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Le Monde, 15 juillet 2009

Corruption : Pékin cherche à démanteler un vaste système dans le minerai de fer

par Brice PEDROLETTI


Des Chinois jouent au ping pong à Shanghai

"L’Affaire Rio Tinto" a éclaté avec l’arrestation surprise, à Shanghaï, le 5 juillet 2009, de l’Australien Stern Hu, cadre dirigeant du groupe minier australien, et de trois de ses collaborateurs chinois, par le bureau local du contre espionnage. Elle révèle les enjeux énormes que représente, pour l’économie chinoise, la stabilité de ses sources d’approvisionnement. Pour les garantir, Pékin est prêt à déployer de gros moyens.

China


Le premier ministre australien, Kevin Rudd -sa sinophilie avérée : il parle couramment le mandarin-, prête le flan à des critiques constantes de la part de l’opposition. Il a dû déclarer, au sujet des relations avec le premier partenaire économique de l’Australie, que "les intérêts de (son pays) viendraient toujours, et en toutes circonstances, en premier". En peu de jours, le ministère des Affaires étrangères a convoqué trois fois l’ambassadeur chinois. Canberra s’interroge sur les accusations très vagues portées contre son ressortissant et ses collaborateurs. Ils auraient "volé des secrets d’Etat et causé d’énormes pertes aux intérêts économiques et à la sécurité de la Chine", selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois.

Kevin Rudd

Tout porte à croire que les négociations en cours entre Rio Tinto et les sidérurgistes et importateurs chinois sur le prix du minerai de fer -la Chine en a importé 440 millions de tonnes en 2008- sont au coeur de l’affaire. Or, elles étaient justement menées par M. Hu -qui est d’origine chinoise- dans le cadre de discussions annuelles dont la date limite avait été fixée au 30 juin 2009. La conjoncture est défavorable à la Chine : la reprise a fait exploser ses besoins en fer (+ 29 % au premier semestre par rapport à la même période de 2008), dont les prix sont repartis à la hausse. Début juin, Rio Tinto avait, par ailleurs, rejeté une offre du Chinois Chinalco -celui-ci voulait élever sa participation à 18 % du capital du groupe australien-, par crainte d’être trop lié à une société publique d’un pays qui est l’un de ses premiers clients. Enfin, la date limite du 30 juin est passée sans que la China Iron and Steel Association (CISA), qui regroupe une partie des gros sidérurgistes chinois, n’obtienne les rabais voulus. En cause, l’indiscipline de petits importateurs qui auraient consenti des tarifs séparés, et les pratiques suspectes des gros groupes chinois qui cumulent les stocks pour revendre du minerai aux sidérurgistes qui n’ont pas de licence.

Stern Hu

Le secteur serait ainsi en proie à une fièvre spéculative en Chine, et les autorités, selon la presse locale, envisageraient de réduire le nombre d’importateurs de minerai de fer autorisés, qui sont aujourd’hui 112. Le China Daily, qui depuis le début de l’affaire laisse filtrer des indices sur la progression de l’enquête secrète menée contre Rio Tinto, citait, le 15 juillet 2009, "une source interne à l’industrie" selon laquelle les cadres de seize sidérurgistes chinois ayant participé aux négociations entre Rio Tinto et la CISA auraient reçu des pots de vin de la part du groupe minier australien. Un autre article décrit comment les perquisitions ont permis de trouver, dans les ordinateurs de Rio Tinto, à Shanghai, des informations sur les firmes chinoises clientes du groupe, "comme la production, les ventes et les plans d’achat de matières premières", atteste la source. Représailles de négociateurs mauvais perdants ou pratiques généralisées de corruption dans un secteur monopolistique -Rio Tinto, BHP Billiton et Vale se partagent le marché mondial du minerai de fer- ?

Vue des locaux de Rio Tinto, à Shanghai

Ces accusations signalent en tout cas l’agressivité croissante d’un gouvernement chinois déterminé à veiller au grain : selon un expert cité par le New York Times, le président, Hu Jintao, aurait accru les pouvoirs du ministère de la Sécurité nationale pour tout ce qui concerne les affaires économiques internationales.

Hu Jintao

L’ex-patron du raffineur SINOPEC condamné à mort

Chen Tonghai, âgé de 60 ans, l’ex-patron du géant public chinois Sinopec -premier raffineur d’Asie-, a été condamné à mort avec sursis, mercredi 15 juillet 2009, à Pékin, pour corruption, a annoncé l’agence Chine Nouvelle. Selon le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste, l’affaire porte sur 195,7 millions de yuans (quelque 20 millions d’euros). Chen Tonghai a été reconnu coupable de détournement de fonds et d’avoir reçu des pots-de-vin pendant les années (1999 à 2007) durant lesquelles il est passé de directeur général adjoint, à directeur général, puis président du conseil d’administration de son groupe.

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Chen Tonghai

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