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mardi 27 juin 2017
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Tribune de Genève, 24 décembre 2008

Corruption : Le service social genevois est accusé d’intimidations

Suivi d’un commentaire

par Marc GUÉNIAT


Vue de Genève

L’étau se resserre autour de l’Hospice Général [le service social du canton de Genève]. Quatre associations se sont unies, mardi 23 décembre 2008, devant la presse, pour dénoncer « les pressions exercées sur les réfugiés statutaires pour libérer foyers et appartements ». Tour à tour, Caritas, le Centre social protestant (CSP), l’Asloca et le Rassemblement pour une politique sociale du logement (RPSL) ont fustigé « les intimidations » venues de l’institution chargée de mettre en œuvre la politique sociale du canton. La crise provient de l’augmentation du nombre de requérants arrivés en Suisse, et donc à Genève, depuis le début de 2008. Une thèse contestée par Dominique Froidevaux, du Centre social protestant, qui rappelle que le canton a accueilli quatre fois plus de requérants en 1999 qu’en 2008. Toutefois, entre-temps, la Confédération, prévoyant l’entrée en vigueur de la Lex Blocher [loi fédérale], plus restrictive, a sommé l’Hospice Général de vendre 350 logements « excédentaires » dédiés à l’asile. Débordée par ces arrivées, l’institution essaie de libérer de la place afin de loger les nouveaux arrivants. Pour cela, elle prie les permis B, qui ne devraient théoriquement plus être logés par l’Hospice, de quitter leur logement et d’en chercher un sur le marché libre ou subventionné. Mais la pénurie ne facilite évidemment pas les recherches de ces quelque 1000 personnes.

Suisse


« Dès le mois d’août 2008, l’Hospice était averti de cet afflux, mais il n’a rien fait. L’absence d’anticipation est patente », déplore Dominique Froidevaux. Carole-Anne Kast, du Rassemblement pour une politique sociale du logement, regrette, quant à elle, « la schizophrénie de l’Etat », qui ne comprend pas « que si l’Aide aux requérants d’asile (ARA) abandonne les permis B, c’est l’aide sociale qui risque de devoir les assumer. » Sur le plan légal, les mises en évacuation et augmentations drastiques des loyers sont jugées pour le moins contestables par l’Asloca, représentée par François Zutter. Il en va de même s’agissant des « transferts d’un foyer à l’autre, qui n’augmentent en rien la capacité d’accueil. Placer des gens aux Tattes ne vise qu’à les dégoûter, tant la situation sanitaire y est préoccupante », poursuit Carole-Anne Kast. Les œuvres d’entraide s’alarment surtout parce que, selon elles, le logement constitue le fondement de toute intégration pour ceux qui ont obtenu le droit de résider en Suisse.

Le centre des requérants d’asile des Tattes, dans le canton de Genève

Du côté de l’Hospice, le problème est désormais pris au sérieux. On reconnaît des erreurs et même certaines formes de pressions. Un groupe de travail ad hoc, rassemblant associations, gérance municipale et autres acteurs étatiques a été créé. La prochaine réunion aura lieu le 12 janvier 2009, tandis qu’entre-temps les procédures d’évacuation ont été suspendues. « Nous avons commis des maladresses, mais il faudra bien qu’on s’accorde sur le fond : l’Hospice doit-il continuer à héberger ces personnes ? Si oui, combien de temps ? Et, en conséquence, accepte-t-on d’ouvrir les abris PC pour les nouveaux arrivants ? » s’interroge Balthasar Staehelin, directeur de l’Aide aux requérants d’asile. Près de 150 logements préfabriqués pourraient être construits d’ici à décembre 2009. A ce jour, 113 personnes ont demandé l’asile à Genève rien qu’au mois de décembre 2008. Le canton octroie environ 50 permis B chaque mois.

Marc GUÉNIAT

Commentaire

L’Hospice Général, qui cultive une image d’« ami des pauvres », fonctionne, en réalité, comme une entreprise du charity business, avec une direction dont les membres, grassement payés, considèrent les usagers avec le plus complet dédain. Leurs droits les plus élémentaires sont bafoués, contournés ou « interprétés » en sorte d’être vidés de leur contenu. Quand un usager se plaint, on le calomnie en s’efforçant de le présenter comme « un profiteur ». La direction de l’Hospice Général ne s’identifie nullement aux plus démunis. Elle s’identifie aux politicards sans scrupule qui gouvernent le canton de Genève. Ceux-ci, pour des raisons idéologiques et électoralistes, s’efforcent de nier la réalité de l’injustice sociale, prétendant hypocritement qu’elle ne concernerait que quelques marginaux, alors qu’en réalité elle concerne une grande partie de la population : working poors, chômeurs, invalides, retraités, requérants d’asile, etc...

Si les membres de la direction de l’Hospice Général avaient un minimum d’éthique, ils organiseraient régulièrement des conférences de presse pour dénoncer les conditions de vie des plus démunis et l’inadaptation des barèmes de l’aide sociale à la réalité. Au lieu de quoi, lorsque la direction de l’Hospice Général organise une conférence de presse, c’est pour blablater sur le thème de « la générosité de l’Etat social » et se flatter de lutter contre « les abus des pauvres », présentés comme autant de fraudeurs potentiels, alors qu’en réalité les abus ne représentent que 1 % à 2 % des dossiers traités par l’Hospice Général et cela de son propre aveu. Encore faut-il voir que la notion d’« abus » doit être prise dans un sens très large. Ainsi, par exemple, à la suite d’un déménagement, un usager a vu le montant de son loyer diminuer de 100 francs suisses par mois, tandis que la facture de gaz augmentait du même montant à cause d’un chauffage indépendant qui équipait le nouvel appartement. Pour l’usager, d’un point de vue financier, cela ne faisait aucune différence. Néanmoins, lorsque l’Hospice Général l’a appris, il a exigé que l’usager rembourse les 100 francs suisses mensuels correspondant à la diminution du loyer. Parce que le montant du loyer était pris en charge intégralement par l’Hospice Général, tandis que l’usager ne recevait qu’un « forfait » dérisoire de 25 francs suisses pour payer sa facture de gaz et d’électricité. Ainsi, une personne se trouvant déjà au « minimum vital » a vu son revenu diminuer de 75 francs suisses par mois, au profit de l’institution censée lui venir en aide. De quel côté l’abus se situe-t-il, en réalité ?

On rappellera que le montant du « minimum vital » n’est jamais augmenté, ni même adapté au renchérissement du coût de la vie, si bien que le pouvoir d’achat des plus démunis diminue d’année en année, tandis que les politicards se sucrent tant qu’ils peuvent avec l’argent public. On rappellera que ces politicards n’ont eu aucun scrupule à amputer le montant du « minimum vital » des plus démunis en supprimant l’allocation pour les vêtements et l’allocation pour l’abonnement aux transports publics. Ils n’ont pas hésité à supprimer illégalement la gratuité de l’assistance juridique, alors qu’il s’agit pourtant d’un droit inscrit dans la constitution fédérale. On rappellera que le montant du « minimum vital » accordé aux requérants d’asile est très inférieur à celui, déjà scandaleusement insuffisant, accordé aux usager « normaux ». Les requérants d’asile sont délibérément affamés, dans le but de les inciter à quitter le pays. Dans sa bassesse sans limite, le milieu politique genevois n’a pas hésité à exiger de la police qu’elle confisque le contenu de la sébille des mendiants. Quant à la « politique sociale du logement » genevoise, elle n’est pas moins cynique. Pour obtenir une allocation logement, il faut jouir d’un revenu dont le montant soit un multiple du montant du loyer. Plus une personne est pauvre, plus elle a de peine à payer son loyer, et moins elle a droit à une allocation logement. Voilà ce que dissimule l’hypocrite et auto-satisfait discours sur « la générosité de l’Etat social ».

Ce sont là des vérités que le gouvernement ne veut surtout pas entendre et la direction de l’Hospice Général s’aligne sur le gouvernement afin de lui complaire. Quoi de plus normal pour des opportunistes ?

Frank BRUNNER

Les ripoux du Conseil d’Etat genevois en compagnie du chancelier Robert Hensler (au second rang à l’extrême droite)

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