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Le Temps, 13 octobre 2008

Informations internationales : La mobilisation planétaire

par Sylvain BESSON


Un trader à la Bourse de Santiago, au Chili

A Washington, vendredi 10 octobre et samedi 11 octobre, à Paris dimanche 12 octobre 2008, les responsables politiques européens et mondiaux ont coordonné une série de plans sans précédent pour enrayer la crise. Au centre des dispositifs : la promesse d’une garantie des Etats aux prêts entre banques et la perspective d’un mécanisme de recapitalisation publique de toutes les grandes banques en difficulté.

Jose Luis Rodriguez Zapatero en compagnie de Nicolas Sarkozy


Moment de vérité. Dernière chance. Maintenant ou jamais. Les termes dramatiques ne manquaient pas pour décrire le sommet qui a réuni, dimanche 12 octobre 2008, à Paris, les quinze pays utilisant l’euro comme monnaie. Après des jours d’atermoiement et de divisions, les Européens ont abattu une carte décisive : la garantie par les Etats, jusqu’au 31 décembre 2009, des nouvelles dettes bancaires. Cette mesure vise à permettre aux banques, prises à la gorge par la crise, de se financer normalement.

Silvio Berlusconi en compagnie de Nicolas Sarkozy

Ces derniers jours, les emprunts sont devenus de plus en plus difficiles. Rendus méfiantes par la chute de certains établissements -Lehman Brothers, Fortis, Hypo Real Estate, les banques ne se prêtent plus entre elles, ou à des conditions coûteuses. Ce blocage entraîne le risque de faillites en série, et d’une paralysie générale de l’activité économique. Dans ce contexte, la garantie publique apparaît comme l’arme ultime pour ramener la confiance. La déclaration commune diffusée, dimanche 12 octobre, par les pays de l’Eurozone ne mentionne aucun chiffre, mais le total des garanties offertes par les Etats européens pourrait atteindre des centaines de milliards d’euros. Selon le ministre belge des Finances, Didier Reynders, les montants fixés par chaque pays pourraient être connus d’ici mercredi 15 octobre 2008.

Nicolas Sarkozy en compagnie de Gordon Brown

« Ce plan traite toutes les dimensions de la crise financière », a affirmé le président français, Nicolas Sarkozy, qui parle d’« effort absolument sans précédent pour juguler la crise ». « Je suis impressionné par ce qui a été décidé aujourd’hui », a ajouté le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet. Le plan prévoit aussi de soutenir les banques par des injections de capitaux publics, une mesure déjà mise en œuvre dans plusieurs pays. Plus originale, l’idée d’autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les entreprises, autres que les banques, n’a pas été reprise dans le communiqué final. Il a fallu une semaine de tractations et des « centaines » de coups de téléphone -dixit le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker- pour arriver à ce résultat. Dimanche 5 octobre, le sommet des quatre membres européens du G7 (Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie) avait débouché sur un vague engagement à soutenir les banques chacun de son côté. Les marchés boursiers ont réagi par des chutes massives -plus de 20 % de baisse en cinq jours à New York, Londres, Francfort et Paris. Cette déroute a fini par convaincre les pays les plus réticents, notamment l’Allemagne, qu’une action beaucoup plus forte était nécessaire. La solution est venue du premier ministre britannique, Gordon Brown. Le 8 octobre, dans une lettre adressée à ses partenaires européens, il suggérait de généraliser l’approche adoptée par le Royaume-Uni. Elle combine apport de capitaux publics aux banques fragiles -qui seraient partiellement nationalisées- et garanties d’Etat aux prêts interbancaires. Après des réticences initiales, la proposition britannique a fini par faire l’unanimité. L’Allemagne doit présenter, lundi 13 octobre, un plan qui étend sa protection aux prêts interbancaires, pour des montants qui pourraient aller jusqu’à 400 milliards d’euros. Au même moment, en France, un Conseil des ministres extraordinaire doit adopter un projet de loi analogue. A terme, tous les pays de l’Union européenne -qui se réunissent, mercredi 15 octobre 2008, à Bruxelles- devraient suivre. Mais dans quels délais ? C’est la première inconnue du plan européen. La France espère faire voter son projet de loi cette semaine, mais il n’est pas certain que les parlements soient partout aussi accommodants.

Jean-Claude Trichet

L’autre incertitude est plus crispante. Que se passera-t-il si les banques se ruent sur les fonds de refinancement, ou si les Etats doivent régler à leur place des dettes se chiffrant en dizaines de milliards d’euros ? Les garanties, « c’est comme l’arme nucléaire, c’est fait pour ne pas servir », expliquait, la semaine dernière, le ministre français du budget, Eric Woerth. L’ouverture des bourses, lundi 13 octobre 2008, dira si les marchés ont apprécié la métaphore.

Sylvain BESSON

Un broker chez BGC Partners, à Londres

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