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mercredi 22 février 2017
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20 Minutes, 29 octobre 2009

Corruption : La magistrature française protège les pillards africains

par Charlotte MANNEVY


Omar Bongo

C’est non. La cour d’appel de Paris a refusé, jeudi 29 octobre 2009 au matin, qu’un juge d’instruction se saisisse de l’affaire "biens mal acquis" par les présidents du Gabon, du Congo et de Guinée Equatoriale et leur entourage. La chambre de l’instruction estime que la plainte, déposée, en décembre 2008, par l’ONG Transparence International, et à laquelle une juge d’instruction avait donné son feu vert en mai 2009, n’est pas recevable. Selon elle, l’organisation n’a pas juridiquement intérêt à agir.

France


« Ce soir, les grands corrompus vont sabler le champagne, s’exclame William Bourdon, l’avocat de Transparence International. La jurisprudence autorise les associations à porter plainte. Nous allons d’ailleurs nous pourvoir en cassation. » L’avocat dénonce une « affaire extraordinairement politique ». Il y a eu « une omerta judicaire. Il est clair qu’il y a aujourd’hui un retour de la Françafrique », affirme William Bourdon.

William Bourdon

La plainte de Transparence Internationale vise les conditions d’acquisition d’un important patrimoine par le Congolais Denis Sassou N’Guesso, le Gabonais Omar Bongo, aujourd’hui décédé, et le président de Guinée-Equatoriale, Teodoro Obiang. Le montant estimé de ces biens atteint 160 millions d’euros selon Transparence Internationale. « Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, souligne l’association. Il y a des milliards détournés dans ces pays, où la population vit avec moins d’un dollar par jour. » En 2007, la justice française s’était brièvement saisie du dossier du « clan Bongo » avant de classer l’affaire sans suite. Pourtant, selon le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), l’enquête de police est accablante. L’ancien président gabonais et sa famille possèdent, outre six garages, trente-trois propriétés en France, la plupart situées dans les quartiers les plus chics de Paris, les autres sur la Côte-d’Azur. Joyau de l’inventaire, un hôtel particulier situé dans le 8e arrondissement de la capitale, acquis pour 18,875 millions d’euros, en juin 2007, par une société civile immobilière dont trois porteurs de parts sont l’épouse d’Omar Bongo et deux de ses enfants. Une enquête qui n’est guère plus tendre avec le président congolais, Denis Sassous Nguesso, accessoirement beau-père d’Omar Bongo. Selon les procès-verbaux des policiers cités par le CCFD, Denis Sassous NGuesso possède notamment un modeste neuf pièces de 328 m2 dans le 17e arrondissement de Paris, acheté pour 2470000 euros par son épouse, en 2007.

Denis Sassou-Nguesso

Si les Etats congolais et gabonais se font très discrets sur la procédure engagée par Transparence International, ce n’est pas le cas du président équato-guinéen. La défense de Teodoro Obiang a réaffirmé, jeudi 29 octobre 2009, que le chef d’Etat ne possède qu’« un pavillon en région parisienne, acquis en 1986 ». Ses avocats affirment d’ailleurs avoir déposé plainte en diffamation. « Faux, répond le président de l’ONG. A ce jour, cette plainte ne nous a jamais été notifiée. D’ailleurs, ironise Daniel Lebuègue, nous serions très heureux d’aller à nouveau en justice pour mettre à nouveau sur la table toutes les preuves en notre possession. »

Charlotte MANNEVY

Teodoro Obiang Nguema

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