par Gilles BERTIN
LA PAZ (AFP) - Le président socialiste bolivien, Evo Morales, largement confirmé à son poste par un référendum, n’est pas parvenu à rétablir le dialogue avec cinq gouverneurs de l’opposition, qui réclament l’abandon d’une réforme d’un impôt sur les hydrocarbures et plus d’autonomie des régions.
Au cours de deux rencontres, mercredi 13 août et jeudi 14 août, entre M. Morales, qui a remporté, dimanche 10 août 2008, plus de 67 % de votes favorables, lors d’un référendum révocatoire par lequel il remettait en jeu son mandat, et les gouverneurs de l’opposition libérale et conservatrice, chaque camp est demeuré sur ses positions. Les réunions, de trois heures chacune, se sont rapidement crispées lorsque les gouverneurs ont exigé que le gouvernement revienne, au moins partiellement, sur une décision prise, en 2007, d’affecter les ressources provenant d’un impôt sur les hydrocarbures (IDH), soit 166 millions de dollars, aux retraites des personnes âgées. Cet impôt était auparavant affecté aux régions et est considéré comme vital par les gouverneurs de l’opposition, qui dirigent notamment Tarija et Santa Cruz, les zones les plus riches de Bolivie (10 millions d’habitants). Ces deux régions, qui représentent 40 % du PIB du pays andin, détiennent de très importants gisements de gaz exploités par des compagnies pétrolières internationales comme Total (France), Petrobras (Brésil), Repsol (Espagne) et British Gas (GB), ainsi que des cultures industrielles agro-alimentaires.
Les gouverneurs de Santa Cruz et Tarija, ainsi que ceux de Pando et Beni, opposés au gouvernement socialiste, ont été, comme le président Morales, confortés par le référendum de dimanche 10 août. Ils ont aussi reçu le soutien de Mme Savina Cuellar, une indienne quechua élue, en juin 2008, gouverneur de Chuquisaca. Plusieurs spécialistes à La Paz estiment que pour une reprise du dialogue, les deux camps devraient ouvrir des négociations sous l’égide d’experts et d’organismes internationaux, au lieu de convoquer des rencontres où "les chefs se mesurent" en réaffirmant chacun leurs positions. Mais après l’échec des deux réunions, les gouverneurs ont appelé à une grève civique, mardi 19 août 2008, dans leurs régions respectives.
Les représentants de l’opposition, qui luttent aussi pour une plus grande autonomie régionale, refusent par ailleurs le projet de Constitution du gouvernement socialiste en le qualifiant d’"indigéniste et étatiste". Pourtant "Evo est en position de force pour faire passer la Constitution et bloquer l’impôt sur les hydrocarbures", a expliqué, vendredi 15 août 2008, à l’AFP, Franck Poupeau, sociologue à l’Institut de recherche et développement (IRD) basé à La Paz. Avec 67 % de voix favorables au président Morales, le référendum "n’a pas été un match nul", note le chercheur. Les gouverneurs "ont sous-estimé Evo Morales" et ce sont eux "qui ont rompu les négociations", ajoute-t-il. Ce projet de Constitution permettrait une réélection de M. Morales et surtout de mettre en oeuvre une réforme agraire interdisant les propriétés agricoles de plus de 5000 ou 10000 hectares. Cette réforme toucherait de plein fouet les gros propriétaires de la région de Santa Cruz, à la tête d’exploitations pouvant aller jusqu’à 200000 hectares. Pour le sociologue Henry Oporto, le parti du président Morales, le Mouvement vers le Socialisme, fort de sa large victoire au référendum, va "lancer une grande offensive pour chercher un avantage décisif", renforçant ainsi "la possibilité de scénarios catastrophes".
Gilles BERTIN
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