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AFP, 24 décembre 2008

Guinée : Les putschistes instaurent un couvre-feu


Vue de Conakry

Les militaires putschistes affirmant avoir pris le pouvoir en Guinée ont instauré, mercredi 24 décembre 2008, un couvre-feu dans tout le pays, de 20h00 à 06h00, selon un communiqué lu à la radio nationale.

Guinée


Une tentative de coup d’Etat menée par des militaires est en cours depuis mardi 23 décembre au matin, plongeant le pays dans la confusion. Il est difficile d’évaluer le soutien dont ils disposent au sein de l’armée, plusieurs responsables du régime du président, Lansana Conté, assurant qu’ils sont "minoritaires". Selon la Constitution, le président de l’Assemblée nationale devait, à la mort du chef de l’Etat, assurer provisoirement la gestion du pays avant d’organiser des élections dans les soixante jours. Dans la nuit de lundi 22 décembre à mardi 23 décembre, le chef d’état-major de l’armée, le général Diarra Camara, est apparu à la télévision aux côtés du chef du gouvernement et du président de l’Assemblée nationale qui annonçaient le décès du "général-président", au pouvoir depuis vingt-quatre ans. Mercredi 24 décembre 2008, marchés, stations-service et grands magasins sont demeurés fermés à Conakry. Seules quelques échoppes ont timidement ouvert, la grande majorité de la population préférant rester chez elle par crainte de violences.

Diarra Camara

Les putschistes, qui ne se sont pas encore donné de chef en raison de dissensions internes, ont tenté de rassurer l’opinion en fixant un terme à la "transition". "Peuple de Guinée, la prise du pouvoir par ton armée est un acte de civisme qui répond à la volonté de sauver un peuple en détresse. Fier d’avoir accompli cette mission, le Conseil (junte) n’a aucune ambition de s’éterniser au pouvoir", indique un communiqué lu à la radio nationale. "Le Conseil s’engage à organiser des élections libres, crédibles et transparentes fin décembre 2010", selon le texte. Le mandat du président, Lansana Conté, officiellement décédé lundi 22 décembre au soir et dont les funérailles nationales doivent avoir lieu vendredi 26 décembre 2008, s’achevait fin 2010. Dans le même temps, et pour la première fois, les putschistes ont également reconnu les divisions au sein de l’armée, véritable colonne vertébrale du régime Conté. "Certains officiers généraux continuent de reconnaître la légitimité sans référence constitutionnelle du mandat de l’Assemblée nationale", ont-ils admis dans un communiqué distinct lu par le capitaine Moussa Dadis Camara. Un tel comportement dénote un manque de respect à l’égard du peuple de Guinée que nous défendons et protégeons inconditionnellement", selon le texte. Le mandat des parlementaires s’est théoriquement achevé en 2007, les élections législatives n’ayant pas pu se tenir à cette date, en raison de la profonde désorganisation du pays.

Des soldats en véhicules blindés dans les rues de Conakry, le 23 décembre 2008

Selon les putschistes, des militaires loyalistes "envisagent l’intervention de mercenaires venus des pays voisins qui sont déjà à l’intérieur du territoire. Un tel comportement n’est pas digne d’un citoyen responsable et conséquent qui aime sa patrie", conclut le communiqué. "Ils (les putschistes) sont en train de paniquer, ils savent que leur coup est voué à l’échec", a assuré à l’AFP un responsable politique sous couvert d’anonymat. "Il n’y a pas de raison de parler de mercenaires en Guinée. Moi, je ne suis ni pro-putsch ni anti-putsch, je souhaite seulement la paix sociale. Je suis pour des élections rapides", a-t-il ajouté.

Vue de Conakry

Ces derniers développements interviennent au moment où une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) consacrée à la situation en Guinée a commencé ses travaux, mercredi 24 décembre 2008, au siège de l’organisation, à Addis Abeba.

Mouctar BAH

Vue de Conakry

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source