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lundi 21 août 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Etats-Unis (2ème partie) : Du 8 mars 2004 au 20 mai (...)

Crimes de guerre : L’esprit du gouvernement de George Walker Bush

par Frank BRUNNER


Affectant l’indignation devant les crimes de guerre américains, Donald Rumsfeld a affirmé que de tels actes étaient « non-américains ».

En réalité, ces actes sont dans la droite logique de l’esprit que fait régner l’idéologie néolibérale, non seulement aux Etats-Unis, mais dans la plupart des pays du monde. Ils résultent bel et bien de « l’esprit américain » de nos jours.

C’est l’esprit des « gagnants » contre « les perdants ». « Les gagnants » -c’est-à-dire les riches- ont tous les droits et sont censés incarner une espèce supérieure, tandis que « les perdants » n’ont que le droit de se soumettre.

On dépeint ses adversaires comme « des ennemis combattants » ou « des terroristes » puis on invoque cela comme prétexte pour leur dénier la protection des Convention de Genève et toute espèce de droit.


Derrière ces affaires de crimes de guerre, il faut discerner un état d’esprit général caractéristique du milieu de George Walker Bush. C’est l’esprit véhiculé par l’idéologie néolibérale incarnée par ceux qui dirigent le gouvernement des Etats-Unis : un mélange d’hypocrisie et de cynisme d’une malhonnêteté intellectuelle sans limite. On n’invoque « les valeurs de la démocratie » que pour mieux les pervertir et les bafouer.

Quand on voit les photos des prisonniers irakiens contraints de simuler des actes sexuels ensemble, il faut bien s’imaginer le degré de terreur qui a dû préalablement s’exercer sur eux afin d’obtenir une telle soumission de leur part. Ces détenus ont été délibérément terrorisés et réduits, par leurs bourreaux, au rang d’esclaves totalement soumis. Ce que montrent les photos n’est rien en comparaison de ce qu’il a fallu faire à ces détenus pour pouvoir ensuite les photographier ainsi.

Les membres du gouvernement de George Walker Bush affectent d’être « horrifiés » par la révélation des traitements subis par des prisonniers irakiens, alors que, dans le même temps, ils ferment délibérément les yeux sur des actes similaires commis dans les prisons aux Etats-Unis. Le cynisme ambiant fait que ces conditions de détention sont utilisées comme un moyen de pression : « Si vous ne vous montrez pas coopératif avec nous, on vous fera incarcérer dans le pénitencier de X, où vous serez violé trois fois par jour et assassiné avant un mois ! »

Quand George Walker Bush apprend qu’aux Etats-Unis tel ou tel détenu condamné à mort a été reconnu innocent, et qu’une forte proportion des détenus exécutés étaient innocents, il le déplore sans doute, comme tout un chacun. Il ne manque pas de faire dire, à son porte-parole, qu’il est « profondément troublé » et que « de telles choses ne devraient pas arriver dans un pays comme le nôtre ». Mais, cela ne l’empêche pas de vouloir la poursuite de ce système qui fait condamner des innocents. Parce que les condamnations, même arbitraires, sont censées avoir un effet dissuasif sur « la racaille ».

La hiérarchie militaire américaine n’est pas du tout crédible quand elle prétend que les crimes de guerre seraient dus à des individus incontrôlés et que l’armée, dans son ensemble, ne serait nullement concernée. Un général américain s’est vanté du fait qu’en Irak les Irakiens avaient dix fois plus de tués que les Américains. Dans le même temps, il avouait que l’armée des Etats-Unis ne se soucie pas de comptabiliser ses victimes. Déjà à l’époque de la guerre du Golfe, Colin Powell, alors chef de l’état-major combiné américain, exprimait le plus complet dédain à propos des pertes irakiennes.

En Irak, le haut commandement américain a sévèrement critiqué le fait que des soldats irakiens aient refusé de participer au massacre de leurs compatriotes, à Fallujah. Ce comportement a été attribué, non pas à de légitimes scrupules, mais à « un défaut de commandement ».

C’est-à-dire que des soldats irakiens « mieux » commandés auraient dû massacrer leurs compatriotes sans discussion, dès lors qu’on leur en donnait l’ordre. Cette anecdote est révélatrice d’un état d’esprit féroce, intransigeant et impitoyable, exigeant une soumission sans limite.

A Fallujah, le gouvernement de George Walker Bush a pris prétexte de la mort de quatre gardes de sécurité dans une attaque de la résistance, pour déclencher une opération de guerre contre la population de toute une ville qui, durant des semaines entières, a été bombardée, canonnée, mitraillée. A l’origine, le gouvernement de George Walker Bush a prétendu qu’il s’agissait d’arrêter les responsables de l’attaque contre les gardes de sécurité. Très vite, ce prétexte a été abandonné et on a cyniquement admis qu’il s’agissait de mâter « la ville rebelle », « le bastion sunnite ». Une menace similaire pesait sur Najaf et Kerbala.

Et alors même qu’on massacrait délibérément la population de Fallujah, on prétendait encore « lui venir en aide », « assurer la sécurité », « lutter contre les violences »...

De même, à Haïti, après l’éviction de Jean-Bertrand Aristide, le gouvernement de George Walker Bush était prêt à massacrer les insurgés haïtien, plutôt que de leur laisser prendre le pouvoir, malgré l’évident soutien populaire dont l’insurrection avait bénéficié. Les miséreux devaient rester dans leurs bidonvilles.

Arrivées à Port-au-Prince le 1er mars 2004, les troupes américaines ont aussitôt occupé le Palais présidentiel, et adopté une attitude menaçante à l’égard de la population haïtienne. Il ne leur a fallu qu’une semaine pour se faire détester.

Très vite, les troupes américaines se sont mises à massacrer des Haïtiens -tirs à la mitrailleuse contre des manifestants, conducteur de taxi abattu, etc...- alors qu’aucun soldat d’un quelconque contingent étranger n’a jamais tiré un coup de feu contre un Haïtien.

Le commandant des troupes américaines, à Port-au-Prince, rejetait systématiquement la responsabilité du massacre sur les Haïtiens eux-mêmes. Il a fallu la pression des pays ayant envoyé un contingent militaire à Haïti pour que les soldats américains se calment. Au début, ils se comportaient comme s’ils étaient en Irak ou en Afghanistan.

C’est cet esprit cynique et sans scrupule, totalement amoral, insufflé et encouragé depuis le sommet de la hiérarchie militaire, et depuis le sommet du gouvernement des Etats-Unis, qui se retrouve dans les actes et les sourires pervers des tortionnaires américains de la prison d’Abou Ghraib.

Frank BRUNNER

Genève, 5 mai 2004

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