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mercredi 26 avril 2017
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Le Monde, 6 décembre 2008

Corruption : Une "guerre des toges" déchire les juges italiens

par Philippe RIDET


Vue de Catanzaro

Même lui n’y comprend rien. Giorgio Napolitano, président de la République italienne, n’a pas hésité, en qualité de garant des institutions, à demander aux magistrats de Catanzaro, en Calabre, et de Salerne, en Campanie, "toutes les informations sur une situation sans précédent". Mercredi 3 décembre 2008, le parquet du tribunal de Salerne a ordonné une perquisition à son homologue de Catanzaro. Dès le lendemain, les magistrats de Catanzaro ouvraient une enquête sur six de leurs collègues de Salerne. Le tout avec l’aide des carabiniers...

Italia


Cette "guerre des toges", comme l’a surnommée la presse, remonte au mois de janvier 2008. A cette époque, le procureur de Catanzaro, Luigi De Magistris, qui enquête sur le détournement de 800 millions d’euros de fonds européens pour l’environnement, est déplacé à Naples, à la demande de ses supérieurs et du ministre de la Justice de l’époque, Clemente Mastella. Motif : violation du secret de l’instruction. Dans son enquête, l’ancien procureur de Catanzaro a fait apparaître, à l’aide d’écoutes téléphoniques, des liens entre des entrepreneurs locaux, des politiques de gauche comme de droite, des juges, des loges maçonniques, un mouvement ecclésiastique, l’ex-ministre de la Justice lui-même, et jusqu’à l’ancien président du conseil, Romano Prodi, et certains proches.

Luigi De Magistris

Déplacé à Naples, M. De Magistris porte plainte au tribunal de Salerne. Conséquence inattendue : les juges de Campanie prennent fait et cause pour le magistrat et soupçonnent les juges de Basilicate d’avoir cherché à porter atteinte à la réputation de leur collègue pour l’écarter d’une enquête dont il fallait gêner le développement. M. De Magistris eut ainsi la surprise de constater que les perquisitions qu’il avait ordonnées en mai 2005 avaient été éventées, permettant aux suspects de mettre à l’abri ce qu’ils pouvaient détenir de compromettant. Deux ans plus tard, il était dessaisi d’une part de son travail au profit d’un autre procureur. Un moyen, selon lui, d’empêcher certains recoupements.

Vue de Salerno

Cette affaire pourrait être une occasion rêvée pour M. Berlusconi de rogner, comme il le souhaite depuis longtemps, le pouvoir des juges. Il compte réformer la composition du Conseil supérieur de la magistrature -dont le vice-président, ancien président du Sénat, est également cité dans l’enquête de M. de Magistris- et restreindre l’usage des écoutes téléphoniques. Dans ce contexte de cannibalisme judiciaire et de suspicion généralisée, Angiolino Alfano, garde des sceaux, a déclaré : "Nous vivons l’implosion d’un système, d’un ordre, qui non seulement s’est transformé en pouvoir, mais qui prétend n’avoir aucune limite." Il a invité le centre gauche à voter au plus vite la réforme de la justice.

Philippe RIDET

Angiolino Alfano

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