le feu en Ossétie du Sud, si la Russie, intervenue pour soutenir les séparatistes, mettait fin à ses bombardements aériens en territoire géorgien. "Nous sommes prêts à cesser le feu immédiatement, si l’autre partie cesse de tirer et de bombarder", a déclaré M. Saakachvili sur la chaîne de télévision américaine CNN. "Il est évident désormais qu’il devrait y avoir un cessez-le-feu, qu’il devrait y avoir un désengagement", a dit le président géorgien. "Ils (les Russes) nous combattent et nous bombardent partout dans le pays. (...) Ils bombardent des cibles civiles", a affirmé M. Saakachvili. "Cela doit cesser immédiatement. Le monde doit s’unir. Il est temps que le monde réponde sans équivoque à cette violence, parle d’une seule voix pour condamner ces crimes de guerre", a-t-il ajouté. Les 2000 hommes du contingent géorgien en Irak étaient prêts, samedi 9 août 2008, à rentrer en Géorgie pour participer aux combats, mais attendaient le feu vert de Tbilissi, selon un responsable du contingent. Plus tôt, M. Saakachvili avait annoncé qu’il avait "signé un décret sur l’état de guerre".

Rejetant les accusations de Tbilissi, la Russie a nié avoir voulu le conflit. La Russie ne veut pas de guerre avec la Géorgie et s’efforce simplement de restaurer l’ordre en vigueur en Ossétie du Sud avant l’opération militaire lancée par Tbilissi pour reprendre le contrôle du territoire, a déclaré à la BBC le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Et le président russe, Dmitri Medvedev, a assuré que l’opération russe avait pour but "de contraindre la partie géorgienne à la paix".

Les déclarations de M. Poutine sur l’improbabilité d’un rétablissement du contrôle de Tbilissi sur l’Ossétie du Sud ont été suivies par une réaction de l’OTAN. "Les négociations auxquelles nous appelons, comme d’autres, peuvent uniquement être fondées sur l’intégrité territoriale de la Géorgie", a déclaré une porte-parole jointe au quartier général de l’OTAN à Bruxelles. Le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, Dmitri Rogozine, a souligné que le retrait des forces géorgiennes était un préalable. "Avant de démarrer des négociations, la Géorgie doit retirer ses forces des zones de conflit de l’Ossétie du Sud et rétablir le statu quo", a-t-il déclaré à l’AFP.

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU devait tenir une nouvelle réunion sur le conflit entre la Russie et la Géorgie, la France, qui préside l’Union européenne, a annoncé que le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se rendrait "dès que possible dans la région" pour proposer "une sortie de crise". La présidence française a également annoncé une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne "au début de la semaine prochaine". Annonçant une mission de M. Kouchner dans la région, la présidence française a indiqué que Nicolas Sarkozy "propose un plan de sortie de crise articulé autour de trois éléments : une cessation immédiate des hostilités ; le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Géorgie ; le rétablissement de la situation qui prévalait antérieurement sur le terrain". La présidence française a annoncé qu’un conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE "sera réuni au début de la semaine prochaine pour évaluer la situation et développer les perspectives de règlement du conflit". M. Sarkozy "se réserve la possibilité de convoquer une réunion extraordinaire ultérieure du Conseil européen".

Samantha SHIELDS

Commentaire

Mikheïl Saakachvili, le président géorgien, est une sorte de Slobodan Milosevic local. Depuis son élection, au lieu de se consacrer à améliorer les conditions de vie du peuple géorgien, il n’a pas cessé de fomenter une guerre civile, dans l’espoir de reprendre par la force le contrôle des régions séparatistes. Le gouvernement russe lui a donné de nombreux avertissements, qu’il a ignorés. Ses démarches visant à adhérer à l’OTAN avaient pour but de dissuader une réaction russe en prévision de l’agression des régions séparatistes. Afin d’être bien vu du gouvernement américain, Mikheïl Saakachvili a établi des relations avec Donald Rumsfeld, quand il dirigeait le Pentagone, et il a envoyé de la chair à canon géorgienne en Irak.

L’agression géorgienne du 7 août 2008 contre l’Ossétie du Sud a succédé à une série d’attaques au mortier, à des tirs de snipers, etc, de géorgiens contre des Ossètes du Sud. Cette agression a été particulièrement perfide, car des soldats russes et géorgiens, étaient censés coopérer comme "soldats de la paix" à la limite des régions séparatistes. Or, sans avertissement, les soldats géorgiens ont subitement ouvert le feu contre leurs collègues russes. Par ailleurs, des avions, des blindés et des missiles ont été utilisés par la Géorgie dans l’attaque de l’Ossétie du Sud.

Il semble que Mikheïl Saakachvili espérait imposer la politique du fait accompli, en réclamant un cesser-le-feu aussitôt après avoir envahi l’Ossétie du Sud. Mais la Russie a décidé de le chasser de toutes les zones conquises avant de consentir à un cessez-le-feu.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

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