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Le Figaro, 16 juillet 2009

Corruption : Avigdor Lieberman est rattrapé par ses affaires


Un bulldozer israélien s’apprête à détruire la maison d’une famille palestinienne, à Jérusalem-Est, le 13 juillet 2009

La carrière de diplomate d’Avigdor Lieberman pourrait tourner court. Le très controversé ministre israélien des Affaires étrangères risque d’être poussé vers la porte de sortie. Après plusieurs années d’investigations, une équipe spéciale de policiers a remis, cette semaine, un dossier présenté comme accablant au procureur général, Menahem Mazouz.

Israël


Selon la radio militaire, citant des hauts responsables de la police, les enquêteurs disposent de « suffisamment de preuves » pour recommander l’inculpation d’Avigdor Lieberman pour fraude, abus de confiance et blanchiment d’argent. En cas d’inculpation officielle, le ministre serait contraint de démissionner. Depuis des années, Avigdor Lieberman clame son innocence et se présente comme la victime d’un « harcèlement » de la police et de la justice. « Je ne serai jamais inculpé », a-t-il proclamé, cette semaine, au Parlement. Mais, de l’avis de la plupart des commentateurs, le dossier constitué par la police semble très solide. Il apparaîtrait notamment qu’Avigdor Lieberman aurait créé une « chaîne de sociétés », dont certaines seraient totalement fictives, notamment à Chypre, avec l’aide d’hommes d’affaires russes et autrichiens, ont précisé la radio militaire et le Yédiot Aharonot, quotidien à grand triage. Ce dispositif aurait permis à Avigdor Lieberman de « blanchir » d’importantes sommes d’argent qui auraient ensuite « atterri dans sa poche ». Si la police recommande une inculpation en bonne et due forme, Avigdor Lieberman pourra présenter ses arguments lors d’une audience, pour se défendre, avant que la justice ne tranche.

Avigdor Lieberman

La classe politique et les commentateurs n’ont toutefois pas attendu la fin de cette procédure, qui pourrait durer plusieurs mois, pour se livrer à des paris sur le prochain chef de la diplomatie et le maintien ou non d’Israël Beitenou, le parti ultranationaliste d’Avigdor Lieberman, au sein de la coalition. L’enjeu est important : cette formation a réalisé une percée aux élections législatives de février 2009, si bien que Benyamin Nétanyahou, le chef du gouvernement, s’est vu contraint, pour constituer une majorité, de céder aux exigences de son encombrant allié en lui accordant un « grand ministère ».

Une Palestinienne dans les décombres de sa maison détruite par un bulldozer israélien, à Jérusalem-Est, le 13 juillet 2009

Cette décision n’a apparemment pas été des plus judicieuses pour l’image de marque d’Israël à l’étranger. En raison des accusations de racisme anti-arabe lancées contre lui, le ministre des Affaires étrangères est devenu pratiquement persona non grata dans une bonne partie du monde. Cet « isolement » diplomatique est tel qu’Avigdor Lieberman en a lui même tiré les conclusions en affirmant, récemment, qu’il ne se sentait pas en droit de négocier le sort des colonies israéliennes de Cisjordanie avec George Mitchell, l’émissaire spécial de Barack Obama au Moyen-Orient, en raison d’un « conflit d’intérêts » dû au fait qu’il habite l’une de ces colonies. Un argument pour le moins étrange qui visait surtout à tenter d’expliquer les raisons pour lesquelles il avait été mis sur la touche, lors des discussions avec les Américains. Ces pourparlers ont été pris en main par Ehud Barak, le ministre travailliste de la Défense. En Europe, Nicolas Sarkozy a également porté un coup sévère à Avigdor Lieberman en refusant de le recevoir, en mai, puis en suggérant à Benyamin Nétanyahou, en juin 2009, lors d’un entretien à l’Élysée, de se « débarrasser » de son ministre des Affaires étrangères, selon des témoins ayant assisté à la rencontre.

Marc HENRY

Un blindé israélien près de la bande de Gaza, le 15 juillet 2009

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source