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jeudi 23 mars 2017
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Libération, 3 janvier 2009

Informations internationales : Pourquoi faire un journal ?

par Lorenzo VIRGILI


D’aucuns parlent de la crise de la presse. Mais il s’agit d’une dérive. Dérive d’une presse qui a oublié ses fondamentaux et sa raison d’être. Malgré des déclarations d’intentions sibyllines sur la qualité de l’information, force est de constater que la volonté des éditeurs d’augmenter les bénéfices, de satisfaire actionnaires et annonceurs, n’est pas compatible avec la mission d’informer les citoyens. La défiance des lecteurs envers les médias et la chute des ventes ne peuvent nous éviter une réflexion sur les valeurs déontologiques censées cadrer l’exercice singulier de ce secteur. Si les journalistes portent une part de responsabilité, si les nouvelles technologies ont changé les repères, il convient de rappeler la chaîne de responsabilités.


Les dirigeants des groupes médias ont appliqué à la presse les méthodes de marketing classique. Mais leur sang n’avait pas la couleur de l’encre. Leur vocation n’était pas celle d’informer. Leurs rêves n’étaient pas ceux d’une presse de qualité, digne d’un quatrième pouvoir indépendant. Les marques ont alors remplacé les titres. Les lecteurs ont été transformés en consommateurs. L’information a muté sournoisement en communication. Le « marketing éditorial » était né.

La dérive a commencé. Comme les pages de publicité n’étaient plus suffisantes pour offrir aux actionnaires des dividendes issus de bénéfices à deux chiffres, ces patrons de presse ont camouflé la publicité en contenu éditorial. Publireportage ou info-communiqué. Un rapprochement sémantique et déontologique impossible. Et la dérive a continué. Pour capter un lecteur en fuite, les dirigeants ont offert toute une panoplie de cadeaux pour le moins décalés (lunettes, livres, strings, DVD, etc.). Paradoxe suprême, le contenu d’un journal ne pouvait plus constituer l’attrait principal. Et la défiance des lecteurs s’est accentuée. Alors, pour compenser les pertes ou augmenter les marges, ils ont réduit les coûts. En diminuant le temps et les moyens alloués aux journalistes pour faire leur métier. Cette précarisation accrue nous a lâchement amenés à participer à cette dérive. Telle est aussi notre responsabilité. Notre profession ressemble à un iceberg. Les vedettes en haut, les autres la tête sous l’eau. Nous constatons, parfois impassibles, souvent révoltés, à la dissolution de notre probité. Et la qualité de l’information a encore décliné.

Ces méthodes misent en place par les directions ne sont pas compatibles avec le journalisme. Il faut choisir entre information et communication. Ne pas confondre les deux. Si les dirigeants de ces entreprises médias ne sont pas convaincus de la nécessaire et fondamentale singularité de la presse, ils ne trouveront jamais auprès des citoyens ce qui leur manque désormais : la légitimité d’informer.

Lorenzo VIRGILI

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source