retour article original

lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Guinée
AP, 25 décembre 2008

Guinée : Les putschistes promettent des élections pour 2010


Des soldats, à Conakry, le 23 décembre 2008

Après avoir promis d’organiser une élection présidentielle dans les deux mois, les putschistes guinéens se sont ravisés, s’engageant, mercredi 24 décembre 2008, à convoquer des élections d’ici deux ans, alors que la situation restait confuse à Conakry.

Guinée


Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), qui avait annoncé avoir pris le pouvoir, mardi 23 décembre, a envoyé des chars patrouiller dans les rues de la capitale. Les mutins ont dans la foulée annoncé la formation d’un gouvernement intérimaire composé de trente-deux personnes : vingt-six militaires et six civils. Mercredi 24 décembre, des soldats partisans du CNDD patrouillaient dans Conakry, à bord de chars et de jeeps équipées de lance-roquettes. Vêtus d’uniformes militaires et coiffés de bérets rouges, ils brandissaient des mitrailleuses. Le capitaine Moussa Camara, debout dans le premier camion du convoi, a salué la foule, à la tête de plusieurs milliers d’hommes. Le couvre-feu décrété dans un premier temps a finalement été annulé. La foule s’est massée dans les rues de la capitale, dans la soirée, semblant fêter le capitaine Moussa Dadis Camara, auto-proclamé chef du gouvernement par intérim. Les habitants sont sortis de leurs maisons, d’abord avec prudence, puis ce sont par milliers que les Guinéens se sont rassemblés dans les rues, agitant des branches d’arbre au passage des soldats qui se dirigeaient vers le palais présidentiel. "Je suis venu voir si le terrain nous était favorable", a déclaré Moussa Dadis Camara depuis la cour intérieure de la présidence. "Je vois que c’est le cas", a-t-il lancé à la foule excitée. Dans une nouvelle intervention télévisée, le capitaine Camara, inconnu des Guinéens jusqu’à mardi 23 décembre 2008, a indiqué mercredi que "le Conseil s’engage à organiser des élections libres, crédibles et transparentes en fin décembre 2010". La veille, il avait promis que le scrutin aurait lieu dans les soixante jours.

Moussa Dadis Camara

Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre du président défunt, Lansana Conté, assurait pour sa part qu’il se maintenait aux responsabilités. Selon lui, les rumeurs de coups d’Etat sont infondées : "Nous maintenons le contrôle et nous tentons de normaliser la situation", a-t-il affirmé, lors d’un entretien téléphonique à l’Associated Press. Le Premier ministre n’a cependant pas réussi à s’adresser directement à la population guinéenne, les soldats putschistes s’étant emparés de la radio et de la télévision. La Constitution guinéenne prévoit pourtant qu’en cas de décès du chef d’Etat, le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim. Lansana Conté, le général-président dont la mort avait été annoncée lundi 22 décembre au soir, était l’homme fort de Guinée depuis vingt-quatre ans. Il avait lui-même pris le pouvoir une semaine après la mort du premier dirigeant de la Guinée indépendante, Ahmed Sekou Touré, puis avait instauré le multipartisme, régulièrement réélu lors de suffrages contestés par l’opposition. Mercredi 24 décembre 2008, le capitaine Camara, a accusé le gouvernement guinéen de faire appel à des mercenaires étrangers pour reprendre le contrôle de la situation. Ce que démentait catégoriquement le Premier ministre Souaré : "Nous n’avons aucune intention de faire venir des mercenaires. En fait, nous n’avons même pas demandé à nos propres forces armées d’intervenir".

Des soldats, à Conakry, le 24 décembre 2008

L’Union africaine a tenu, mercredi 24 décembre 2008, une réunion d’urgence consacrée à la situation en Guinée. Ramtane Lamamra, son commissaire chargé de la Paix et de la Sécurité, a appelé les hauts responsables militaires à faire rentrer dans le rang les jeunes officiers ayant fomenté le coup d’Etat en cours. "Il n’y aura pas de suspension de la Guinée, parce que le coup d’Etat n’a pas réussi", a-t-il dit. "L’Union africaine reste en faveur de l’ordre constitutionnel".

Abou BAKR et Rukmini CALLIMACHI

Ramtane Lamamra

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source