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mercredi 26 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (5ème partie) : Du 1er mai 2004 au 15 mai 2004
Le Monde, 1er mai 2004

Irak : Une coalition digne des nazis


Le président américain a réaffirmé, samedi 1er mai 2004, que les Etats-Unis allaient "terminer" leur "travail en Irak" et que la démocratie allait vaincre.

Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la presse indique que les services de renseignements auraient encouragé les sévices infligées par des soldats américains à des prisonniers irakiens.

Des soldats britanniques ont eux aussi été confondus.

Sur place, trois soldats américains et deux gardes étrangers ont été tués.


George W. Bush entend "terminer le travail". Un an jour pour jour après avoir déclaré "la fin des combats majeurs" en Irak, le président américain a réaffirmé, samedi 1er mai 2004, que les Etats-Unis allaient y "terminer (leur) travail, car les enjeux sont cruciaux pour notre pays et le monde".

"Le succès de la démocratie irakienne enverra le message, de Damas à Téhéran, que la liberté peut être l’avenir de chaque pays. Et la démocratie va vaincre en Irak, parce que notre coalition est forte, parce que notre détermination est entière et parce que le peuple irakien désire et mérite de vivre libre", a-t-il ajouté dans son allocution radio-diffusée hebdomadaire.

"Malgré de nombreux défis, la vie des Irakiens est à des années lumières de la cruauté et la corruption du régime de Saddam", a-t-il ajouté. La vie quotidienne s’améliore. L’électricité est désormais plus accessible qu’avant la guerre. L’Irak a une monnaie stable et les banques prospèrent. Les écoles et cliniques ont été rénovées et rouvertes, et les centrales électriques, les hôpitaux, les infrastructures d’eau et d’assainissement, les ponts ont été réhabilités, tandis que l’industrie pétrolière produit environ 2,5 millions de barils par jour".

Détaillant la stratégie américaine, M. Bush a averti que "nous pourrions voir un accroissement de la violence de la part des groupes opposés à la liberté" au fur et à mesure que s’approchera le transfert de souveraineté du 30 juin. "Nous ne serons pas intimidés", a-t-il réaffirmé en ajoutant que, "au 1er juillet, et ensuite, notre engagement militaire et pour la reconstruction se poursuivra".

M. Bush s’est exprimé alors que les Américains se montrent de plus en plus circonspects, selon les sondages, sur sa politique irakienne, l’un des dossiers sur lesquels il joue sa réélection le 2 novembre 2004.

Polémique sur les prisonniers irakiens maltraités

Après la diffusion, mercredi 28 avril 2004, par la chaîne américaine CBS, de photos montrant des détenus irakiens de la prison d’Abou Gharib, près de Bagdad, maltraités par des soldats américains, et l’inculpation de six d’entre eux pour actes de cruauté et conduite obscène envers une vingtaine de prisonniers, en novembre et décembre 2003, deux journaux rapportent, samedi 1er mai 2004, que ces sévices ont peut-être été plus cruels que ce qui a été dit, et qu’ils auraient été ordonnés par les services de renseignement militaires.

Le magazine New Yorker, citant un rapport confidentiel de l’armée américaine, rédigé par le général Antonio Taguba en février 2004, écrit que les prisonniers ont reçus des coups de balais ou de chaises, ont été aspergés d’eau froide ou de liquide phosphorique et menacés de viol.

Le rapport raconte également, selon le journaliste Seymour Hersh, que la police militaire a été autorisée à recoudre les blessures d’un prisonnier, qui avait été poussé contre les murs, et a sodomisé un détenu.

M. Hersh, cite aussi une lettre du sergent Ivan Frederick, l’un des six militaires américains inculpés, écrite en janvier 2004 à sa famille : Il disait avoir "posé des questions sur certaines choses" qu’il avait vues dans la prison. "La réponse qui m’a été donnée était "c’est comme ça que les renseignements militaires veulent que ce soit fait", poursuivait le sergent. D’après le magazine, le sergent Frederick expliquait aussi que des officiers des services de renseignement militaires l’avaient félicité, ainsi que d’autres soldats, sur le "bon travail" effectué avec les prisonniers.

De son côté, le quotidien britannique The Guardian se référe au journal intime du même sergent, qui explique que les soldats étaient priés de stresser au maximum les détenus pour obtenir des informations, et q’un prisonnier en était mort en novembre 2003.

Un comité des oulémas évoque des "crimes de guerre". Le Comité des oulémas musulmans, instance religieuse sunnite, a réclamé, samedi 1er mai 2004, dans un communiqué, que les mauvais traitements infligés aux prisonniers irakiens par les forces américaines soient considérés comme un "crime de guerre".

Le Comité, qui a aidé à la libération récente de plusieurs otages occidentaux en Irak, a souligné que "ces comportements ne sont pas le fait de quelques soldats américains et ne sont pas limités à Abou Gharib", la prison à l’ouest de Bagdad, et ont eu lieu dans des centres de détention à Mossoul, Tikrit ou Habbaniyya. Le comité affirme disposer de témoignages selon lesquels "ces mauvais traitements constituent l’une des étapes de l’interrogatoire des détenus". "Au lieu de s’étonner, les dirigeants occidentaux devraient plutôt donner l’ordre à leurs soldats de libérer les hommes et les femmes détenus. Qu’ils sachent que l’Histoire n’oubliera pas ces crimes", ajoute le communiqué.

Des soldats britanniques à leur tour accusés

Le quotidien britannique Daily Mirror a publié, samedi 1er mai 2004, des photos montrant des soldats britanniques infligeant des sévices sur des prisonniers irakiens. A la Une de ce tabloïd, pro-travailliste mais très opposé à la guerre en Irak, un jeune prisonnier irakien arrêté pour vol est assis à l’arrière d’un camion militaire, le torse nu et la tête recouverte d’un sac en toile de jute. Debout devant lui, de dos, un soldat britannique lui urine sur le corps. En pages intérieures, d’autres photos, toujours en noir et blanc, montrent cet homme frappé à coups de crosse de fusil dans les parties génitales, et, semble-t-il, recevant des coups de pied en pleine tête. Expliquant avoir reçu ces photos de deux soldats du Queen’s Lancashire Regiment, basé dans le sud de l’Irak, autour de Bassorah, le Mirror précise que le prisonnier a été torturé pendant huit heures, avant d’être jeté hors d’un camion en marche, toujours cagoulé.

"S’il est prouvé, ce comportement répugnant contrevient aux critères élevés de l’armée britannique, et ses auteurs sont indignes de porter l’uniforme de la reine", a affirmé le général Michael Jackson, le plus haut gradé de l’armée britannique.

Ces sévices sont "totalement et absolument inacceptables", a déclaré le premier ministre britannique Tony Blair, samedi 1er mai 2004, à Dublin.

Une enquête a immédiatement été ordonnée, a indiqué le secrétaire d’Etat britannique aux forces armées, Adam Ingram, soulignant que la police militaire "enquêtait déjà sur plusieurs autres cas", notamment trois décès suspects d’Irakiens en mai et septembre 2003.

Le ministre a cependant écarté la demande d’Amnesty International d’une enquête indépendante, assurant que "cela pourrait prendre des mois, des années, voire plus".

Soldats et gardes de sécurités tués

Un soldat américain a été tué et deux ont été blessés dans une attaque à la bombe, samedi 1er mai 2004, près de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Plusieurs véhicules composant un convoi ont été endommagés dans l’explosion peu après 9 heures ( 5 heures GMT) de la bombe plantée sur une route, au sud de la localité de Qarryah, proche de Mossoul, selon un communiqué militaire de la coalition. Il indique que deux blessés ont été transportés dans un hôpital militaire de Mossoul, sans préciser leur état.

A Mossoul même, deux gardes de sécurité étrangers employés par la coalition ont été tués et cinq autres blessés, samedi 1er mai 2004, par l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi, selon un communiqué militaire de la coalition, qui n’a pas donné la nationalité des victimes.

La coalition avait auparavant annoncé la mort de deux soldats attachés au Corps des Marines alors qu’ils participaient à une opération, vendredi 30 avril 2004, dans la province occidentale sunnite d’Al-Anbar.

Par ailleurs, le corps de l’un des deux policiers d’élite portés disparus après l’attaque d’un convoi diplomatique allemand en Irak, le 7 avril, a été retrouvé et identifié, a indiqué, samedi 1er mai 2004, le ministère allemand des Affaires étrangères.

Débuts de la brigade irakienne à Fallouja

L’accord pour la création de cette brigade irakienne a évité une attaque des US Marines dans la ville de Fallouja, a indiqué, samedi 1er mai 2004, le général américain James Conway. Il a précisé que celle-ci devrait assurer la sécurité d’un premier convoi américain qui doit traverser dans les prochains jours la ville.

Les US Marines ont quitté, vendredi 30 avril 2004, certaines de leurs positions dans le sud de la ville, tout en avertissant qu’ils n’avaient pas l’intention de s’éloigner de Fallouja.

Le général Mark Kimmitt a pour sa part précisé que la coalition conduite par les Etats-Unis et le ministère irakien de la défense n’ont pas encore donné leur approbation finale à la nomination du général irakien Jassem Saleh à la tête de cette brigade, dans l’attente de réponses sur sa participation ou non à des crimes de l’ancien régime.

Les habitants de Fallouja se sont, eux, réjouit de la création de cette brigade irakienne.

Lemonde.fr, avec AFP et Reuters

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