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lundi 27 février 2017
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AFP, 23 avril 2004

Irak : Le gouvernement des Etats-Unis confirme que les Irakiens ne bénéficieront que d’une illusion de "souveraineté" après le 30 juin 2004

Suivi d’un commentaire


WASHINGTON (AFP) - L’administration Bush reste vague sur le processus de retour de la souveraineté aux Irakiens le 30 juin et sur les coûts supplémentaires de l’engagement militaire, suscitant la plus grande inquiétude au Congrès qui exige des éclaircissements.

"Nous ne savons même pas encore à quoi ressemble le plan pour le transfert de pouvoir le 30 juin 2004", a déploré, jeudi 22 avril 2004, l’influent sénateur John McCain, pourtant membre de la majorité républicaine du Sénat, le parti du président George W. Bush.

"Espérons que nous aurons beaucoup d’aide de l’ONU et de (l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Irak) Lakhdar Brahimi", a ajouté M. McCain.


Le flou entretenu sur les modalités du transfert de souveraineté, malgré les questions pressantes des parlementaires, ainsi que le refus du numéro deux du département de la Défense, Paul Wolfowitz de venir témoigner devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat, jeudi 22 avril 2004, a grandement irrité les sénateurs républicains et démocrates.

"Un plan détaillé pour la transition est indispensable pour montrer à nos alliés et aux Irakiens que nous avons une stratégie et que nous sommes déterminés à réussir", a déclaré, jeudi 22 avril 2004, le président de cette Commission, l’influent sénateur Richard Lugar.

Il a déploré "le manque de détails" fournis par M. Wolfowitz, mardi 20 avril 2004, devant la Commission des Forces Armées, où il était auditionné avec le général Richard Myers, le chef d’état-major interarmées.

"Contrairement à ce que certains disent, nous avons un plan", avait dit, devant cette commission, M. Wolfowitz, en référence à la proposition de M. Brahimi de former un gouvernement intérimaire pour prendre le relais des autorités d’occupation.

Mais M. Lugar et ces collègues veulent savoir exactement qui composera ce gouvernement, comment ses membres seront choisis et quelles sont les options de rechange si les différents groupes irakiens ne parviennent pas à s’entendre.

"Nous avons le droit de savoir ce qui se passe en Irak de façon détaillée et précise...", avait dit, mardi 20 avril 2004, devant la Commission des Forces Armées, le sénateur démocrate Mark Dayton.

Son collègue démocrate Joseph Biden, numéro deux de la Commission des Affaires Etrangères, a fait part, jeudi 22 avril 2004, d’une récente conversation avec le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, selon qui Washington ne sait pas clairement ce qu’il veut en Irak pour la transition.

Résumant ces sentiments, Sandy Berger, ex-conseiller pour la sécurité nationale de l’ancien président Bill Clinton, s’était dit, mercredi 21 avril, "frappé par la certitude affichée par l’administration Bush de rendre la souveraineté aux Irakiens le 30 juin, et par sa totale incertitude sur ce qui se passera le 1er juillet 2004".

Les parlementaires se sont aussi dits inquiets de l’accroissement des coûts du déploiement militaire.

Le général Myers a indiqué que des troupes supplémentaires pourraient être nécessaires et que le coût des opérations militaires augmentait déjà.

Le sénateur républicain Chuck Hagel a pressé l’administration de faire preuve d’honnêteté avec les Américains. "Cela va coûter de 50 à 75 milliards en plus" des 87 milliards déjà votés par le Congrès fin 2003, a-t-il dit cette semaine, alors que la Maison Blanche, en pleine année électorale, a déclaré jusqu’à présent ne pas envisager de rallonge budgétaire.

Pour calmer les irritations des parlementaires, l’administration a dépêché, jeudi 22 avril 2004, au Congrès, Condoleezza Rice, conseillère du président pour la sécurité nationale, qui a répondu à huis clos et séparément aux sénateurs républicains et démocrates.

Le républicain John Warner a raconté, à l’issue de ces entretiens, que Mme Rice avait surtout souligné que les forces de la coalition resteraient chargées de la sécurité après le 30 juin 2004, si bien que les Irakiens jouiront d’"une souveraineté limitée", a-t-il dit.

Agence France Presse

Commentaire

La poursuite de l’occupation de l’Irak, au-delà du 30 juin 2004, signifie, concrètement, pour les Irakiens, qu’ils continueront d’être exposés à des violations systématiques de leur domicile, à des arrestations arbitraires, à la torture, aux "disparitions" dans des prisons secrètes, aux massacres, etc...

Par ailleurs, il ne fait aucun doute que le gouvernement des Etats-Unis persistera à vouloir imposer aux Irakiens, par la force, un gouvernement à sa botte. Le gouvernement des Etats-Unis persistera à criminaliser les Irakiens qui exigent le départ des troupes d’occupation et il persistera à faire tirer sur ceux qui exigent la fin de l’occupation.

Ainsi, le choix fondamental qui se pose aux Irakiens se réduit entre la soumission, directe ou par marionnettes interposées, au gouvernement des Etats-Unis, et la poursuite de la guerre de libération, afin de mettre un terme à la colonisation de l’Irak par et pour l’occupant.

Si on considère la situation du point de vue de la résistance irakienne, il est inutile d’espérer amener le gouvernement des Etats-Unis à la raison.

En effet, du point de vue du gouvernement des Etats-Unis, les intérêts économiques des Américains en Irak sont prioritaires, et il importe peu de massacrer des Irakiens si cela favorise les intérêts américains.

Dans la mesure où les Irakiens choisissent de refuser la soumission à l’occupation étrangère, il convient d’intensifier les attaques contre les troupes d’occupation, en concentrant les moyens d’attaque sur les troupes américaines et en épargnant les contingents des pays qui s’abstiennent de tout acte d’hostilité à l’encontre des Irakiens. Cela se traduira par une économie de munitions, sans qu’il en résulte une diminution de l’efficacité stratégique.

S’agissant de Fallujah, si on considère les choses du point de vue de la résistance irakienne, il faut bien voir que l’occupation de la ville -ou de n’importe quelle autre ville- ne doit pas être une finalité en soi.

Les résistants Irakiens ne doivent pas se laisser piéger dans une guerre de positions, et se faire tuer dans le seul but de conserver tel bâtiment ou telle localité. L’essentiel est que la lutte se poursuive.

Ainsi, quand des résistants irakiens estiment que leur position devient indéfendable, ou qu’il est contre-productif de s’y maintenir, il est préférable d’abandonner la position et d’attaquer l’occupant ailleurs, ou dans une autre localité.

Une localité abandonnée aujourd’hui par la résistance peut fort bien être réinvestie deux ou trois mois plus tard.

Il ne faut jamais perdre de vue que, du point de vue de l’occupant, l’idéal serait de parvenir à attirer tous les résistants en terrain découvert, ou dans un endroit bien localisé, afin de bombarder cet endroit et d’exterminer la résistance d’un seul coup.

La meilleure parade, contre un tel plan, réside dans des petits groupes de résistants très mobiles, dispersés, et largement autonomes, lançant des attaques impromptues continuelles, pour se replier aussitôt, sans que l’occupant puisse organiser une riposte efficace.

L’idée générale est que la résistance conserve continuellement l’initiative, tandis que l’occupant se retrouvera continuellement en train d’attendre le prochain coup, sans savoir où la résistance frappera, et en envoyant sur les lieux des renforts qui n’y trouvent jamais personne.

Il est essentiel -pour des raisons humanitaires, politiques et diplomatiques- que les résistants prennent toutes les précautions requises afin d’éviter de tuer des Irakiens innocents, en sorte que l’occupant ne puisse pas rejeter sur la résistance la responsabilité des massacres qui caractérisent sa stratégie d’oppression.

Enfin, il convient que les authentiques représentants du peuple irakien -pas ceux que l’occupant désigne comme tels- s’accordent entre eux sur les modalités d’un gouvernement de l’Irak conforme à l’intérêt général des Irakiens.

Il s’agit, pour les Irakiens, de pouvoir compter sur un gouvernement légitime, intègre et compétent, choisi par le peuple, et prêt à exercer ses fonctions lorsque le dernier occupant aura été chassé d’Irak.

Frank BRUNNER

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