retour article original

dimanche 30 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse L’affaire de la Banque cantonale vaudoise
Le Matin, 2 octobre 2003

Inculpation des dirigeants de la Banque cantonale vaudoise

Suivi d’un commentaire

par Jean-A. LUQUE


La justice pénale lance sa première salve contre les dirigeants de la Banque Cantonale Vaudoise. Faux dans les titres. Gestion déloyale. Tels sont les principaux griefs formulés à l’encontre des anciens dirigeants de la Banque Cantonale Vaudoise. Ces derniers mois, le juge d’instruction vaudois Patrick Auberson n’a pas chômé. Engagé à plein temps sur ce délicat dossier, il a procédé à d’innombrables auditions. Au terme de ces premières investigations, Gilbert Duchoud, ex-grand patron de la banque, se retrouve inculpé en compagnie d’une dizaine d’autres responsables de l’établissement.


Le juge d’instruction reproche principalement à Duchoud et aux autres membres de la direction générale, en poste lors de l’exercice 1996, d’avoir procédé à des manipulations comptables. Un document intitulé « Etat des risques au 31.12.1996 » aurait été délibérément modifié. A l’arrivée, la BCV a pu présenter officiellement un bénéfice de 90 millions à la place d’une perte colossale de plusieurs centaines de millions de francs.

Certains membres de la direction générale ont été inculpés parce que collégialement responsables et signataires de ce genre de document. D’autres, tels Gilbert Duchoud ou encore le directeur général de la division commerciale, ainsi que le chef du département des affaires spéciales, ont été directement impliqués dans l’élaboration de ce que le juge considère comme un faux.

Rapport Bernasconi rendu public

Parmi les autres inculpés semble également figurer l’omnipotent président du conseil d’administration, Jacques Treyvaud, de même que des réviseurs des comptes. En ce qui concerne le Comité de banque, composé notamment de deux anciens conseillers d’Etat vaudois, Jacques Martin et Daniel Schmutz, il échappe à toute accusation. Ce comité se réunissait pourtant toutes les semaines pour superviser la direction générale.

Ces inculpations ne sont qu’une première salve lancée par la justice vaudoise. Il n’est pas exclu que d’autres suspects soient renvoyés au tribunal dans les mois à venir. Comme il n’est pas impossible non plus que certains inculpés (présumés innocents) soient lavés de tout soupçon d’ici à la fin de l’enquête.

Ces investigations pénales confirment le rapport présenté en début d’année par Paolo Bernasconi. Commanditée par les nouveaux dirigeants de la BCV et le Conseil d’Etat vaudois, l’expertise Bernasconi a tenté d’expliquer comment et pourquoi la banque a dû être recapitalisée à hauteur de 1,25 milliard de francs. Depuis hier soir, l’intégralité de ce rapport est publique.

Commentaire

Comme dans l’affaire de la Banque cantonale de Genève, on constate que les politiciens vaudois, membres du comité de banque -c’est-à-dire du conseil d’administration-, où ils ont siégé en échange de juteux jetons de présence, et pourtant pénalement responsables de la gestion, n’ont pas été inquiétés.

Or, il ne fait aucun doute que l’attitude complaisante d’élus politiques, membres du conseil d’administration, n’a pu que favoriser le développement d’une "culture de l’impunité" au sein de la direction de la banque. Le sentiment qu’on peut se permettre n’importe quoi "puisque, en-haut, ils sont d’accord"...

S’en prendre à des seconds couteaux n’a pas de sens si on épargne délibérément les principaux responsables. C’est une manière indirecte de favoriser le développement de la corruption.

Frank BRUNNER))

AUTEURS 

  • Jean-A. LUQUE

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source