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Le Matin, 18 décembre 2008

Suisse : Nouvel aperçu de la misère à Genève

Suivi d’un commentaire

par Fabiano CITRONI


Des joueurs d’échecs au parc des Bastions, à Genève

Elle a dû se priver de viande pendant six ans. Et souvent se contenter de fruits et légumes. Trouvés dans les poubelles des grands distributeurs et des maraîchers genevois. Aujourd’hui, Maria Sanchez n’a plus besoin de mettre les mains dans les containers à ordures pour se nourrir. Mais elle n’a pas oublié « ces fins de mois horribles ». Alors elle a monté une association, Bénévoles à domicile, qui vient en aide aux plus démunis. Cette Hispano-Suisse âgée de 50 ans est un des personnages centraux d’un reportage de « Temps présent ». On y découvre des gens obligés d’en arriver à cette extrémité. Et ce ne sont pas des clochards ni des toxicomanes.

Suisse


« Voir des gens faire les poubelles est quelque chose de plus en plus fréquent », confie Vincent Gall, président de l’association Partage (partenariat alimentaire genevois).

Maria Sanchez collabore avec cette association. Et effectue, tous les vendredis, une tournée pour livrer de la nourriture aux plus démunis. « Je touche une rente de veuve de quelque 3000 francs suisses. Lorsque mon mari est décédé, il y a onze ans, j’ai reçu beaucoup de soutien. A mon tour de m’occuper des gens dans le besoin. » La précarité, Maria sait ce que c’est. A 22 ans, quatre ans après son arrivée en Suisse, elle a dû se résoudre à faire les poubelles pour manger. « Je ne gagnais pas grand-chose et je tenais à payer toutes mes factures. Je ne voulais pas entendre parler de poursuites. Ce mot me fichait la trouille. Un jour, je n’ai pas eu le choix, j’ai dû fouiller dans une poubelle pour manger. » Maria a mis beaucoup de temps avant d’accomplir ce geste. « J’ai essayé plusieurs fois, mais je n’y arrivais pas. J’avais trop honte. Mais je me suis dit qu’il était préférable de faire les poubelles que de voler. Je le faisais de très bonne heure dans des endroits éloignés de mon domicile. Je ne voulais pas être reconnue. » Ne pouvait-elle pas demander de l’aide à ses parents ? « Ils m’auraient répondu que je n’aurais jamais dû quitter mon Espagne natale. Mais j’en avais marre d’être la serveuse de mes frères, là-bas. Et j’ai un minimum de fierté. »

Maria a fait les poubelles pendant six ans. Peu avant ses 30 ans, elle a pu définitivement arrêter. « Je parlais beaucoup mieux français et je trouvais plus facilement du travail. J’en avais un la journée et un le soir. J’ai commencé à sortir avec mes copines, m’acheter de la viande et même une voiture. Mais vieille. » Puis Maria s’est mariée. A la mort de son mari, elle a dû arrêter de travailler : le médecin lui a diagnostiqué une fibromyalgie, une maladie chronique qui se caractérise par des douleurs tendino musculaires diffuses. « Je me suis lancée dans le bénévolat. Cela me prend vingt heures par semaine. Je m’étais promis d’arrêter pour mes 50 ans. Mais je n’y arrive pas. » Pourquoi ? « Si j’arrête, j’ai peur que plusieurs personnes à qui je fournis de la nourriture se retrouvent encore plus démunies. Je ne peux pas faire ça. »

Fabiano CITRONI

Vue du parlement cantonal genevois

Commentaire

Il est intéressant de comparer la tournure d’esprit et les actes de Maria Sanchez avec la tournure d’esprit et les actes du milieu politique genevois, alors même qu’il prétend représenter le peuple.

Tandis que Maria Sanchez -et sans doute bien d’autres personnes vivant une situation similaire- fouillait les poubelles pour se nourrir, nos politicards se remplissaient les poches en se répartissant des places juteusement rémunérées, en se partageant les subventions, et en courant les pots-de-vin, entre deux tirades sur « les abus des pauvres ».

Tandis que Maria Sanchez s’engageait dans des actes de solidarité avec les plus démunis, nos politicards, estimant que le « minimum vital » était trop généreux, l’amputaient en supprimant l’allocation destinée aux vêtements, l’allocation destinée aux transports publics, et en supprimant même l’assistance juridique gratuite, alors qu’il s’agit pourtant d’un droit constitutionnel. Non contents de cela, ces mêmes politicards prenaient pour cible les mendiants roms, au point de permettre à la police genevoise de confisquer le contenu de leur sébille.

Chacun peut ainsi mesurer le degré de cynisme et de bassesse de l’oligarchie corrompue qui nous gouverne. Cela n’empêche bien évidemment pas cette oligarchie corrompue d’être dépeinte sous des traits flatteurs par les médias locaux.

Frank BRUNNER

Les membres du Conseil d’Etat genevois en compagnie du chancelier Robert Hensler (au second rang à l’extrême droite)

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