retour article original

lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales
Le Figaro, 11 novembre 2009

Informations internationales : Ce virus qui télécharge des images pédophiles

Suivi d’un commentaire

par J.J.



Un palier a encore été franchi dans l’échelle des dommages pouvant être causés par un virus informatique. Dernières victimes en date : plusieurs internautes américains, accusés à tort de pédophilie. Des photos et vidéos pédophiles ont été téléchargées à leur insu sur leur ordinateur infecté par un virus, révèle Associated Press.


Les pirates, dont l’identité n’a pas été décelée, utilisaient le virus pour stocker des fichiers sur les ordinateurs de leurs victimes sans crainte d’être découverts par la police, leur adresse IP n’étant pas détectable. L’agence de presse cite l’exemple de Michael Fiola. En 2007, cet employé de l’Etat du Massachusetts est accusé d’avoir téléchargé des images pédophiles sur son lieu de travail. Immédiatement licencié, il est poursuivi par la justice. Il lui faudra onze mois, deux expertises et 250000 $ (167000 €) de frais de justice pour prouver son innocence. Infecté, son ordinateur était programmé pour visiter jusqu’à quarante sites pédophile par minute. Un soir, Michael est sorti dîner avec sa femme, pendant une heure et demie. Un temps suffisant pour qu’un pirate inonde son disque dur de contenus pédophiles. « Ça a ruiné ma vie, celle de ma femme et celle de ma famille », se souvient-il aujourd’hui.

Michael Fiola en compagnie de son épouse Robin

Pour les victimes, apporter la preuve de leur innocence est un calvaire. Il leur faut non seulement avoir les moyens de financer les expertises, mais aussi faire face au scepticisme de la justice vis-à-vis de ce mode de défense. Invoquer un virus informatique est un argument classique souvent utilisé par de « vrais » pédophiles. « C’est comme la bonne vieille excuse "mon chien a mangé mon devoir" », explique à Associated Press Phil Malone, directeur d’une clinique spécialisée dans les troubles liés à internet. « Le problème est que, parfois, le chien mange vraiment le devoir. » Ainsi, certaines victimes potentielles sont encore aujourd’hui en prison et clament leur innocence. Ned Solon, par exemple, purge une peine de six ans pour avoir téléchargé cinq vidéos pédophiles sur son ordinateur. Mais certains experts sont persuadés de son innocence. « Je ne pense pas que ce soit lui », assure ainsi Tami Lohers, qui a innocenté Michael Fiola. Mais la justice ne l’a pas entendu de cette oreille. Pour elle, l’ordinateur de Ned Solon était parfaitement sain à l’époque des faits et son antivirus fonctionnait bien. Ned Solon a décidé de faire appel. « Un jour, assure-t-il, la vérité sortira ».

J.J.

Phil Malone

Commentaire

On rappellera que les programmes antivirus ne protègent l’ordinateur que contre les virus déjà répertoriés par la société qui les vend. N’importe quel ordinateur peut être contaminé par un nouveau virus pas encore répertorié. Une fois introduit dans l’ordinateur, le virus peut être programmé pour neutraliser aussitôt les programmes antivirus, en sorte de ne pas pouvoir être détecté par eux. La plupart des virus suppriment immédiatement l’accès aux fonctions qui permettraient de les neutraliser. Le propriétaire de l’ordinateur ne peut même plus formater son disque dur (c’est-à-dire en effacer tout le contenu) pour se débarrasser du virus.

Par ailleurs, le virus peut être programmé pour créer des fichiers dans une partie du disque dur où le profane ne va jamais. Ces fichiers peuvent avoir des noms dépourvus de sens pour le profane, de sorte que, même s’il les aperçoit dans une liste de fichiers aux noms tout aussi bizarres, il ne réagira pas. Un tel fichier peut fort bien stocker des images pédophiles à l’insu du propriétaire de l’ordinateur.

Le problème, dans ces affaires judiciaires, c’est que les juges sont généralement tout aussi incompétents que l’accusé en matière d’informatique. L’accusé est incapable de se justifier, car il ne comprend pas ce qui s’est passé, et le juge se persuade que l’accusé est coupable parce qu’il ne parvient pas à se justifier.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

  • J.J.

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source