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dimanche 26 février 2017
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Mouvement de colère des policiers genevois à l’encontre du Conseil d’Etat

Le syndicat des policiers UPCP affirme sa détermination


Voici de nombreuses années que les policiers genevois se plaignent d’un manque d’effectifs et des graves conséquences qu’il entraîne.


Ces conséquences sont essentiellement de deux ordres : l’une publique et l’autre privée.

D’une part, il a fallu fermer de nombreux postes de police, tandis que plusieurs autres ne sont ouverts qu’à certaines heures. Ils peuvent même être subitement fermés parce que les policiers qui les occupent sont appelés ailleurs pour une intervention.

Bien souvent, les policiers ne peuvent pas répondre à un appel urgent parce qu’ils sont déjà accaparés par un autre appel urgent. Dans une situation de ce genre, on accorde la priorité à ce qui paraît a priori le plus grave. Par exemple, on repousse les interventions dans les affaires de femmes battues. Et on les repousse parfois jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

D’autre part, chaque fois qu’il se produit un événement extraordinaire -manifestation importante ou conférence internationale- le manque d’effectifs se traduit par la mobilisation de policiers qui auraient dû être en congé ou auxquels on inflige des heures de travail supplémentaires. Il en résulte les perturbations que chacun peut imaginer sur le plan de la vie familiale. En comparaison d’autres travailleurs, les policiers genevois sont bien payés, mais ils n’ont guère l’occasion de profiter de leur salaire.

Enfin, si on considère que les policiers peuvent être amenés à faire usage de leurs armes, ce qui exige du calme et de la lucidité, on peut se demander si le surmenage, l’épuisement nerveux, ne posent pas un problème de sécurité comparable à celui des médecins d’hôpitaux qui accumulent eux aussi les heures supplémentaires.

Un gouvernement d’autistes

Tout au long des années écoulées, les syndicats de policiers ont relayé les légitimes revendications de leur base. Le gouvernement genevois, conformément à son habitude, s’est contenté de bricoler au lieu de résoudre le problème fondamental. On a bricolé parce qu’on voulait à tout prix faire du "moins d’Etat", conformément au dogme néolibéral.

Maintenant que l’UPCP s’est décidée à taper du poing sur la table, le Conseil d’Etat genevois -l’exécutif cantonal- prend des airs offusqués et affirme "refuser de discuter sous la pression".

La différence entre un syndicaliste et un politicard

Quant au milieu syndical genevois, dans son ensemble, au lieu de considérer les choses d’un point de vue de syndicaliste -soutenir les revendications des travailleurs-, il adopte l’habituel point de vue politicard des apparatchiks. Les policiers étant réputés « de droite », il n’est pas question de les soutenir.

Cet argument étant indéfendable, on prétend hypocritement que c’est le « corporatisme » du syndicat des policiers qui ferait obstacle à un soutien des autres syndicats…

Pourtant, on n’a jamais vu les syndicats de postiers organiser une manif en faveur des vendeuses ou des garçons de café. On n’a pas vu non plus les syndicats de vendeuses organiser une manif en faveur des facteurs ou des ouvriers du bâtiment. Chaque syndicat occupe une certaine « part de marché », se spécialise dans tel ou tel secteur et ne s’occupe pas du reste. Tous les syndicats pratiquent le corporatisme. Mais il se trouve que la plupart des comités syndicaux sont noyautés par des politicards « de gauche », ce qui n’est pas le cas des syndicats de policiers. C’est là le seul véritable motif pour lequel les syndicats de policiers sont discriminés. Or, cette discrimination viole les statuts syndicaux, car tous les syndicats se déclarent statutairement apolitiques. Mais il est vrai que les apparatchiks ne respectent les statuts que quand cela les arrange. Le reste du temps, ils s’asseyent dessus.

On relèvera, au passage, la duplicité de tous ces politiciens "de gauche", qui ont continuellement le mot "solidarité" à la bouche mais ne sont solidaires que de leurs petits copains...

On rappellera que, durant cinquante ans, le milieu politico-syndical genevois a fermé les yeux sur les pratiques esclavagistes de certains diplomates à l’égard de leurs domestiques. Quand une victime se plaignait de ne pas toucher son salaire, ou d’être payée 50 dollars par mois depuis deux ans, elle ne recevait absolument aucun soutien du milieu syndical genevois, ni d’ailleurs des partis « de gauche ». Si la victime quittait son exploiteur, elle perdait son permis de séjour et était aussitôt expulsée, sans même pouvoir défendre ses droits devant les tribunaux et récupérer le salaire qui lui était dû. Il a fallu qu’un réfugié politique chilien, Luis Cid, crée le Syndicat Sans Frontières et prenne, avec l’aide de l’avocat Jean-Pierre Garbade, la défense des salariés les plus misérables du canton. Et même alors, il a fallu « faire du scandale » pour que la situation s’améliore.

Le prétexte alors invoqué pour "justifier" cette passivité était qu’il ne fallait pas ternir "l’image de la Genève internationale". C’est le même reproche opportuniste que le Conseil d’Etat genevois adresse aux policiers en colère. Leurs manifs sont censées compromettre "l’image de la Genève internationale"...

"L’image de la Genève internationale" cessera d’être compromise lorsqu’elle correspondra à la réalité et que cette réalité cessera d’être méprisable. Il en va de même pour l’image du milieu politico-syndical genevois dans son ensemble.

Les syndicats de policiers ont entièrement raison de soutenir et relayer les revendications de la base. Si les autres syndicats en faisaient autant pour leur propre base, au lieu de se consacrer à la politicaillerie, les salariés ne s’en trouveraient que mieux.

Frank BRUNNER

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source