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Le Figaro, 6 septembre 2009

Gabon : Des centaines d’habitants fuient Port-Gentil

par J.B. et C.J.


Une barricade à Port-Gentil

Pour la troisième nuit consécutive, Port-Gentil a été le théâtre de scènes de pillages et d’émeutes. Total a organisé un « repli temporaire » de ses salariés basés à Port Gentil où les violences, qui ont éclaté depuis l’annonce, jeudi 3 septembre 2009, de la victoire d’Ali Bongo, ont fait deux morts.

Gabon


Le verdict de la Cour constitutionnelle gabonaise qui a confirmé, vendredi 4 septembre après-midi, la victoire d’Ali Bongo Odimba, n’a pas apaisé les esprits. Samedi 5 septembre au soir, Port-Gentil, la capitale économique du Gabon et fief de l’opposition, où l’on déplore déjà deux morts depuis le début des émeutes, jeudi 3 septembre 2009, a été le théâtre d’une troisième nuit consécutive de violences. Faisant fi du couvre-feu, pillards et partisans de l’opposition ont multiplié les accrochages avec les forces de l’ordre dans les quartiers de Matanda et Salsa et le centre-ville de Port-Gentil, à Sindara, Cocotiers, et Quartier Chic. Des groupes de pillards très mobiles ont installé des barricades sur les principales voies de Port-Gentil pour empêcher les véhicules des forces de l’ordre de circuler. Total a décidé de transférer « temporairement » les familles des personnels de Port-Gentil à Libreville, tandis que, selon plusieurs témoignages, des centaines d’habitants quittaient la ville. Port-Gentil n’étant accessible que par bateau, le tarif du voyage en pirogue est passé de 10000 FCFA à 20000 FCFA (15,25 à 30,50 euros). Vendredi 4 septembre au soir, des manifestants avaient incendié le Foyer Roger Buttin, un centre sportif et social de Total. « On entend des tirs, sans que l’on sache si ce sont des tirs de gaz lacrymogènes ou des coups de feu, mais cela semble très violent », témoignait une habitante du quartier Château où un commissariat a été pillé et brûlé pendant l’après-midi. Des pillards ont attaqué, en fin de journée, des commerces dans la périphérie nord de Port-Gentil. La veille, des manifestants ont déjà attaqué la prison de la ville et libéré les détenus, avant d’incendier le consulat général de France. Des installations du groupe pétrolier français Total et du groupe franco-américain Schlumberger avaient également été prises pour cibles et trois femmes ont été blessées. Ces violences, qui ont éclaté, jeudi 3 septembre, suite à l’annonce de la victoire d’Ali Bongo, ont fait, pour le moment, deux morts. Selon les autorités gabonaises, une des victimes aurait visé les forces de l’ordre et aurait été tuée, jeudi 3 septembre, par un tir de riposte. L’autre aurait succombé le même jour aux tirs de pillards. Autant d’incidents qui ont entraîné le départ du gouverneur de la région, démis de ses fonctions, jeudi 3 septembre 2009, par le gouvernement gabonais.

Un blindé à Libreville, le 4 septembre 2009

À Libreville, en revanche, aucun incident n’a été signalé. Les activités ont repris sans toutefois connaître leur rythme habituel. Jeudi 3 septembre, des troubles ont eu eu lieu dans de nombreux quartiers populaires. Lors de ces échauffourées, des jeunes tenaient des discours hostiles à Ali Bongo et à la France. « On en a marre de ces Français, il faut les chasser, les tuer ! », menaçaient-ils. Jeudi 3 septembre 2009 au soir, la télévision publique RTG1 a fait état de l’interpellation de plusieurs jeunes impliqués dans les incidents.

Un soldat à Libreville, le 5 septembre 2009

Selon des résultats officiels, Ali Bongo, âgé de 50 ans, a remporté l’élection à un tour du 30 août avec 41,73 % des suffrages, devant l’ex-ministre de l’Intérieur, André Mba Obame (25,88 %) et Pierre Mamboundou (25,22 %). Le nouveau président a invité ses adversaires à « accepter le verdict des urnes » et à ne pas « prendre en otage » le peuple gabonais. « Il existe des institutions devant lesquelles on peut porter des réclamations et des recours ». « Il faut absolument que le calme revienne sur toute l’étendue du territoire », a redit, samedi 5 septembre 2009, le président gabonais à RFI. « Je trouve curieux » qu’un des candidats, « alors que Port-Gentil lui a donné une belle victoire, choisisse cette même ville pour y commettre un certain nombre d’exactions », a regretté Ali Bongo, visant, sans le nommer, Pierre Mamboundou. « Quand on aspire à être président de la république, ce n’est pas avec des gestes comme ceux-là que l’on doit se comporter », a-t-il poursuivi. Pierre Mamboundou, arrivé troisième du scrutin, a notamment appelé à la « résistance ». Disparu depuis trois jours, son sort est toujours incertain. Un autre opposant, arrivé deuxième du scrutin, André Mba Obame, continue de rejeter les résultats et persiste à s’affirmer vainqueur. Ali Bongo, qui a refusé la venue du médiateur sénégalais de l’Union africaine, a rejeté les critiques de ses opposants qui estiment que la commission électorale a conclu ses travaux de manière prématurée. « On reste toute une nuit et vous trouvez que c’est prématuré ? Après avoir fait recompter un certain nombre de localités plusieurs fois pour se rendre compte que les chiffres étaient les mêmes, que les PV (procès-verbaux des bureaux de vote) étaient identiques. C’est de la mauvaise foi, c’est tout ! », a-t-il lancé.

Des soldats, à Libreville, le 5 septembre 2009

De son côté, la France, visée par les manifestants de jeudi 3 septembre, a redit, vendredi 4 septembre au matin, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qu’elle accepterait le résultat de l’élection, une fois les éventuels recours examinés. Comme la veille, le ministre français a nié, sur RTL, toute ingérence dans les affaires gabonaises. Il a une fois encore recommandé aux 10000 expatriés français de « rester chez eux », tout en écartant, pour l’heure, toute évacuation. « Aucun Français n’a été molesté », a souligné, samedi 5 septembre 2009, le ministre. « Je regrette, bien entendu, ce qui s’est passé à Port-Gentil, mais voilà c’est entre Gabonais, entre fractions et concurrents, pour le moment. J’espère que le pire est derrière nous », a-t-il souligné.

J.B. et C.J. avec AFP et AP

Des blindés à Libreville, le 5 septembre 2009

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