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AFP, 23 octobre 2008

Côte d’Ivoire : Verdict dans l’affaire des déchets toxiques à Abidjan

par J.B.


Vue du Probo Koala

Deux ans après le scandale du déversement à l’air libre des déchets du Probo Koala et les milliers d’intoxication qui ont suivi, le verdict de la justice ivoirienne désavoue l’enquête judiciaire.

Côte d’Ivoire


La cour d’assises de Côte d’Ivoire a rendu, mercredi 22 octobre 2008 au soir, son verdict dans l’affaire du déversement, en août 2006, des déchets toxiques du cargo Probo Koala, affrété par Trafigura. Les deux principaux accusés ont été condamnés à vingt et cinq ans de prison, les sept autres ont été acquittés. La cour a ainsi condamné sans surprise Salomon Ugborugbo, le patron de la petite société Tommy qui avait déversé à l’air libre à travers Abidjan 528 m3 de slops (résidus du nettoyage des cales : essence, soufre, soude caustique) du Probo Koala, un navire spécialisé dans le transport d’hydrocarbures. D’origine nigériane, il était le seul à être poursuivi pour empoisonnement, la pollution ayant provoqué, selon la justice, dix-sept décès et des milliers d’intoxications. Tommy n’avait aucune capacité pour retraiter ces déchets et s’est contenté de les déverser dans une décharge publique et une quinzaine de sites d’Abidjan, provoquant une véritable panique dans la capitale économique ivoirienne. L’homme, condamné à vingt ans de prison, s’est vu interdire tout séjour sur le territoire ivoirien pendant dix ans. Son avocat à annoncé son intention de se pourvoir en cassation. La cour a également condamné à cinq ans de prison et dix ans de privation de droits civiques un autre personnage central de ce scandale, un agent de la société consignataire du Probo Koala au port d’Abidjan, poursuivi pour complicité d’empoisonnement. La justice lui reprochait d’avoir fourni les coordonnées de Tommy à une filiale de Trafigura, pour décharger les slops du Probo Koala. La cour, qui a délibéré pendant plus de trois heures, n’a pas toutefois suivi l’avocat général qui avait réclamé mardi la peine maximale -la perpétuité- à l’encontre de Salomon Ugborugbo et Essoin Kouao.

Les accusés du procès du Probo Koala

Le jury a surtout désavoué l’enquête judiciaire en acquittant les sept autres accusés alors que l’avocat général avait requis vingt ans de prison pour cinq d’entre eux. La plupart étaient pourtant poursuivis aussi pour complicité d’empoisonnement. Avec l’acquittement du commandant du port, de l’ancien directeur général des Affaires maritimes au ministère des Transports et de trois douaniers, la cour a répondu à la demande de leurs avocats qui ont martelé que leurs clients ne savaient pas ou ne pouvaient pas savoir que les déchets étaient toxiques. Pour le directeur technique de la société consignataire et un de ses subordonnés, également renvoyés devant les assises, l’avocat général avait déjà demandé l’acquittement. Les sept acquittés ont probablement profité de l’ombre de Trafigura qui a plané tout au long du procès. La multinationale, qui a toujours rejeté l’idée que les déchets aient pu provoquer un tel drame, était absente à l’audience. La défense a accablé Trafigura en l’accusant d’avoir délibérément trompé ses interlocuteurs qui croyaient, selon elle, avoir affaire à des slops ordinaires, à savoir des « eaux usées ». Les avocats en voulaient pour preuve que la multinationale a déboursé 152 millions d’euros pour indemniser l’État de Côte d’Ivoire dans le cadre d’un accord à l’amiable. La défense a d’ailleurs dénoncé le rôle des autorités ivoiriennes qui ont renoncé à poursuivre Trafigura, tandis que trois cadres de la multinationale incarcérés à Abidjan étaient libérés le lendemain de l’accord.

J.B. avec AFP

Une décharge toxique, à Abidjan, le 12 septembre 2006

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