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Reuters, 3 octobre 2009

Guinée : Des étrangers ont participé à la tuerie du 28 septembre


Le cadavre d’une victime de la tuerie du 28 septembre est exposé devant la Grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009

CONAKRY - Des tireurs étrangers, dont certains parlaient anglais avec un accent libérien, ont participé à la sanglante répression d’une manifestation antigouvernementale, lundi 28 septembre 2009, à Conakry, ont rapporté, vendredi 2 octobre 2009, des témoins et d’autres sources. Leurs déclarations contredisent celles du chef de la junte au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui a imputé la mort de dizaines de manifestants à des éléments incontrôlables de l’armée guinéenne.

Guinée


Le capitaine Camara a pris le contrôle de la Guinée, en décembre 2008, à la faveur d’un coup d’Etat sans effusion de sang, et il n’a jusqu’ici pas honoré sa promesse d’assurer une transition rapide vers un régime civil.
Les investisseurs ont été déconcertés par la décision, en septembre 2009, des autorités guinéennes d’annuler la vente, en 2006, du complexe de bauxite-alumine Friguia au producteur russe d’aluminium UC Rusal.

Les cadavres de victimes de la tuerie du 28 septembre sont exposés devant la Grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009

Les relations ont souvent été tendues, entre la Guinée et le Liberia, et ce dernier a accusé son voisin du nord d’avoir soutenu les rebelles qui ont déclenché la guerre civile de 1999-2003. La présence de mercenaires étrangers, si elle est avérée, ajouterait du poids aux accusations de mouvements guinéens des droits de l’homme qui affirment que la tuerie, qui a fait au moins 157 morts, a été organisée et n’est pas le fait d’éléments incontrôlés de l’armée. Les autorités ont avancé un bilan de 57 morts, dont beaucoup ont, selon elles, été victimes d’une bousculade. "Parmi ceux qui ont tiré sur les gens, il y avait des individus qui ne portaient pas l’uniforme de l’armée régulière. Ils parlaient une langue que je ne comprends pas", a déclaré Mouctar Diallo, un dirigeant de l’opposition qui a été battu au cours du rassemblement. Un responsable guinéen de l’ONU qui a souhaité garder l’anonymat a dit avoir été battu par des hommes armés parlant anglais avec l’accent libérien. "Ils étaient ivres et, à l’évidence, sous l’influence de stupéfiants", a-t-il dit.

Les cadavres de victimes de la tuerie du 28 septembre sont exposés devant la Grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009

Le calme est revenu, à Conakry, depuis lundi 28 septembre, mais des témoins ont rapporté que les forces de sécurité avaient utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des milliers de proches de victimes venus près d’une mosquée chercher les corps qui leur étaient remis, vendredi 2 octobre 2009, par l’armée. Le capitaine Camara a réaffirmé, jeudi 1er octobre 2009 au soir, à Reuters, que l’opposition était responsable des violences pour avoir appelé quelque 50000 partisans à se rassembler dans un stade de la capitale. "Ils savaient qu’avec cette marée humaine, ils ne pourraient pas contrôler leurs partisans. Ils savaient ce qui allait se passer", a-t-il dit dans une interview. "Leur but était de dire que le président Dadis ne devrait pas être candidat (à l’élection du 31 janvier 2010). Je pense que c’était prémédité".

Les cadavres de victimes de la tuerie du 28 septembre sont exposés devant la Grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009

Le président burkinabé, Blaise Compaoré, a été nommé médiateur dans la crise en Guinée par le président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, le Nigérian Umaru Musa Yar’Adua, a annoncé la Cedeao. La France, ancienne puissance coloniale, a suspendu sa coopération militaire avec Conakry à la suite du bain de sang de lundi 28 septembre 2009, qui intervient après des mois de tensions croissantes entre la junte et l’opposition guinéenne. La télévision publique a annoncé que le président russe, Dmitri Medvedev, a adressé, vendredi 2 octobre 2009, au capitaine Camara, une lettre de félicitation à l’occasion du 51e anniversaire de l’indépendance de la Guinée. Aucun autre chef d’Etat étranger n’a, semble-t-il, fait de geste similaire.

Reuters

Des manifestants devant la Grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009

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