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jeudi 23 mars 2017
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Le Monde, 10 juillet 2009

Corruption : La droite espagnole est déstabilisée par une affaire

par Jean-Jacques BOZONNET


José Maria Aznar

Des têtes ont commencé à tomber, sept mois après le début d’un scandale de corruption qui affecte le Parti populaire (PP, droite), principale formation d’opposition en Espagne. Trois députés conservateurs du parlement régional de Madrid ont été "démissionnés" de leur groupe parlementaire, jeudi 8 octobre 2009, par la présidente de la Communauté autonome de Madrid, Esperanza Aguirre, une figure éminente du PP au niveau national. Son homologue de la région de Valence, Francisco Camps, devrait être contraint de prendre, dans les prochaines heures, selon la presse, des mesures similaires, notamment contre un de ses proches, numéro 2 du PP local.

Espagne


Madrid et Valence sont les deux régions les plus gangrenées par l’affaire de corruption dite "Gürtel", que le juge Baltazar Garzon a commencé d’instruire, en février 2009, avant d’en être dessaisi. La cascade de révélations publiées cette semaine par la presse après la levée partielle du secret de l’instruction a montré que, parmi les dix-huit membres du PP mis en examen, figurent des personnalités d’autres régions dirigées par la droite (Galice, Castille-et-Leon). Au total, 70 personnes sont impliquées. L’ancien trésorier national du parti, le sénateur Luis Barcenas, est soupçonné d’avoir touché les plus fortes sommes de la part du réseau d’entrepreneurs dirigé par l’homme d’affaires Francisco Correa. Au fil des 17000 pages du dossier d’instruction apparaissent également des proches de l’ex-premier ministre, José Maria Aznar, dont son ancien secrétaire particulier, un de ses ministres et son propre gendre, Alejandro Agag.

Luis Barcenas

Depuis des mois, la direction du PP s’efforçait de nier l’existence de tout délit, dénonçant "un complot contre le parti" orchestré par les socialistes et le gouvernement, voire par une police aux ordres du ministère de l’intérieur. A la veille de la publication de comptes-rendus d’interrogatoires et de transcriptions d’écoutes téléphoniques accablants, le chef du Parti populaire, Mariano Rajoy, recommandait encore à ses militants "un certain sens de l’indifférence". La réalité du réseau Gürtel, offrant voitures de luxe et argent liquide en échange de contrats publics, ne faisant plus de doute, le successeur de José Maria Aznar à la présidence du parti a reconnu "un réseau de corruption monté pour profiter du PP et lui nuire", mais il refuse d’y voir "un système de financement illégal". L’implication de Francisco Camps, l’un de ses principaux soutiens au sein du PP, explique l’attentisme de M. Rajoy, aujourd’hui pris de vitesse par la décision de sa rivale, Esperanza Aguirre, de commencer à faire le ménage dans son entourage.

Mariano Rajoy

Si le scandale Gürtel risque d’exacerber les tensions internes en vue du leadership pour les élections de 2012, il ne semble pas avoir d’impact sur l’électorat de droite. Un sondage réalisé dans la Communauté autonome de Valence, publié, vendredi 9 octobre 2009, par El Pais, indique une stabilité des intentions de vote pour le PP : 53,4 % contre 54,3 % aux régionales de 2007. Sur le plan national, le Parti populaire devance dans tous les sondages un Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) particulièrement handicapé par la crise économique et le chômage.

Jean-Jacques BOZONNET

Alejandro Agag

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