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Libération, 27 décembre 2008

Corruption : Greenpeace est pris dans les filets du trafic de baleine

par Michel TEMMAN


Le Nisshin Maru

« Dans un monde qui marche sur la tête, vous pouvez être arrêté pour révéler un crime. » C’est avec ce slogan choc que Greenpeace (« une organisation terroriste », selon des responsables japonais) s’est offert, le 10 décembre, dans le Herald Tribune et d’autres quotidiens prestigieux, une pleine page sur laquelle apparaissaient, tête renversée, les visages poupins et souriants de Junichi Sato et de Toru Suzuki, deux militants de l’ONG arrêtés, le 20 juin 2008, à Tokyo, pour avoir révélé un trafic de viande de baleine. Présentés au parquet deux jours plus tard, ils croupissent depuis bientôt cent quatre-vingt-dix jours derrière des barreaux. Leur procès doit se tenir au début 2009. Ils risquent jusqu’à dix ans de prison.

Japon


Toute cette affaire débute, le 15 mai 2008, lorsque Greenpeace, qui a mené l’enquête, révèle l’existence d’un marché noir de viande de baleines capturées dans le Pacifique Sud par le Nisshin Maru, le plus gros baleinier industriel nippon, dévolu officiellement à la seule pêche scientifique. L’ONG a réussi à intercepter un colis débarqué du navire. Quand ils l’ouvrent, les militants découvrent, stupéfaits, 23,5 kilos de viande de baleine. Le colis est remis aux autorités japonaises : il prouve l’existence d’une filière parallèle et corrompue d’écoulement de cette viande. Le procureur de Tokyo diligente aussitôt une enquête. Celle-ci est de courte durée : elle est close le jour même où une quarantaine de policiers débarquent dans les locaux de l’association écologiste, à Tokyo, pour une perquisition. Ils s’emparent des ordinateurs, des téléphones portables et de documents. L’enquête n’a pas eu le temps d’être bâclée : elle n’a même pas eu lieu. L’organisation écologiste est en revanche accusée de « vol ». Le directeur de Greenpeace Japon, Jun Hoshikawa, se plaint alors d’une « entreprise d’intimidation ».

Des rorquals sont hissés à bord du Nisshin Maru, en décembre 2005

Depuis des mois, Amnesty International dénonce l’emprisonnement des deux militants comme « politiquement motivé ». De même, une commission des Nations Unies -où le Japon aspire à davantage de responsabilités- a sévèrement critiqué, il y a peu, « les lois abusives de la police japonaise pour harceler les activistes critiquant la politique du gouvernement ». L’affaire prend, depuis quelques jours, une tournure que le pouvoir nippon et son Agence des pêches (qui a rang de ministère) n’avaient pas prévue. La campagne a en effet redoublé de vigueur sur Internet. Une pétition en ligne, signée par 250000 personnes dans des dizaines de pays, réclamant la libération des deux militants, a déjà été adressée au Premier ministre japonais, Taro Aso, pour l’heure resté de marbre. A l’Agence des pêches, on se contente d’affirmer que « l’affaire est entre les mains de la Justice ».

Junichi Sato

L’association écologiste, qui estime que « les niveaux de corruption sont très élevés dans l’industrie baleinière [japonaise] », précise, dans ses communiqués, que « la chasse à la baleine à des fins soi-disant scientifiques est en réalité subventionnée et coûte près de 500 millions de yens [3,9 millions d’euros, ndlr] par an aux contribuables japonais ».

Michel TEMMAN

Toru Suzuki

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