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L’Express, 14 novembre 2008

Algérie : Abdelaziz Bouteflika concentre tous les pouvoirs

par Baya GACEMI


Vue d’Alger

Le Parlement algérien a voté la révision de la Constitution à la quasi unanimité. Derrière les retouches de façade, un seul dessein : lever l’empêchement fait au président Bouteflika de briguer un troisième mandat.

Algérie


Sans surprise, le parlement algérien, réuni en congrès le 12 novembre 2008, a voté la révision de la constitution à la quasi unanimité de ses membres (500 pour, 21 contre et 8 abstentions). Le pouvoir algérien joue, il est vrai, sur du velours, tant l’incohérence de ses détracteurs est immense. Ainsi, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, qui a voté contre) a aussitôt annoncé qu’il présenterait un candidat aux élections « sous certaines conditions ». Quant à celle qui était il n’y a pas si longtemps considérée comme la passionaria algérienne, la « trotskyste » Louisa Hanoune, laquelle répétait à l’envi que la révision constitutionnelle devait « passer par le peuple », a aussitôt oublié cette exigence. Mieux, en votant pour, elle n’a pas eu de mots assez forts, après coup, pour expliquer comment ces amendements allaient « apporter plus de démocratie » dans la pratique politique.

Abdelaziz Bouteflika

Bien sûr, une dizaine d’articles ont été retouchés ou ajoutés, dont un qui n’a pas son égal en matière de démagogie : celui qui vise à « donner aux femmes une plus grande place en politique ». Comble du paradoxe : cela se passait le jour où le tribunal d’Alger condamnait deux jeunes employées de la banque d’Algérie pour diffamation, parce qu’elles avaient osé porter plainte pour harcèlement sexuel contre leur chef. En fait, ces retouches cachent mal le véritable dessein des initiateurs de cette révision : lever l’empêchement fait au président Bouteflika de briguer un troisième mandat en amendant l’article 74 qui limitait le nombre de mandats présidentiels à deux. Avec, en prime, une concentration de tous les pouvoirs entre les mains du président et en transformant le poste de « chef du gouvernement » en celui de « premier ministre ». Le modèle américain d’un exécutif soudé autour de la personne du président dont Bouteflika se prévalait au début de son premier mandat, a subi quelques coups de griffe au passage. Dans un pays où les hommes comptent plus que les institutions, il est édifiant de constater que le poste de vice-président n’a pas pu être institué, faute de « dauphin » consensuel. C’est ce dernier, après tout, qui profitera de ces amendements...

Baya GACEMI

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