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Le Figaro, 29 septembre 2009

Guinée : Répression sanglante

par J.B.


Des manifestants, à Conakry, le 28 septembre 2009

Un rassemblement d’opposants dans un stade de Conakry a été dispersé dans le sang par les forces de l’ordre. Plusieurs dizaines de personnes, qui dénonçaient l’éventuelle candidature du chef de la junte à l’élection présidentielle de janvier 2010, ont été tuées.

Guinée


Un véritable « carnage », selon un médecin qui a accueilli les dépouilles de plusieurs victimes. Au moins 87 manifestants hostiles à la junte au pouvoir en Guinée ont été tuées par balles, lundi 28 septembre, lors d’une sanglante répression exercée par les forces de l’ordre. C’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir, il y a neuf mois, lors d’un coup d’État, que la junte militaire réprime dans le sang une manifestation d’opposants. Le rassemblement, interdit, a été maintenu par l’opposition. Des dizaines de milliers de manifestants se sont donc rassemblés, lundi 28 septembre 2009, dans le plus grand stade de Conakry pour s’opposer à l’éventuelle candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle de janvier. Un peu plus tôt, les forces de l’ordre avaient déjà violemment dispersé les opposants à l’aide de matraques et de grenades lacrymogènes près du stade de la capitale, et arrêté des dizaines de personnes. Le stade de 25000 places s’est ensuite empli d’une foule de manifestants, débordant jusque sur les pelouses et aux abords. Des tirs ont alors été entendus. Après l’intervention des forces de sécurité, venues évacuer le stade, « il y a 87 corps qui ont été ramassés dans et autour du stade, après le passage des militaires », a indiqué un responsable de la police sous couvert de l’anonymat. « En ce moment, il y a 47 corps au camp (militaire) Samory Touré (à Conakry), dont quatre femmes, qui seront enterrés dans la nuit », a précisé cette source. D’après un membre de la Croix-Rouge, les dirigeants de l’armée ont demandé que les cadavres collectés soient apportés au siège de la junte et non dans les morgues. Pour cet humanitaire, il y a « une volonté de dissimuler les corps des victimes » de la répression. Dans un autre établissement sanitaire de Conakry, une source médicale avait auparavant assuré qu’un camion militaire était venu pour ramasser des « dizaines de corps », emmenés vers « une destination inconnue ».

Des manifestants, à Conakry, le 28 septembre 2009

Ces violences interviennent au moment où la communauté internationale fait pression sur le chef des putschistes pour qu’il respecte ses engagements de ne pas se présenter à l’élection et de laisser le pouvoir aux civils. Dans un entretien diffusé, lundi 28 septembre 2009 au soir, par Radio France Internationale (RFI), le chef de la junte a déclaré attendre « qu’on [lui] donne les chiffres [des morts] ». « C’est malheureux, c’est dramatique. Effectivement, il y a eu des morts, mais je n’ai pas encore les chiffres. Je suis là et j’attends qu’on me fasse le point de la situation. Très franchement parlant, je suis très désolé, très désolé », a-t-il ajouté.

Des policiers arrêtent un manifestant, à Conakry, le 28 septembre 2009

La France, par l’intermédiaire du secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, a condamné « avec la plus grande fermeté » la « répression violente » exercée par l’armée guinéenne, et appelé les militaires à réaffirmer leur volonté de « rendre le pouvoir aux civils ». Paris « consulte ses partenaires au sein de l’Union européenne et du Groupe international de contact sur la Guinée afin d’étudier les conséquences à tirer rapidement de ces événements ».

J.B. avec AFP

Des policiers arrêtent un manifestant, à Conakry, le 28 septembre 2009

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