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Le Monde, 5 août 2009

Corruption : La campagne pour les élections législatives tchèques commence au milieu d’accusations de clientélisme et d’espionnage

par Martin PLICHTA


Vue de Prague

Les principaux protagonistes des élections législatives anticipées en République tchèque, qui se tiendront les 9 octobre et 10 octobre, ne se ménagent pas pour jeter l’opprobre sur le camp adverse. La campagne à peine lancée, en ces premiers jours d’août 2009, les scandales et les révélations sur les vacances luxueuses des uns, les rencontres compromettantes des autres ou les fêtes dispendieuses des troisièmes remplissent les journaux.

Tchéquie


A deux mois du scrutin, les deux principales formations politiques, le Parti social-démocrate (CSSD) et le Parti démocratique civique (ODS, droite libérale) sont au coude-à-coude : le second devance d’à peine deux points le premier dans les sondages (31 % contre 29 %). A Prague, l’atmosphère politique n’a guère changé depuis la chute peu glorieuse du gouvernement de centre droit de Mirek Topolanek, pendant la présidence tchèque de l’Union européenne (UE). Son gouvernement s’était alors vu renversé par une motion de censure du social-démocrate Jiri Paroubek, qui accusait le premier ministre de corruption, de clientélisme et de manipulation de la justice pour enterrer les affaires. Cette fois, tout a commencé, le 25 juillet, lorsque le tabloïd tchèque Aha ! a publié des photos de vacances de M. Topolanek en Italie. Cette fois, le chef de file des conservateurs ne s’est pas rendu dans l’une des propriétés du président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, comme la fois dernière où il s’était fait surprendre en tenue d’Adam par des paparazzi. L’ancien premier ministre a choisi une luxueuse villa, à Monte Argentario, en Toscane, que son ami Marek Dalik, son éminence grise, a louée tout le mois de juillet 2009 pour 30000 euros. M. Topolanek aurait payé 3300 euros à son conseiller pour la dizaine de jours passés sur place avec sa compagne et ses deux garçons. Les jours suivants, de nouvelles photos, plus compromettantes, sont parvenues aux journaux. Elles le montraient en compagnie de divers lobbyistes et grands patrons pragois. M. Topolanek s’est offusqué d’être "poursuivi" pendant ses vacances et il a accusé son adversaire, Jiri Paroubek, d’être à l’origine de cette "opération de discrédit digne des méthodes de l’ex-police politique communiste et dangereuse pour la démocratie".

Marek Dalik

Le chef social-démocrate, malmené dans les sondages depuis les élections européennes de juin, qu’il a perdues, s’est défendu d’être l’instigateur de la filature. Néanmoins, la divulgation des contacts intenses entre son adversaire et le puissant chef de la société d’électricité CEZ, Martin Roman, et des responsables de deux riches conglomérats financiers, PPF et J & T, est une aubaine pour lui. Elle corrobore ses accusations contre ce qu’il affirme être la corruption et le clientélisme de l’ancien gouvernement de M. Topolanek. Le président, Vaclav Klaus, ancien fondateur et chef de l’ODS, qui n’a jamais apprécié son successeur, avait lui-même déclaré, peu après la chute du cabinet, en mars 2009, que "le lobbying et le clientélisme n’avaient jamais atteint un tel degré".

Jiri Paroubek

Pour venir au secours de M. Topolanek, qui assurait avoir rencontré "par hasard" les lobbyistes, le quotidien tchèque Dnes (conservateur) a dénoncé le pourvoyeur en photos de la presse pragoise. Il s’agit d’un ancien chef des services secrets, Karel Randak, proche de la social-démocratie. Aussi, la presse, tout comme les responsables politiques, s’est divisée en deux camps : l’un cherche à savoir quel est l’instigateur de la filature de l’ex-premier ministre et l’autre spécule sur la teneur des échanges de ce dernier avec les grands patrons de sociétés clés dans les principaux secteurs de l’économie et la finance tchèques.

Martin PLICHTA

Mirek Topolanek

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source