retour article original

mercredi 1er mars 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Guinée
Libération, 29 octobre 2009

Guinée : Human Rights Watch dénonce un massacre prémédité


Evacuation d’une victime, à Conakry, le 28 septembre 2009

L’ONG estime qu’entre 150 et 200 personnes ont été tuées, le 28 septembre 2009, dans le stade de Conakry. Elle appelle à une enquête indépendante pour ce qui pourrait s’apparenter à un crime contre l’humanité, en raison du caractère ethnique de la tuerie.

Guinée


Une opération planifiée, légitimée par le pouvoir, et soigneusement dissimulée depuis. C’est la principale conclusion de l’ONG Human Rights Watch (HRW) qui rend publique, mercredi 28 octobre, une enquête approfondie sur les meurtres et les viols commis, le 28 septembre 2009, dans un stade à Conakry, en Guinée. Pour l’ONG, ces actes ont été, pour la plupart, commis par des unités d’élite de la Garde présidentielle, les « Bérets rouges ». Ils auraient tué au moins 150 personnes et violé des dizaines de femmes, de façon totalement préméditée, lors d’un rassemblement pacifique de l’opposition guinéenne à la junte de Dadis Camara. « Le gouvernement ne peut plus continuer à alléguer que les victimes ont été tuées par inadvertance », a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les forces de sécurité ont encerclé et bloqué le stade, puis ont fait irruption à l’intérieur, avant de commencer à tirer froidement sur les manifestants, jusqu’à ce qu’elles n’aient plus de balles », a-t-elle ajouté. Selon l’organisation, « aucune preuve » n’indique que les membres de l’opposition aient été armés. Dans ce rapport de neuf pages, Human Rights Watch cite les témoignages de plusieurs personnes présentes lors de la tuerie. Cela commence par des tirs de « grenades lacrymogènes » et des « tirs dans la foule ». Human Rights Watch signale également des « commentaires à caractère ethnique au cours des attaques ». Les hommes de la junte au pouvoir sont en grande partie chrétiens ou animistes, alors que les manifestants appartiennent majoritairement à l’ethnie peule. Human Rights Watch a également recueilli les témoignages de nombreuses femmes présentes ce jour-là, qui décrivent, dans des récits souvent à la limite du supportable, comment elles ont été violées dans le stade, mais également à l’extérieur, parfois plusieurs jours durant.

Un blessé, dans un hôpital de Conakry, le 30 septembre 2009

Alors que le bilan « officiel » de cette tuerie s’élève, pour l’instant, à 57 morts, Human Rights Watch estime qu’il est plutôt de « 150 à 200 morts » et près de 1000 blessés. Pour l’ONG, la différence s’explique par le fait que des hommes portant des bérets rouges ont récupéré des corps dans les morgues pour les transférer dans des bases militaires, où ils ont été enterrés dans des fosses communes. Human Rights Watch appelle à des « enquêtes criminelles indépendantes » pour ce qui pourrait s’apparenter à un « crime contre l’humanité ». L’ONG demande à ce que la responsabilité criminelle de Moussa Dadis Camara, le chef de la junte, ainsi que celle de plusieurs officiers présents dans le stade, soit examinée.

Libération

Moussa Dadis Camara

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source