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Le Figaro, 8 octobre 2008

Algérie : Quatre ans de prison ferme pour ne pas avoir respecté le ramadan

Suivi d’un commentaire

par C.J.


Vue de Biskra

Une nouvelle fois, la justice algérienne se fait remarquer par son zèle sur les questions religieuses. Six hommes, accusés de ne pas avoir respecté « un fondement de l’Islam, celui du ramadan », ont été condamnés, le 29 septembre, à quatre ans de prison ferme, par le tribunal de Biskra, une ville située à 420 km au sud d’Alger. Les prévenus, qui devront aussi s’acquitter d’une amende de 1000 euros, avaient été arrêtés, mi-septembre 2008, pour avoir mangé en public, avant le coucher du soleil qui marque la rupture du jeûne.

Algérie


Le verdict scandalise certains médias et les défenseurs des droits de l’homme. S’alimenter pendant le jeûne du ramadan est certes un sacrilège aux yeux des religieux, mais n’est absolument pas illégal. La loi comme la constitution algérienne qui garantit la liberté de culte, de conscience et d’opinion, n’a jamais prévu de sanctionner les citoyens qui dérogent à ce pilier de l’Islam. Le « délit » pour lequel ont été condamnés les prévenus ne correspond à aucune qualification pénale. Le juge du tribunal d’instance de Briska, a « contourné » la législation : la logique qui sous-tend son jugement s’inspire de l’article 144 bis 2 du code pénal qui encadre la liberté d’opinion. Cependant, cette disposition créée en 2001 ne concerne à priori que les...journalistes. Le 144 bis 2 instaure « des peines d’emprisonnements de 3 à 5 ans pour quiconque offensera le prophète (...) et dénigrera les dogmes de l’Islam par voie d’écrit, de dessin, de déclaration et de tout autre moyen ». « A partir de là, c’est la qualification même du délit qui a été faussée », dénonce Me Boudjemaa Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), dans les colonnes du quotidien El Watan. « Ces personnes ont été condamnées pour s’être moquées d’un précepte de l’Islam, alors que rien ne prouve qu’il s’agissait de moquerie », souligne-t-il. Autre signe, selon lui, que le jugement de Biskra est irrationnel : une trentaine de personnes, qui avaient été arrêtées quelques jours avant les six prévenus, pour avoir elles aussi mangé avant l’heure, ont été laissées en liberté après avoir présenté des excuses. « La loi divine elle-même ne prévoit pas de pénalité sévère, et même le régime des talibans n’est pas aussi strict [que le jugement de Biskra ] », a déploré un spécialiste du droit algérien. « C’est un précédent dangereux. On peut imaginer, demain, un juge interpeller des citoyens marchant dans la rues, à l’heure de la prière, parce qu’ils ne sont pas à la mosquée », a mis en garde un éditorialiste d’El Watan qui y voit une démonstration supplémentaire de la campagne de moralisation à laquelle se livre la police qui s’est transformée en redresseur de torts, veillant aux « bonnes mœurs » et chassant les « mécréants ».

Sous couvert de « lutte contre les sectes », les procès pour « délit de chrétienté » se multiplient dans l’Ouest algérien depuis le début 2008. Le ministre des Affaires religieuses suspecte ainsi les évangélistes de chercher à « constituer une minorité (de chrétiens) en vue d’immixtions étrangères » dans les affaires intérieures de l’Algérie. Figure emblématique de ce durcissement : Habiba Kouider. Arrêtée en possession de bibles et d’évangiles, trois ans de prison ont été requis contre la jeune femme. Face au tollé qui a suivi, le juge a demandé un « complément d’enquête ». Habiba Kouider attend toujours son verdict.

C.J. avec AFP

Vue d’Alger

Commentaire

Cette affaire démontre que, pour les musulmans, l’islam n’est pas une religion librement choisie. C’est une religion imposée à l’individu pour le seul motif que ses parents étaient musulmans. Quiconque est né dans une famille musulmane devient automatiquement une sorte d’esclave de cette religion. Non seulement on lui dénie le droit d’en changer, mais il est même passible de mort s’il le fait. Il s’agit là clairement d’une logique totalitaire dans laquelle les droits individuels n’ont pas leur place.

On relèvera que cette logique totalitaire n’est pas propre à l’islam. Chez les chrétiens, par exemple, lorsque les protestants se sont affranchis du catholicisme, ils ont été décrétés hérétiques et férocement persécutés. Si le christianisme a renoncé à ses méthodes totalitaires, c’est uniquement parce que les religieux ont été dépouillés de tout pouvoir politique. Quand on lit les romans du marquis de Sade, on constate que ses personnages se livrent continuellement à des tirades contre la religion et que les prêtres apparaissent toujours comme d’hypocrites débauchés. Cela correspond à une volonté, contemporaine à la révolution française, de discréditer le christianisme, perçu comme une religion oppressive. Car, tout au long de l’histoire, le catholicisme s’est allié aux despotes, afin que la religion catholique soit une religion officielle et la seule permise.

Les religions sont comme des partis qui ont fait de Dieu leur fonds de commerce électoraliste. Celui qui change de religion devient un "traître au parti". Dans les religions comme dans les partis politiques, on trouve une logique sectaire qui se résume à "nous contre les autres". Tout cela s’oppose à la logique interne de l’intérêt général et démontre que Dieu n’a rien à voir avec les religions, de même qu’il n’a rien à voir avec les partis politiques.

Frank BRUNNER

La Grande Mosquée de la Mecque, en Arabie saoudite

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