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mardi 21 février 2017
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Reuters, 21 avril 2004

Irak : Une soixantaine de morts dans des attentats à Bassorah

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BAGDAD (Reuters) - Des attentats contre trois postes de police de Bassorah, dans le sud de l’Irak, ont fait au moins 68 morts et 200 blessés tandis qu’une explosion dans la ville voisine de Zoubeïr a tué trois Irakiens et blessé deux soldats britanniques.


A Falloudja, dans le "triangle sunnite" à l’ouest de Bagdad, des affrontements ont éclaté, entre US Marines et résistants irakiens, quelques heures à peine après une mise en garde du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld.

Dans le nord du pays, des éléments des forces irakiennes formées par les Etats-Unis ont mené un assaut contre un repaire de résistants, tuant quatre résistants et s’emparant de trois voitures bourrées d’explosifs.

Attentats coordonnés à Bassorah

Des attentats coordonnés ont visé, mercredi 21 avril 2004 au matin, trois postes de police de Bassorah, au coeur de la région chiite irakienne, dans le sud du pays.

La plupart des victimes sont des civils, dont de nombreux enfants qui se trouvaient dans un minibus touché par une des explosions, a précisé le maire.

Une quatrième explosion s’est produite quasiment au même moment dans la ville voisine de Zoubeïr, à 25 kilomètres, tuant trois Irakiens et blessant quatre soldats britanniques, dont deux grièvement, a-t-on appris de source militaire britannique.

"Ces quatre attentats semblent avoir été commis par des kamikazes", a déclaré une porte-parole du ministère britannique de la Défense à Bassorah.

Selon un responsable de l’hôpital universitaire Sadr de Bassorah, où les corps ont été transportés, 39 cadavres ont été identifiés et au moins 16 autres sont calcinés au point qu’ils n’ont pu être reconnus.

"Il y a eu trois explosions distinctes dans les postes de police vers 07h15 (03h15 GMT)", a déclaré John Arnold, porte-parole de l’armée britannique à Bassorah.

Les déflagrations ont provoqué des scènes de panique dans cette ville qui avait été relativement épargnée par le regain de violences enregistré depuis le début du mois d’avril dans le centre et le sud de l’Irak.

Un survivant a confié à Reuters qu’il avait entendu une énorme explosion alors qu’il se trouvait sur le pas de sa porte. "J’ai regardé autour de moi et j’ai vu que mes jambes saignaient, que mes voisins étaient morts, leur corps déchiqueté", a témoigné Amin Dinar.

Ce rescapé a vu ensuite un minibus en flammes. "Il était plein d’enfants -quinze des 18 passagers ont été tués et les trois autres grièvement blessés", a-t-il ajouté.

Les épaves calcinées de plusieurs véhicules, dont ce minibus qui transportait des enfants vers une école maternelle, jonchaient la chaussée à proximité des postes de police visés.

Dans un communiqué, l’Autorité provisoire de la coalition (CPA), sous direction britannique dans le secteur de Bassorah, a condamné "ces attentats ignobles". "C’était une attaque contre chacun d’entre nous et, plus important, contre la population de Bassorah. Nous en traquerons les responsables", ajoute-t-elle.

Affrontements à Falloudja

Falloudja, au coeur du "triangle sunnite", a été elle le théâtre d’une grande part des combats qui se sont développés en Irak depuis trois semaines.

Une trêve fragile obtenue par des médiateurs irakiens avait néanmoins tenu ces derniers jours, permettant le retour de certains des habitants qui avaient fui la ville.

Mais des combats à la mitrailleuse, au mortier et à la grenade ont éclaté, mercredi 21 avril 2004 au matin, entre forces américaines et résistants irakiens dans le quartier de Golan et se sont poursuivis pendant quatre heures.

Des habitants de la ville ont fait état de six civils tués et de dix autres blessés par des tirs américains.

Quelques heures plus tôt, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait prévenu lors d’un briefing au Pentagone que la trêve négociée par des médiateurs irakiens ne durerait pas éternellement.

"L’état actuel de la situation à Falloudja ne durera pas indéfiniment. Nous ne permettrons pas à des voyous, à des tueurs et à d’anciens partisans de Saddam (Hussein) de se tailler des portions de cette ville et de s’opposer à la paix et à la liberté", avait dit le chef du Pentagone.

Les US Marines ont lancé, le 5 avril 2004 une offensive contre cette ville, située dans le "triangle sunnite", où quatre Américains avaient été tués et leurs corps exhibés le 31 mars.

Mais cette offensive, marquée par des affrontements parmi les plus violents depuis l’entrée des forces américaines en Irak, en mars 2003, a été suspendue la semaine dernière.

Troisième défection dans les rangs de la coalition

Sur le plan diplomatique, la République dominicaine a annoncé qu’elle retirerait "dès que possible" ses 300 militaires déployés en Irak.

Cette nouvelle défection dans les rangs de la coalition réunie par les Etats-Unis vient s’ajouter à celles de l’Espagne (1400 soldats) et du Honduras (370 soldats).

Mais George Bush a minimisé ces développements. Le président américain a déclaré lors d’un meeting de campagne que les forces de la coalition restaient fortes. "Nous devons continuer à rassembler une coalition des volontaires, à rester solides et déterminés", a-t-il dit.

Son secrétaire d’Etat, Colin Powell, avait indiqué un peu plus tôt qu’il s’était entretenu avec les ministres des Affaires étrangères, voire les chefs de gouvernement de presque tous les pays membres de la coalition au cours des 24 dernières heures.

Le Premier ministre australien, John Howard, a prévenu que son pays n’augmenterait pas son nombre de soldats en Irak pour pallier le retrait de ces forces.

Dans la crise des otages, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a annoncé, mardi 20 avril 2004 au soir, attendre "avec confiance" des informations "dans les prochaines heures" sur les trois ressortissants italiens toujours retenus en otages en Irak.

Les autorités canadiennes ont confirmé pour leur part que le Canadien Mohammed Rifat, dont on est sans nouvelle depuis près de deux semaines en Irak, avait bien été victime d’un enlèvement.

Reuters

Commentaire

Il paraît évident que la résistance irakienne, loin de se laisser intimider par les crimes de guerre perpétrés par les troupes d’occupation, ne cessera de s’intensifier jusqu’à ce que les dernières de ces troupes aient quitté l’Irak.

Le fait de camoufler les troupes d’occupation sous une étiquette "OTAN" ou "ONU" ne modifiera pas fondamentalement la situation.

Les Irakiens n’ont pas d’ordres à recevoir des étrangers et la résistance irakienne ne se soumettra ni aux étrangers, ni à un gouvernement fantoche à la botte des étrangers.

En persistant à occuper l’Irak et à bafouer les droits fondamentaux des Irakiens -fouilles domiciliaires systématiques, arrestations et détention arbitraire, usage de la torture-, la coalition étrangère provoque la résistance, la justifie, et est directement responsable des conséquences, aussi déplorables soient-elles, des opérations menées en vue de la libération de l’Irak.

Ceux qui ont couvert le massacre de la population irakienne, par les troupes d’occupation, à Fallujah et ailleurs, n’ont aucune crédibilité morale quand ils se donnent des airs indignés à propos des opérations de la résistance irakienne.

Quant à ceux, parmi les Irakiens, qui collaborent activement avec l’occupant dans sa politique d’oppression, ils ne doivent pas s’étonner d’être traités comme l’occupant lui-même.

Ceci dit, il est nécessaire de rappeler, aux résistants irakiens, qu’il s’agit de libérer le peuple -pas de l’envoyer au cimetière- et qu’il convient donc d’éviter de faire des victimes innocentes parmi le peuple.

Le peuple irakien subit déjà bien assez de malheurs de la part des troupes d’occupation et devrait pouvoir compter sur la protection des forces de la résistance, au lieu d’en arriver à les redouter au même titre que les occupants.

De surcroît, les attentats commis en sorte de faire des victimes innocentes parmi les Irakiens favorisent l’amalgame entre résistants et "terroristes", alors que la résistance devrait toujours se démarquer des authentiques terroristes et éviter de s’abaisser au niveau de l’occupant.

Frank BRUNNER

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