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dimanche 26 février 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (5ème partie) : Du 1er mai 2004 au 15 mai 2004
AFP, 3 mai 2004

Crimes de guerre en Irak : Un ex-ministre irakien affirme avoir alerté la coalition à l’automne 2003


BAGDAD (AFP) - L’ex-ministre des Droits de l’Homme en Irak affirme avoir alerté, dès novembre 2003, la coalition des violations des droits de l’Homme en général et notamment dans les prisons, alors que le scandale suscité par les photos montrant des sévices contre des détenus prend de l’ampleur.


"En novembre 2003, j’ai parlé de vive voix à (l’administrateur civil américain Paul) Bremer des violations des droits de l’Homme en général, et notamment dans les prisons, commises par les soldats américains à l’égard des citoyens irakiens. Mais je n’ai pas eu de réponse", a déclaré, lundi 3 mai 2004, à l’AFP, Abdel Bassat Turki, dont la démission présentée le 8 avril a été acceptée dimanche. "Cela veut dire qu’il n’a pas fait attention aux informations que je lui ai données", a-t-il poursuivi.

Le scandale a éclaté par la diffusion de photos révélant les sévices infligés à des détenus à la prison d’Abou Gharib, près de Bagdad, par des militaires américains, qui ont provoqué l’indignation dans le monde. C’est la plainte d’un soldat de la coalition qui a entraîné, en janvier 2004, l’ouverture d’une enquête.

L’armée américaine avait annoncé, mercredi 28 avril 2004, à Bagdad, la mise en cause de six militaires. Inculpés en mars, notamment d’actes de cruauté et de conduite obscène envers une vingtaine de détenus d’Abou Gharib, ils devraient être traduits en cour martiale. Quatre autres font toujours l’objet d’une enquête.

Par ailleurs, six officiers américains ont reçu un blâme écrit à la suite de cette enquête, ce qui ouvre la voie à une procédure de radiation de l’armée, a indiqué, lundi 3 mai 2004, un haut responsable de la coalition.

"C’est un point positif mais ce n’est pas assez. Il faut punir les soldats ou les officiers qui ont commis les crimes", a commenté un porte-parole du ministère des Droits de l’Homme, Jihad Zaïr.

Les photos diffusées, mercredi 28 avril 2004, par la chaîne américaine CBS, montraient, notamment, des détenus entassés nus devant des soldats américains hilares.

"J’avais des informations sur des violations des droits de l’Homme dans les prisons avant, (mais) jamais je n’aurais imaginé une telle maltraitance", a dit M. Turki.

L’ancien ministre dit avoir demandé en vain l’autorisation de visiter les "prisonniers de sécurité", soupçonnés d’avoir participé à des opérations contre la coalition.

Son ministère avait également demandé, il y a trois ou quatre mois, l’ouverture d’un bureau à la prison d’Abou Gharib, ce qui devrait se faire la semaine prochaine. "Je comprends maintenant pourquoi le processus a été si long", a dit M. Turki.

M. Turki a expliqué qu’à leur libération, des prisonniers sont allés témoigner "auprès de (son) ministère, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), d’organisations non gouvernementales et de partis politiques".

"Ils ont dit que certains étaient maintenus des heures sous le soleil dans des bases américaines, maintenus deux jours sur une chaise à l’aéroport, battus à coups de pied à la prison d’Abou Gharib", a déclaré l’ancien ministre qui affirme s’être entretenu "directement avec plus de dix prisonniers libérés" depuis novembre 2003.

En revanche, il a indiqué que ses demandes concernant l’amélioration du traitement des femmes emprisonnées avaient été prises en compte.

Mais, a-t-il ajouté, "en janvier 2004, j’ai entendu parler de viols, sans preuve. Je considérais ces rumeurs comme incertaines, (aujourd’hui) je me dis que tout est possible".

M. Turki, premier ministre des Droits de l’Homme qu’ait connu l’Irak, avait présenté sa démission pour protester contre les opérations de la coalition dans la ville sunnite de Falloujah ou dans les villes chiites en proie à des insurrections de résistants, en avril 2004.

La coalition, conduite par les Etats-Unis, avait invoqué, entre autres, le respect des droits de l’Homme, pour justifier l’invasion du pays et le renversement du régime dictatorial de Saddam Hussein.

Agence France-Presse

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