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Le Monde, 26 février 2009

Informations internationales : L’ONU s’inquiète des risques d’échec de ses opérations de maintien de la paix

par Philippe BOLOPION


Un soldat congolais près de Kibati, en décembre 2008

L’avertissement ne saurait être plus clair. "Le maintien de la paix de l’ONU est poussé dans ses retranchements", a alerté, lundi 23 février 2009, Alain Le Roy, le chef des opérations de paix des Nations Unies. Le diplomate français a mis en garde un comité onusien de près de 140 pays contre "l’échec" possible de certaines des missions les plus périlleuses de l’ONU : au Darfour, en République démocratique du Congo (RDC), et demain au Tchad ou en Somalie. "Nous sommes souvent incapables de trouver les ressources dont nous avons besoin, et nous nous débattons avec des mandats de plus en plus complexes, musclés, dans des environnements souvent hostiles", a-t-il expliqué.

Alain Le Roy


Selon un rapport du Center on International Cooperation (CIC), "2008 a été la pire année pour le maintien de la paix depuis plus d’une décennie". Quoique moins meurtrières, les crises de 2008 ont, selon les auteurs, "rappelé à la mémoire" les échecs du maintien de la paix des années 1990, en Somalie, en Bosnie ou au Rwanda. C’est "l’entreprise du maintien de la paix tout entière" qui est "au bord du gouffre", prévient le Center on International Cooperation, hébergé par la New York University. Les chercheurs estiment en outre que la crise financière "menace de réduire les ressources allouées". Les opérations onusiennes ont augmenté de façon exponentielle, ces dernières années, pour atteindre aujourd’hui le chiffre de 112000 personnes déployées dans 18 missions, avec un budget de plus de 7 milliards de dollars (5,45 milliards d’euros). L’organisation est victime de ses succès, certes fragiles, en Sierra Leone, au Timor Leste, au Liberia ou en Haïti. A tel point que les dirigeants onusiens redoutent que le Conseil de sécurité oublie les leçons des échecs passés, et notamment le fait que les casques bleus sont efficaces pour maintenir la paix, non pour l’imposer.

Une fillette porte son petit frère devant la clinique du International Medical Corps, à Mile, au Darfour, le 27 janvier 2009

Les déploiements récents au Darfour, en République démocratique du Congo, bientôt dans l’est du Tchad, et peut-être en Somalie, se font en l’absence de véritables processus politiques, parfois sans l’accord des belligérants, "dans des situations où l’ampleur des hostilités menace de submerger les capacités de réponse", a prévenu Alain Le Roy. Les moyens en hommes et en matériel font défaut, comme au Darfour, où l’ONU réclame toujours en vain des hélicoptères. De fait, les pays contributeurs de troupes sont "mis à rude épreuve par les demandes cumulatives de l’ONU, de l’OTAN, de l’Union africaine (UA) et de l’Union européenne (UE)". Un fossé s’est aussi creusé entre les pays occidentaux, qui décident des missions de paix et les financent, et les pays africains ou asiatiques, dont les soldats exécutent les tâches les plus dangereuses. Une des dernières actions de l’administration Bush à l’ONU a été de militer en faveur d’une mission en Somalie, pour laquelle aucun pays, ou presque, n’est volontaire. De son côté, la France a oeuvré pour que l’ONU prenne le relais de l’Union européenne au Tchad, alors que, selon le rapport du Center on International Cooperation, il existe "des doutes sur le réalisme" de cette mission. L’ONU, la France et le Royaume-Uni, inquiets de la situation, ont ouvert une réflexion de fond. L’année "2009 sera cruciale", a expliqué Alain Le Roy, qui estime que plusieurs missions des Nations Unies font "face à des risques d’une telle ampleur qu’on ne peut pas écarter la possibilité d’un échec".

Philippe BOLOPION

Un Somalien blessé au cours d’une attaque au mortier est amené à un hôpital de Mogadiscio, le 24 février 2009

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