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Le Figaro, 31 octobre 2009

Corruption : Les élus du Congrès des Etats-Unis

par Laure MANDEVILLE


Une porte menant aux bureaux du House Appropriations Subcommittee on Defense, au Capitole, siège du Congrès des Etats-Unis, à Washington DC

D’ordinaire, les informations du bureau d’éthique du Congrès américain restent secrètes et strictement confidentielles. S’il leur arrive d’assigner certains parlementaires en justice, les membres dudit bureau, chargés d’enquêter sur l’activité des représentants, des sénateurs et de leurs puissants états-majors, prêtent d’ailleurs serment de ne jamais révéler leurs enquêtes en cours, ni celles du passé. Mais jeudi 29 octobre 2009, un rapport de 22 pages s’est brusquement retrouvé sur un réseau informatique accessible au public, par la faute d’un collaborateur inattentif -voire malicieux. Levant le voile sur certaines des sulfureuses connexions qui lient souvent, aux Etats-Unis, le puissant pouvoir législatif aux intérêts privés et leurs non moins puissants lobbies.

Etats-Unis


On y découvre notamment que les dossiers de quelque 30 législateurs et membres de leurs équipes sont actuellement scrutés avec attention par le bureau d’éthique du Congrès pour mille et une raisons : préférence donnée par certains parlementaires à des compagnies dont leurs parents sont actionnaires ; participation à des séminaires de trois jours aux frais de compagnies privées cherchant à promouvoir leurs intérêts...

La révélation la plus intéressante concerne le très puissant sous-comité d’affectation des fonds de la défense de la Chambre des représentants, qui contrôle les dépenses du Pentagone. Sept de ses membres sont dans le collimateur des enquêteurs. Ceux-ci tentent de déterminer quelle a été la nature de leurs relations avec l’influente firme de lobbying PMA, active dans le secteur des industries d’armement. Le président du sous-comité, John Murtha, représentant démocrate de Pennsylvanie, est sur la sellette, de même que quatre autres membres de son parti et deux députés républicains. En 2008, un raid du FBI dans les locaux de PMA avait permis la saisie de nombreux documents sur les contributions financières de cette compagnie aux campagnes électorales de plusieurs législateurs, déclenchant une enquête judiciaire. Le bureau d’éthique s’efforce de déterminer si les élus, dont les photos étaient publiées, jeudi 29 octobre 2009, par le Washington Post, ont « récompensé » leur généreux donateur en « monnaie législative » ou en affectation de fonds. Selon le quotidien américain, près de 200 millions de dollars auraient été affectés par les sept parlementaires en cause pour des commandes passées à des constructeurs d’armement liés à PMA. Les représentants du peuple auraient touché, en retour, près de 6,2 millions de dollars de fonds de campagne au cours de la dernière décennie. Dans le même rapport, on apprend que le représentant républicain David Nunes, a été menacé, en 2007, par PMA, pour avoir refusé d’accéder à ses requêtes. De quoi alimenter les critiques visant l’étendue de la corruption à Washington. Toute la subtilité de l’enquête consistera à prouver les faits reprochés, sachant que les lobbyistes veillent à ne pas dépasser la ligne ténue qui sépare la défense légitime des intérêts privés d’une tentative de corruption, explique un ex-professionnel de l’industrie de l’armement qui a travaillé aux États-Unis.

John Murtha

Les annales du Congrès sont remplies de telles affaires. En maintenant le système de financement privé des campagnes électorales, l’Amérique condamne sa classe politique à ces délits d’initiés récurrents, explique Patrick Sabatier dans son ouvrage Washington confidentiel. « Ce va-et-vient permanent sur les passerelles dorées qui relient les mondes de la politique, du gouvernement et des affaires, est devenu un véritable manège depuis les années 1980 », écrit-il, insistant notamment sur le secteur de la défense. Les commandes du Pentagone à ces industries se montant chaque année à plus de 300 milliards de dollars, c’est, pour Sabatier, une « véritable ruée vers ce nouvel or noir » de Washington, qui lance des milliers de compagnies privées à l’assaut des centres de pouvoir.

Pete Visclosky

Le rapport sorti jeudi 29 octobre 2009 montre que, malgré ses efforts, l’Administration Obama n’a pas réussi à « nettoyer » le système. Ainsi, selon le Washington Post, le patron de PMA, Paul Magliochetti, n’a-t-il cessé, depuis dix ans, d’alimenter les caisses électorales démocrates. En 2008, il avait hébergé, dans sa belle maison d’Alexandria, en Virginie, une très chic soirée de levée de fonds pour le comité de campagne démocrate du Congrès, dont l’hôte d’honneur avait été Nancy Pelosi, futur speaker de la Chambre. Chaque firme invitée avait payé 28500 dollars pour y participer.

Laure MANDEVILLE

Nancy Pelosi

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