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mardi 25 juillet 2017
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Le Temps, 8 septembre 2008

Informations internationales : Une ONG bouscule les dictatures arabes

par Carole VANN et Juan GASPARINI


Vue du Palais des Nations, à Genève

En quatre ans, Alkarama, une ONG créée à Genève par d’anciens prisonniers politiques arabes, a déposé des milliers de plaintes auprès de l’ONU. Et ce au nom de victimes d’Arabie saoudite, de Bahreïn, de Syrie, de Libye, du Maroc, d’Algérie ou de Tunisie. Ce qui ne manque pas de courroucer les gouvernements visés.

Idriss Jazairy


Ainsi, le 22 août, lors d’une réunion préparatoire de l’actuelle session du Conseil des droits l’homme (8-26 septembre), l’ambassadeur algérien, Idriss Jazaïry, s’en est pris à Rachid Mesli, un avocat œuvrant au sein de Alkarama. Le diplomate a déploré qu’un membre d’une ONG « faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international pour appartenance à un groupe terroriste armé » puisse prendre la parole devant le Conseil des droits de l’homme. L’ambassadeur se référait à la session de juin 2008. En effet, Rachid Mesli y dénonçait les nombreuses violations commises en Algérie. Ce militant de longue date a lui-même connu la disparition forcée, la torture et a séjourné près de quatre ans dans les geôles algériennes. Il est réfugié en Suisse depuis 2000. « J’ai toujours gêné les autorités de mon pays en défendant les prisonniers politiques, raconte-t-il. Ce qui les a rendus fous, c’est lorsque j’ai soumis, en 2001, les dossiers d’Abbassi Madani et Ali Belhadj au Groupe de travail sur les détentions arbitraires qui a reconnu que les deux leaders du Front islamique du salut (FIS) étaient détenus suite à un procès inéquitable. En 2007, le Comité des droits de l’homme a également condamné l’Algérie pour ces mêmes cas. » Rachid Mesli est alors condamné à 20 ans d’emprisonnement par contumace pour « constitution d’un groupe terroriste armé actif en Suisse ». L’Algérie demande à Interpol de lancer un mandat d’arrêt international. L’ambassadeur Idriss Jazairy ne veut rien ajouter à sa déclaration du 22 août 2008. Même discrétion de l’Office fédéral de la justice, à Berne, lorsqu’on demande si Interpol a contacté les autorités helvétiques à propos de Rachid Mesli. Jean-Philippe Jutzi, porte-parole du Département fédéral des Affaires étrangères, précise : « Les activités de Rachid Mesli et celles de l’ONG Alkarama pour laquelle il travaille ne posent pas de problème entre la Suisse et l’Algérie. Alkarama est une organisation dont les compétences sont reconnues auprès des organisations internationales et onusiennes actives dans la défense des droits humains. »

Abbassi Madani

En dépit de son activisme, l’ONG arabe reste peu connue des milieux onusiens. « On en a soudainement entendu parler lors du passage en Suisse du Soudanais Sami Mohieldin El-Haj, de la chaîne Al-Jazira. Le journaliste sortait de sept ans d’emprisonnement à Guantanamo, raconte un membre d’une importante organisation de droits de l’homme. Nous avons été impressionnés par la rigueur professionnelle et l’ampleur des connexions de cette ONG. » « Je connais peu Alkarama, admet de son côté Philipp Grant, fondateur de Track Impunity Always (TRIAL). En revanche, je connais de longue date Rachid Mesli. C’est un avocat sérieux, engagé, perspicace et clairement démocrate. Rachid est le poil à gratter des Algériens. Il en faudrait plus comme lui dans le monde arabe. »

Carole VANN et Juan GASPARINI

Ali Belhadj

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