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Le Monde, 1er septembre 2009

Informations internationales : Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne veulent plus être soumis au "chantage à la faillite" des banques

par Marie de VERGES et Arnaud LEPARMENTIER


Un trader au New York Stock Exchange

En finir avec le "chantage" à la faillite : Angela Merkel ne veut plus qu’une banque ait un poids tel qu’elle fasse courir un risque systémique à l’économie mondiale. "Nous ne voulons plus être surpris par une banque qui nous dit : soit l’Etat nous aide dans les douze prochaines heures, soit nous faisons capoter le système financier mondial", a expliqué Mme Merkel, un an après la faillite de Lehman Brothers, qui déclencha la pire crise financière depuis 1929. Le gouvernement allemand, lui, avait dû renflouer en catastrophe la quatrième banque du pays, Hypo Real Estate. Avec le président français, Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande veut définir des règles prudentielles qui imposent aux banques d’avoir des fonds propres proportionnels aux risques réels qu’elles prennent. L’idée a été saluée par Nicolas Sarkozy, venu soutenir à Berlin Angela Merkel, à quatre semaines des élections législatives, comme il l’avait fait juste avant les élections européennes du 7 juin 2009.

Nicolas Sarkozy en compagnie d’Angela Merkel


Les deux dirigeants, qui ont toujours été à l’unisson sur la régulation financière, veulent envoyer un double message : à leur opinion publique, particulièrement remontée contre les banques, et aux dirigeants des vingt principales puissances de la planète, qui se réuniront, pour la troisième fois, à Pittsburgh, aux Etats-Unis, les 24 septembre et 25 septembre. La méthode a déjà été éprouvée avant le G20 de Londres, le 2 avril 2009 : la France et l’Allemagne avaient affiché des positions communes avant de les faire valider par leurs partenaires européens, et obtenu, in fine, des avancées plus fortes qu’escompté. "Nous voulons faire bouger les choses à Pittsburgh comme nous les avons fait bouger à Londres sur les paradis fiscaux", a expliqué M. Sarkozy, qui a ajouté : "Je suis très heureux de voir que des pays comme le Luxembourg, le Liechtenstein, la Suisse, les îles Caïmans et beaucoup d’autres se précipitent pour signer des conventions et procéder à des échanges de renseignements." Le gouvernement français affirme avoir obtenu la liste de trois mille contribuables ayant placé 3 milliards d’euros en Suisse. Il leur a donné jusqu’au 31 décembre pour régulariser leur situation. Mme Merkel et M. Sarkozy ont exposé leurs positions dans une lettre au premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, président en exercice de l’Union européenne. Le sujet sera débattu par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, le 17 septembre, à Bruxelles. Il doit être débroussaillé dès mercredi 3 septembre par les ministres des finances de l’Union européenne, puis, samedi 6 septembre et dimanche 7 septembre 2009, à Londres, par les ministres des finances du G20.

Un trader au New York Stock Exchange

La France et l’Allemagne veulent aussi contrôler les bonus octroyés aux traders. Paris a obtenu l’introduction d’un système de bonus malus tandis que Berlin a publié, mi-août 2009, un corpus de nouvelles règles, par l’intermédiaire de la BaFin, le gendarme allemand des marchés financiers. "Nous appliquerons ces mesures quelles que soient les décisions des autres", a expliqué M. Sarkozy. Un conseiller de l’Elysée explique que Paris et Berlin " prennent un risque" en annonçant des mesures dont ils ne sont pas certains qu’elles seront adoptées au niveau mondial. "Il y a maintenant une opinion publique mondiale. Partout, dans le monde, les gens sont ulcérés par la pratique de bonus extravagants", a assuré M. Sarkozy.

Un trader au New York Stock Exchange

La stratégie de sortie de crise sera aussi au menu de Pittsburgh. Sur ce point, la France et l’Allemagne divergent en silence. La chancelière allemande a déclaré "soutenir" l’initiative de son ministre des finances, le social-démocrate Peer Steinbrück. Dans une lettre à ses homologues du G20, le grand argentier allemand a estimé que "la diminution des mesures budgétaires instaurées pour faire face à la crise doit se faire le plus rapidement possible, afin de ramener les déficits à un niveau gérable". Il réclame également "une communication sérieuse suivant laquelle les autorités monétaires réagiront à d’éventuelles pressions inflationnistes par un durcissement monétaire". En clair, la Banque centrale européenne doit, selon lui, indiquer clairement qu’elle remontera si nécessaire ses taux d’intérêt, en cas de reprise de l’inflation. M. Sarkozy, qui compte lancer un grand emprunt en France, alors que les déficits s’envolent, n’a pas commenté ces propos. Angela Merkel a précisé qu’il ne fallait pas stopper trop brusquement les plans de soutien de la conjoncture. Mais elle ne veut pas recréer une nouvelle bulle financière, comme celle née de la relance monétaire et budgétaire qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.

Marie de VERGES et Arnaud LEPARMENTIER

Un trader au New York Stock Exchange

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