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lundi 27 février 2017
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6 octobre 2008

Informations internationales : L’idéologie néolibérale et les spéculateurs

par Frank BRUNNER


Vue du New York Stock Exchange

En évoquant la crise financière et ses conséquences socio-économiques, les médias s’abstiennent systématiquement de mettre en cause le néolibéralisme, alors que l’idéologie néolibérale est pourtant la cause fondamentale de cette crise.

Vue du London Stock Exchange


Durant des dizaines d’années, les prétendus « experts », les éditorialistes économiques et les politicards de droite n’ont pas cessé d’exiger « moins d’Etat » -c’est-à-dire moins de lois et moins de contrôles- et d’évoquer d’un air savant « la main magique du marché » censée résoudre automatiquement tous les problèmes économiques. Les mêmes ont défendu les salaires astronomiques des dirigeants de l’industrie et de la finance internationale, soi-disant rémunérés « à la hauteur de leurs responsabilités », alors même qu’ils se comportaient comme des irresponsables et exigeaient des « parachutes dorés », afin de se mettre à l’abri des conséquences de leurs propres décisions. Ce même milieu imposait, à travers les médias, le blabla « politiquement correct », selon lequel il ne faut pas dire « un spéculateur », mais « un investisseur ». Durant toutes ces années, ces gens, grâce au contrôle de médias appartenant aux multinationales, n’ont pas cessé de mentir, désinformer, tromper la population par tous les moyens et censurer ou tourner en dérision quiconque s’opposait à la politique néolibérale. Les adeptes du néolibéralisme étaient présentés comme des « révolutionnaires », des esprits audacieux, en avance sur leur époque, tandis que leurs adversaires étaient décrits comme des ringards adeptes du « plus d’Etat », de « l’Etat-providence » -qu’il s’agissait, pour les néolibéraux, de démanteler. Durant toutes ces années, les adeptes du néolibéralisme ont systématiquement sapé et dénigré tout ce qui assure la cohésion d’une société, à commencer par la solidarité, la justice sociale, etc... Après avoir provoqué, par cupidité et raisonnements à courte vue, une catastrophe économique planétaire, ces irresponsables que les médias présentaient quasiment comme des héros à prendre en exemple, n’ont rien eu de plus pressé que de faire appel à l’Etat, afin qu’il éponge leur ardoise avec l’argent des contribuables. Subitement, il s’agissait de se montrer solidaires, au profit des banquiers-spéculateurs.

Vue de Genève

Au cours des années 1980 et 1990, en Suisse, dans le canton de Genève, on a connu un scénario similaire. La spéculation immobilière battait son plein. Un immeuble pouvait être acheté à crédit le matin et revendu le soir pour beaucoup plus cher à d’autres spéculateurs qui empochaient à leur tour un copieux bénéfice en revendant cet immeuble le lendemain. Le milieu politique local couvrait ces magouilles et en profitait pour se sucrer au passage. Le prix de vente d’un immeuble n’avait plus aucun rapport avec le montant des loyers payés par les locataires. Les deux banques qui devaient ultérieurement fusionner pour devenir la Banque cantonale de Genève réalisaient de juteux profits en prêtant aux spéculateurs l’argent dont ils avaient besoin. Nul ne se souciait de l’intérêt public. Lorsque la bulle spéculative s’est effondrée -les immeubles surévalués ne trouvant plus de preneurs-, les banques se sont retrouvées avec des quantités de spéculateurs incapables de rembourser l’argent emprunté. Des immeubles invendables leur sont restés sur les bras. Afin de camoufler leurs pertes, les banquiers ont « vendu » ces immeubles à des sociétés bidon créées par elles-mêmes. Ces sociétés n’avaient qu’à payer les intérêts de la dette due, ce qui permettait de présenter le crédit comme une affaire saine. En réalité, la Banque cantonale de Genève était virtuellement en faillite. Patrick Chazaud, un Genevois qui s’efforçait d’alerter les médias sur cette situation, a subi une campagne de diffamation -les dirigeants de la banque diffusaient la copie d’un jugement qui l’avait condamné dans une affaire sans rapport avec ce qu’il dénonçait-, puis a été convoqué par une juge d’instruction qui a menacé de l’inculper s’il ne se taisait pas. Finalement, la Banque cantonale de Genève a dû admettre qu’elle était virtuellement en faillite et le milieu politique s’est empressé d’éponger l’ardoise avec l’argent public. Ce même argent introuvable quand il s’agissait d’aider les plus démunis. Il en est résulté un endettement monstrueux de l’Etat de Genève, tandis qu’aucune des personnes impliquées dans cette affaire n’a été condamnée à ce jour. L’oligarchie locale n’a rien perdu de son arrogance, bien au contraire. Quant à son discours néolibéral, il n’a pas changé.

Frank BRUNNER

Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source