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Le Figaro, 4 septembre 2009

Gabon : Flambée de violence après la victoire d’Ali Bongo

par J.B. et C.J.


Des électeurs devant un bureau de vote, à Libreville, le 30 août 2009

Des partisans de l’opposition, qui accusent la France d’avoir imposé la victoire à l’élection présidentielle d’Ali Bongo, ont manifesté, jeudi 3 septembre 2009, contre les installations de Total et de Schlumberger, et incendié le consulat français de Port-Gentil.

Gabon


La publication des résultats avait été annoncée, initialement, pour mercredi 2 septembre au soir, mais des incompréhensions entre membres de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap) l’ont retardée, selon son président, René Aboghé Ella. La proclamation a donc eu lieu jeudi 3 septembre au matin, à Libreville. La Cour constitutionnelle doit toutefois encore valider le résultat du scrutin. Selon les résultats obtenus par les 18 candidats à l’élection présidentielle anticipée du 30 août 2009 dans chacune des 9 provinces du pays, Ali Bongo, âgé de 50 ans, le fils du président défunt, Omar Bongo, a rassemblé 141952 voix, soit 41,73 % des suffrages. Il devance l’ancien ministre de l’Intérieur, André Mba Obame, qui a obtenu 88028 voix et 25,88 % des suffrages, et l’opposant historique, Pierre Mamboundou, qui a recueilli 85797 voix et 25,22 % des suffrages. Au total, 357402 des 807402 inscrits ont voté, selon les chiffres donnés par le ministre. André Mba Obame rejette les résultats et continue de s’affirmer vainqueur. Mba Obame, Mamboundou comme Ali Bongo avaient revendiqué chacun précédemment leur victoire à l’élection présidentielle. D’ores-et-déjà, Ali Bongo a promis d’être « le président de tous les Gabonais ». Il a exhorté ceux qui contestent sa victoire d’accepter le verdict des urnes et à ne pas la contester dans la rue. Pour lui, « le peuple gabonais ne peut être pris en otage, le peuple gabonais ne doit pas être exposé et personne n’a le monopole ni du peuple ni de la rue ».

Des soldats devant un bureau de vote, à Libreville, le 30 août 2009

La victoire contestée à l’élection présidentielle d’Ali Bongo menace de plonger le Gabon dans la violence. Depuis l’annonce des résultats du scrutin, les incidents se sont multipliés jeudi 3 septembre 2009. Alors que les opposants à Omar Bongo accusent la France d’avoir « imposé » aux Gabonais le fils du président défunt, plusieurs attaques contre des bâtiments abritant des intérêts français ont eut lieu à Port-Gentil, fief de l’opposition et seconde ville du pays située à une centaine de kilomètres de la capitale, Libreville. Une employée du groupe franco-américain Schlumberger a été sérieusement blessée. D’origine polonaise, ces jours ne sont cependant pas en danger. Parallèlement, trois stations-service de Total ont été endommagées. La compagnie ne déplore aucun blessé dans les pillages et assure avoir pris toutes les dispositions pour mettre en sécurité son personnel et leurs familles. Des manifestants se sont aussi rapprochés de « La grande concession », un bâtiment de Total Gabon à Port-Gentil causant des dégâts matériels à proximité. Mais selon Toyal, les bâtiments en eux-mêmes n’ont pas été abîmés. Plus tôt dans la journée, des partisans de l’opposant Pierre Mamboundou, arrivé en troisième position au scrutin, ont attaqué le consulat de France. Ils ont forcé le portail d’entrée et ont mis à sac la partie administrative du consulat avant d’y mettre le feu. Des éléments de l’armée française ont, depuis, pris position au consulat de France de Port-Gentil. Les boxes de petits commerces attenants au grand supermarché, à proximité du consulat, ont également été pillés. Les manifestants, qui s’en sont également pris aux commerces d’immigrés ouest-africains dans le quartier, jouaient au chat et à la souris avec les forces de l’ordre en fin d’après-midi. Les fidèles de Pierre Mamboundou avaient commencé leur rébellion par la libération des détenus de la prison de Port-Gentil. Un couvre-feu a été instauré, jeudi 3 septembre 2009, à partir de 20h00, sur toute la ville.

Des manifestants, à Libreville, le 2 septembre 2009

A Libreville, des troubles ont eu lieu dans de nombreux quartiers populaires, alors que le Bord de mer, où se situent la Présidence, les principaux ministères et commerces, faisait l’objet d’une protection particulière. Pierre Mamboundou a même été blessé dans les débordements. L’opposant a été « touché à la tête et à l’épaule », lors de la dispersion, jeudi 3 septembre 2009 au matin, du rassemblement de ses partisans réunis près des locaux de la Commission électorale. Il est, depuis, « en lieu sûr ». Lors de ces échauffourées, des jeunes ont tenu des discours hostiles à Ali Bongo et à la France. « Les Blancs, on va les tuer ! », « On en a marre de ces Français, il faut les chasser, les tuer ! », menaçaient-ils.

Des manifestants, à Libreville, le 2 septembre 2009

Le Quai d’Orsay recommande aux Français de rester chez eux. Face à cette montée des tensions, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, satisfait du processus électoral au Gabon, a assuré qu’un « dispositif » était « prêt pour protéger les Français » du Gabon, en cas de nécessité. Le quai d’Orsay a recommandé aux 10000 expatriés français de « rester chez eux ». Condamnant « très fermement les atteintes à l’ordre public », Bernard Kouchner a réaffirmé que « la France n’a pas eu de candidat et n’est pas intervenue, jamais, jamais, jamais ». « J’espère que la raison l’emportera et que le Gabon ne sera pas une nouvelle Côte d’Ivoire », a confié le ministre.

J.B. et C.J. Avec AFP

Des soldats, à Libreville, le 2 septembre 2009

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