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mardi 22 août 2017
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Reuters, 23 novembre 2008

Guinée Bissau : Echec d’une mutinerie contre le président


Vue de Bissau

Des soldats mutins ont attaqué la résidence du président bissau-guinéen, Joao Bernardo "Nino" Vieira, dans la nuit de samedi 22 novembre à dimanche 23 novembre 2008, mais cette tentative pour le renverser ou le tuer semble avoir échoué, rapportent des témoins.

Guinée Bissau


La fusillade autour du domicile du président, dans le quartier Tchon de Pepel, à Bissau, a duré plusieurs heures et fait au moins deux morts, mais le calme semblait revenu, dimanche 23 novembre 2008 au matin, dans la capitale. Joao Bernardo Vieira, qui a présidé le pays de 1984 à la fin des années 1990, et a connu l’exil avant de revenir au pouvoir en 2005, doit remettre son mandat en jeu en 2010. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a déclaré à Radio France Internationale avoir reçu, dans la nuit, un coup de téléphone de Joao Bernardo Vieira faisant état de tirs de soldats sur sa résidence. Abdoulaye Wade a déclaré avoir dépêché des soldats sénégalais à la frontière et avoir mis à la disposition du président bissau-guinéen un avion en vue de l’évacuer, ainsi que sa famille, mais il a précisé que Joao Bernardo Vieira avait décliné l’offre. Abdoulaye Wade a invité les militaires bissau-guinéens à regagner leurs casernes.

Abdoulaye Wade en compagnie de Bernardo Vieira

L’Union africaine a exprimé son inquiétude devant ces violences, qui interviennent à la suite de la publication, vendredi 21 novembre, des résultats des élections législatives du 16 novembre dans l’ex-colonie portugaise. Ce scrutin s’est soldé par une claire majorité pour l’ancien mouvement de libération, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC). Le PAIGC, qui avait quitté, en juillet 2008, le gouvernement d’union nationale de Joao Bernardo Vieria, a obtenu 67 sièges sur 100, lors de ces élections que les observateurs internationaux ont jugé "libres, équitables et transparentes". Le Parti du renouveau social (PRS), qui s’appuie sur l’ethnie Balante et jouit de l’appui des chefs de l’armée, a obtenu, pour sa part, 28 sièges de députés, mais son leader, l’ancien président Koumba Yala, a contesté la régularité du scrutin. Celui-ci a été marqué par la défaite du Parti républicain pour l’indépendance et le développement (PRID), formation se réclamant du président, Joao Bernardo "Nino" Vieira, créée pour l’occasion et emmenée par l’ancien Premier ministre, Aristides Gomes. Koumba Yala, renversé, en 2003, par un coup d’Etat, et candidat malheureux face à Joao Bernardo Vieira, lors de l’élection présidentielle de 2005, a réclamé, durant la campagne, une enquête internationale sur le trafic de drogue sous la présidence actuelle.

Kumba Yala

Ces dernières années, la Guinée-Bissau, ses îles, ses côtes et son arrière-pays, sont devenus l’une des étapes privilégiées des barons colombiens de la drogue pour faire parvenir leur production de cocaïne jusqu’au marché européen, via les vastes étendues sahariennes. Les organismes internationaux de lutte contre la drogue ont tiré la sonnette d’alarme, craignant que l’ancienne colonie portugaise, un des pays les plus pauvres de la planète, ne se transforme rapidement en "narco-Etat". Le chef de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Antonio Mazzitelli, a déclaré récemment à Reuters qu’il espérait que la pression internationale pousserait le nouveau gouvernement à procéder à un "grand nettoyage" en "débarrassant le pays de la drogue et de l’argent du crime".

Alberto DABO et Marc DELTEIL

Antonio Mazzitelli

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source