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dimanche 20 août 2017
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Rue 89, 2 août 2009

Guinée Bissau : Un président élu et l’espoir d’un apaisement

par Issa K. BARRY


Un employé électoral exhibe un bulletin de vote, à Bissau, le 28 juin 2009

Malam Bacaï Sanha : les Africains, notamment les journalistes, devront apprendre à bien prononcer et à bien écrire ce nom. Le 26 juillet 2009, il a été élu président de la Guinée-Bissau, sous la bannière du Parti africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), devant l’opposant farouche au bonnet phrygien rouge, Kumba Yala. Et le plus beau, dans cette affaire, est que ce dernier a fait chapeau bas -pardon, bonnet bas- pour saluer la victoire de son rival le plus sérieux ; un geste plein de fair-play politique de la part de celui qui fut président de février 2000 à septembre 2003, avant de se convertir à l’islam, en 2008, en prenant le nom de Mohamed. Kumba Yala a, sur-le-champ, reconnu les conclusions de la commission nationale électorale, dont les résultats ont été rendus encore plus crédibles par les 150 observateurs internationaux. Tout se termine bien, et voici un pays qui connaissait une instabilité politique chronique qui se remet sur les rails de la démocratie.

Guinée Bissau


En jetant leur dévolu sur Malam Bacaï Sanha, les Bissau-Guinéens ont certainement choisi la voie de la raison, ou, du moins, de la prudence : le parcours de celui qui préside désormais à leurs destinées est respectable. Il a successivement été président de région, gouverneur, syndicaliste, ministre, président de l’Assemblée nationale et de la République de 1999 à 2000. A la différence de beaucoup de politiciens du pays d’Amilcar Calbral, il peut se vanter de n’avoir pas les mains tachées de sang. Son compatriote, Cheikh Amadou Bamba Koté, étudiant en relations internationales, remarque : « Malam Bacaï Sanha est un des rares candidats qui peut dire haut et fort qu’il a les mains propres et blanches comme neige. » D’autres candidats, des plus représentatifs à l’élection présidentielle, ne pouvaient en dire autant : Kumba Yala, comme pour faire honneur à la couleur de son couvre-chef, a trempé dans l’assassinat du général Ansumane Mane. Henrique Rosa était impliqué dans la mort du général Vrissimo Seabre Coreia. Aristides Gomes était englué jusqu’au cou dans le scandale des 500 kg de cocaïne qui ont disparu des coffres forts du Trésor public.

Malam Bacaï Sanha

Difficle, pourtant, d’en conclure que la période d’instabilité politique du pays est terminée. Rappelons que cette élection s’est tenue cinq mois seulement après l’assassinat, par des militaires, du président Joao Bernardo Vieira. Quelques heures avant, c’était au chef d’état-major de l’armée, le général Batista Tagmé Na Waïe, de perdre la vie dans un attentat aussi. Aujourd’hui, on peut mettre un nom sur le visage du président. Dans L’Observateur paalga du 29 juin 2009, nous prévenions que beaucoup d’observateurs de la scène politique se demandent légitimement à quoi servira ce passage forcé aux urnes, tant qu’il n’y a pas la paix dans les cœurs. Si ce n’est à choisir le prochain mouton de sacrifice. Depuis une quinzaine d’années, aucun président bissau-guinéen n’a terminé son quinquennat. Soit il est renversé avant terme, soit-il est assassiné. Deux grands maux gâchent toujours la quiétude des habitants de ce beau pays : la terreur semée par l’armée et le trafic de drogue, qui corrompt tout dans son sillage. Les trafiquants sud-américains utilisent ce pays pauvre comme passerelle pour atteindre l’Union européenne, leur principal client depuis que les Etats-Unis ont durci leur politique de contrôles aux frontières.

Un électeur vote, à Bissau, le 28 juin 2009

Le grand défi du nouveau président sera donc de réussir la guerre sur ces deux fronts. Considéré par ses compatriotes comme un homme de dialogue et de compromis, il dispose de sérieux atouts. Encore faut-il que les trafiquants, qui ne sont pas des enfants de cœur, soient sensibles aux débats d’idées. Façon de dire qu’il lui faut aussi avoir de la poigne. Certes, s’il doit tendre la carotte, il ne faut pas qu’il oublie d’user du bâton de temps en temps. Etant un vétéran de la guerre de libération contre les Portugais avec Amilcar Cabral, on peut bien compter sur lui. Ce n’est donc pas un hasard si les Bissau-Guinéens ont laissé tomber le bonnet rouge (Kumba Yala) pour un visage champêtre à la barbe poivre-sel.

Issa K. BARRY

Une électrice, à Bissau, le 28 juin 2009

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