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vendredi 24 mars 2017
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4 octobre 2008

Informations internationales : Le mobbing et la familiarité imposée aux salariés d’une entreprise

par Frank BRUNNER


Dans la plupart des entreprises et des administrations publiques, un salarié nouvellement embauché se voit aussitôt imposer le « tutoiement de rigueur » par ses collègues, voire par ses supérieurs hiérarchiques ou le patron. Il en résulte une atmosphère de familiarité censée créer une ambiance de travail sympathique. En réalité, il s’agit d’une fausse familiarité qui n’empêche ni les intrigues, ni les malveillances, ni les licenciements, et qui favorise les abus de toutes sortes. De surcroît, cette fausse familiarité diminue les capacités psychologiques de résistance de la victime confrontée à ces abus.


Le vouvoiement crée une distance psychologique entre les interlocuteurs, ceux-ci se sentant tenus d’adopter un comportement et un langage corrects. Un employeur ou un chef de service hésitera à exiger d’un employé qu’il vouvoie une prestation nullement prévue par le contrat de travail. L’employé pourrait facilement lui répondre qu’il n’est pas payé pour cela. Par contre, un contexte de « tutoiement de rigueur » facilite la requête abusive de l’employeur et rend psychologiquement plus difficile le refus de ce qui est présenté comme une sorte de service personnel entre camarades.

De même, on n’imagine pas un employeur mettre la main aux fesses d’une secrétaire qu’il vouvoie. Il peut s’attendre au minimum à prendre une gifle et à se retrouver devant le tribunal des Prud’hommes. Par contre, la fausse familiarité induite par le « tutoiement de rigueur » favorise le geste de l’employeur, tandis que la secrétaire aura tendance à se contenter d’une protestation verbale. Au départ, sous couvert de familiarité, le harcèlement sexuel sera présenté comme une plaisanterie dont la victime serait mal venue de s’offusquer. On lui reprocherait de « faire des histoires pour rien ». Cette faiblesse psychologique de la situation de la victime encourage la poursuite du harcèlement sexuel, et la victime a de plus en plus de mal à faire respecter son intégrité physique. Le « tutoiement de rigueur » crée, en quelque sorte, une relation psychologique de couple entre le harceleur et sa victime, bien que cette dernière refuse cette relation. La secrétaire n’est plus traitée comme une collaboratrice professionnelle, mais comme un partenaire sexuel sur le point de succomber au charme supposé irrésistible du harceleur.

De ce qui précède, on peut déduire que le « tutoiement de rigueur » au sein des entreprises et des administrations publiques doit être combattu. Les salariés doivent être libres de nouer, entre eux, des relations familières, mais cette familiarité n’a pas à leur être imposée sous couvert de « l’esprit maison ». Il n’y a aucune raison de croire qu’un employé travaille moins bien ou est moins motivé dans une entreprise au sein de laquelle on se vouvoie. Par contre, il y a tout lieu de croire qu’au sein d’une telle entreprise les cas de mobbing sont beaucoup plus rares et beaucoup plus facilement dénoncés qu’au sein d’une entreprise où sévit le « tutoiement de rigueur ».

Frank BRUNNER

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