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mercredi 28 juin 2017
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AFP, 25 novembre 2008

Informations internationales : L’ONU appelle à empêcher le dénigrement des religions

Suivi d’un commentaire


Le Vatican vu par satellite

Une commission de l’ONU a adopté, lundi 24 novembre 2008, une résolution appelant les Etats à empêcher, y compris par la loi, le dénigrement des religions, et affirmant que l’islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l’Homme et au terrorisme.

Vue de la Grande Mosquée, à la Mecque, en Arabie saoudite


Cette résolution non contraignante, co-parrainée par les pays islamiques avec l’appui du Bélarus et du Venezuela, a été adoptée par 85 voix contre 50, avec 42 abstentions, par la commission des droits de l’Homme de l’Assemblée générale de l’ONU. C’est un léger recul par rapport à une résolution similaire adoptée, en 2007, par 108 voix contre 51, avec 25 abstentions. Les pays occidentaux, qui voient dans ce texte une tentative de limiter la liberté d’expression, ont tous voté contre. Les pays musulmans, ainsi que la Chine, Cuba et la Russie, ont voté pour. Il devrait être également adopté, à une date ultérieure, par l’Assemblée générale, où siègent les 192 Etats membres de l’ONU.

Vue du mur des Lamentations, à Jérusalem

La résolution "note avec une vive inquiétude que la campagne globale de dénigrement des religions et l’incitation à la haine religieuse en général, notamment la discrimination ethnique et religieuse à l’égard des minorités musulmanes, se sont intensifiées depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001". L’Assemblée se déclare "profondément préoccupée par le fait que l’islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l’Homme et au terrorisme." La résolution "exhorte les Etats à appliquer et, au besoin, à renforcer les lois existantes lorsque des actes, manifestations ou expressions de xénophobie ou d’intolérance sont dirigés contre les minorités et les migrants, afin de mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs de tels actes".

Vue du Temple d’Or sikh à Amristar, en Inde

L’ONG UN Watch, basée à Genève, a aussitôt condamné l’adoption de ce texte. "C’est la dernière salve d’une série de résolutions de l’ONU qui cherchent dangereusement à introduire les interdits islamiques contre le blasphème dans le vocabulaire du droit international", a déclaré son directeur, Hillel Neuer, dans un communiqué. "Les droits de l’Homme ont été conçus pour protéger les individus, pour garantir à chaque personne la liberté d’expression et la liberté de culte, mais certainement pas pour protéger quelque croyance que ce soit, religion comprise", a-t-il ajouté.

Agence France Presse

Une statue de Bouddha à Kamakura, au Japon

Commentaire

La résolution fait un amalgame abusif entre la lutte contre la discrimination religieuse et le dénigrement -c’est-à-dire la critique- des religions. Sous prétexte de protéger les droits des adeptes d’une religion, on prétend interdire la critique de leur religion, cette critique étant présentée comme "une incitation à la haine".

Il est bon de rappeler que la liberté de croyance est déjà garantie par la Convention internationale des droits de l’Homme. De même, les discriminations basées sur une croyance religieuse sont déjà interdites. Sur ces points, la résolution de la commission des droits de l’Homme de l’Assemblée générale de l’ONU ne fait qu’enfoncer une porte ouverte.

Quant au dénigrement des religions, il n’est pas moins légitime que le dénigrement d’un quelconque parti politique, les religions étant assimilables à des partis qui font de Dieu leur fonds de commerce électoraliste. Tout comme celle des partis politiques, la logique interne des religions est une logique sectaire qui se résume à "nous contre les autres". Le discours religieux est un discours idéologique qui tente de se présenter comme un discours scientifique, puisqu’il est supposé exprimer une vérité incontestable. D’une manière générale, les religieux, au lieu de défendre les pauvres et de dénoncer l’injustice sociale, prêchent aux pauvres la soumission à l’ordre établi et manifestent la plus grande complaisance à n’importe quel despote disposé à leur accorder des privilèges.

Frank BRUNNER

Le sanctuaire shintoïste Meiji à Tokyo, au Japon

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source