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Le Temps, 13 décembre 2008

Corruption : Des policiers genevois brisent la loi du silence

Suivi d’un commentaire

par Fati MANSOUR


Vue de Genève

En vingt-cinq ans de métier, c’est la première fois qu’il assistait à pareille scène. Ce brigadier de la gendarmerie genevoise se rappellera encore longtemps cette nuit du 28 mars 2007 où il explique avoir vu un collègue asséner un coup de poing et « fracasser » contre le mur -c’est bien le mot qui lui vient à l’esprit- la tête d’un suspect menotté et résigné. Soulagé de pouvoir briser la loi du silence qui a longtemps prévalu dans la maison -même si certains l’accusent depuis lors de tous les maux -, le témoin s’est longuement exprimé, vendredi 12 décembre 2008, au procès du policier impliqué dans ces débordements.

Suisse


Difficile à déstabiliser, ce brigadier. Même pour une défense bien rodée. Chef de groupe au poste de Rive [un quartier de Genève], à l’époque, l’intéressé raconte cette intervention pas comme les autres. Cette nuit-là, il est appelé, en compagnie de deux autres jeunes gendarmes, pour donner un coup de main à des collègues. Ceux-ci viennent d’arrêter un trafiquant de boulettes dans le quartier de la gare. Le brigadier et ses hommes se chargent de le convoyer au poste d’Onex. Prénommé Mujitaba, ce Guinéen, requérant d’asile frappé d’une non-entrée en matière, n’oppose aucune résistance. Beaucoup moins calme, semble-t-il, l’accusé, sous-brigadier et de surcroît moniteur de technique d’intervention, arrive dans la salle d’audition. « Il était dans un état d’excitation extrême. C’était anormal par rapport à la situation. Il a pris le suspect par le cou, lui a donné l’ordre de cracher des boulettes. Celui-ci a émis quelques postillons de bave. Ensuite, le collègue lui a donné un coup de poing qui lui a ouvert la lèvre. Ce faisant, il s’est blessé à la main, l’a mal pris et a poussé la tête de l’individu contre le mur. C’était très violent. » Tout cela s’est passé vite et l’effet de surprise a été « monumental », ajoute le brigadier. Ne sachant quelle attitude adopter, ce dernier a ordonné à ses hommes de quitter les lieux en déclarant bien fort qu’il ne cautionnait pas ces agissements. « Le collègue a dû m’entendre car il a lâché le suspect. » Choqués, les jeunes gendarmes veulent alerter leur hiérarchie. « A l’école, on nous avait dit de signaler les dérapages », relève celui qui commençait à peine son stage. Mais son supérieur le met en garde. Le brigadier s’en expliquera au procès. « Le policier impliqué était instructeur et il avait une sacrée autorité dans la maison. Je savais qu’il était délicat de le dénoncer et qu’on n’obtiendrait aucun soutien, même pas de la part du commandant. De plus, celui-ci avait déjà noté dans la main courante que le suspect était agité, qu’il avait lui-même été blessé et devait suivre une trithérapie préventive. Il était devenu la victime. J’ai alors pris sur moi de ne rien dire tout en précisant qu’il fallait s’en tenir à la vérité si l’affaire sortait par un autre biais. »

Contrôle d’identité

En fait, c’est l’accusé qui a initié la procédure pénale qui se retournera finalement contre lui, en portant plainte pour lésions corporelles et menaces. Face aux juges, le policier clame son innocence. En substance, il soutient que le suspect était nerveux, qu’il refusait d’obtempérer et de cracher les boulettes (aucune ne sera retrouvée). Le coup donné était une manœuvre de déstabilisation destinée à détourner l’attention, afin de lui permettre de passer derrière l’individu pour lui faire une prise correcte du cou. Tout cela s’est mal passé. Le suspect a saigné de la lèvre à cause du coup qui n’en était pas un et le policier s’est blessé la main en basculant vers le mur. A la question de savoir s’il était vraiment nécessaire de faire cracher ces éventuelles boulettes, l’accusé répond : « Je suis policier, ma mission est de réunir les preuves et celles-ci se trouvaient dans la bouche du suspect. » Quant aux directives qui interdisent de frapper un individu menotté sauf circonstances exceptionnelles, il ajoute : « C’est de la théorie. Les choses sont souvent moins claires. » En résumé, l’intéressé estime avoir usé d’un moyen proportionné pour contenir la menace que représentait cet homme dont les mains étaient attachées dans le dos et qui râlait sous l’effet de l’étranglement. L’audience reprendra le 28 janvier 2008 avec l’audition d’autres policiers, qui viendront sans doute dire à quel point Mujitaba, désormais expulsé, était un agité notoire.

Fati MANSOUR

Une arrestation

Commentaire

Compte tenu de la description de la scène faite par son collègue brigadier, il est évident que le moniteur ripoux n’en était pas à son coup d’essai et qu’il avait l’habitude de se défouler sur les suspects étrangers. Le fait qu’à peine entré dans la pièce il se soit aussitôt précipité sur Mujitaba pour l’agresser est révélateur. Les supposées boulettes de cocaïne à faire cracher ne sont qu’un prétexte, car Mujitaba aurait eu tout loisir de s’en débarrasser pendant le trajet entre le poste de police du quartier de la gare et celui d’Onex.

La Tribune de Genève a publié une série de commentaires d’internautes à propos de cette affaire. Nous reproduisons, ci-dessous, les messages de soutien au policier ripoux, afin que chacun puisse apprécier à sa juste valeur la tournure d’esprit et le niveau de ce beau monde.

Frank BRUNNER

"Mon cher ami, je souhaite que la justice t’entende enfin, tu as assez souffert d’avoir juste fait ton travail. Pour l’autre, soi-disant collègue et qui vient de prendre du gallon, celui qui t’accuse, il n’a pas mis un pied dans la rue de toute sa carrière, il a forcément été choqué de voir un de ses collègues juste travailler..... Une petite pensée pour lui : les traîtres, en temps de guerre, il était de coutume des les pendre sur la place publique. En temps de paix, on les écoute et on les plaint... Inadmissible ! Courage mon ami !"

"Que dire de ta demande de révocation et de ton dossier personnel fourni par la direction de la Police, qui a homis de mettre toutes les félicitations depuis tant d’année ?!?! Moi je sais ; si tu avais du donner ta vie pour sauver un innocent, tu l’aurais fait. Mais jamais, ni chez nous ni dans les médias cela aurait été inscrit. Peut-être quelques lignes dans les faits divers du style : le gendarme à fait ce, pour quoi il était payé. Sans penser à l’Etre humain et à sa famille. Des flics comme toi, il en faudrait 500 de plus pour nettoyer nos rues, et que nos enfants, femmes et personnes agées puissent se promener en toute tranquilité. Mais le politique ne le veut pas. Imagine L, même la reconnaissance du travail bien fait durant l’Euro, ca leur mal au c..., alors tu imagine pour le reste ! Soit fort, on est nombreux avec toi. Le mouton noir, il verra : il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais... Biz ma poule."

"Un dealer traîne un policier devant la justice" ?? La presse socialo (mais pas indépendante) remets ça. Donc, un dealer (vendeur de mort, au cas où vous ne le sauriez pas) a des droit ? Ah, c’est votre dealer. je vois. C’est nouveau. C’est un criminel, non ? Il s’exprimera quand il sortira de taule. Au fait, c’est nouveau cette tendance éditoriale à soutenir les délinquants ?"

"Quelle ambiance à la Police, à qui la faute... Sur cette affaire, qui n’est pas jugée, un collègue qui a donné un coup de poing à un vendeur de drogue menotté qui lui crache au visage va en prendre pour son grade, voire plus. J’ai vécu cette situation il y a 15 ans, un dealer qui avait le sida m’a craché au visage. Il était aussi menotté. Il a pris un gifle, pas contrôlée, un réflex, comme si mon fils m’avait traité de fils de pute, vlan.. J’ai reconnu mon geste, et ma faute, j’ai été sanctionné

Mais je suis encore policier. A ce jour, je pense que si la même situation venait à se reproduire, bien des collègues donneraient une baffe au détenu dans les mêmes circonstances.. Le flic va être sanctionné, normal,voire licencié, mais le vendeur de drogue lui va rester dans la rue et continuer à vendre son produit de merde ... Et oui ... Engagez vous qu’ils disent ..."

"Que cela serve à nouveau de leçon ! La prochaine fois à la place lui faire cracher ses boulettes de merde qui polluent nos enfants il faudra la lui fermer pour qu’il les bouffes. Un de moins... Bravo Messieurs de la police pour votre travail, quotidiennement discrédité par les médias."

"Une fois de plus on tire sur une police exsangue, mal préparée devant cette violence de la nouvelle criminalité venue de l’Est et du Sud où tous les coups sont permis car ils n’ont aucune limite. Si les peines de prison pour les dealers étaient exemplaires, ils feraient moins les malins. Ils ont compris toutes les méandres des droits de l’homme aidés par une armada de gentils avocats commis d’office payés par nos soins. Genève et la Suisse, le nouvel Eldorado où il y a encore de l’argent, des citoyens qui n’ont jamais connu de conflits donc peu à même de se défendre avec des réflexes datant de 20 ans en arrière. Armons-nous juridiquement avec des lois strictes et définitive, trouvons des solutions qui sortent des sentiers battus."

Vue de l’Hôtel de Police, à Genève

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