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lundi 21 août 2017
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Le Monde, 3 décembre 2009

Corruption : Au Brésil, un scandale embarrasse l’opposition

par Jean-Pierre LANGELLIER


Vue de Brasilia

Ce sont des vidéos accablantes, filmées en caméra cachée. L’une d’elles montre le gouverneur du District fédéral de Brasilia, José Roberto Arruda (Parti démocrate, DEM, opposition de droite), recevant de grosses liasses de billets. Sur une autre, le président de l’Assemblée législative locale, membre du même parti, Leonardo Prudente, dissimule de gros paquets d’argent dans ses poches et dans ses chaussettes. On retrouve ce dernier dans une troisième vidéo. Avec deux complices de haut rang, ils se tiennent par l’épaule, tête baissée, et prient, remerciant Dieu de leur bonne fortune, au sens fort du terme : "Notre Père, nous savons que nous sommes imparfaits. Que ton sang nous purifie..."

Brasil


Ces vidéos et quelques autres, aussi explicites, sont les pièces à conviction les plus spectaculaires du dernier en date des scandales de corruption qui frappe le Brésil, dévoilée par la police fédérale, au terme de l’opération, fort bien nommée, "Boîte de Pandore". La police accuse le gouverneur Arruda, pivot de l’affaire, d’avoir monté, depuis des années, un réseau de corruption impliquant des membres de son gouvernement, des élus locaux et des entreprises privées bénéficiaires de contrats publics. Chaque mois, le gouverneur recevait jusqu’à l’équivalent de 250000 euros provenant des caisses noires de ces entreprises. Il en gardait 40 %, le reste étant partagé entre le vice-gouverneur, Paulo Octavio, et plusieurs autres collaborateurs. Une part de cet argent était redistribuée à des députés appartenant au Parti démocrate et aux formations "alliées", majoritaires dans le gouvernement et dans l’Assemblée du District fédéral, "l’Etat" de Brasilia.

José Roberto Arruda

La police a, pour l’instant, mis en examen seize personnes. Dans son enquête, elle a reçu l’appui décisif d’un homme de main du gouverneur, son "secrétaire des relations institutionnelles", Durval Barbosa. Ce maniaque de la vidéo avait coutume de filmer en secret, dans son bureau, par précaution, les remises d’argent. Une fois démasqué, il a accepté, en échange d’une promesse d’indulgence de la police, de lui donner ses films, dont certains remontent à 2006 -à l’époque de la campagne électorale du futur gouverneur- et de jouer les taupes, en enregistrant d’autres scènes, pour mieux "charger" les coupables. Le gouverneur a mis trois jours pour réagir, niant les faits et se disant "victime des mensonges d’un collaborateur". A propos de l’une des manipulations d’argent filmées, il s’agissait, assure-t-il, d’une "donation " pour acheter "une cargaison de pannetons" destinée à des familles déshéritées. Une explication qui ne trompe personne.

Paulo Octavio

L’affaire embarrasse l’opposition. Seul gouverneur membre du Parti démocrate, M. Arruda, déjà éclaboussé par un scandale en 2001, avant d’être élu gouverneur en 2006, avait de bonnes chances d’être réélu. Le PSDB, principal parti d’opposition, et allié du DEM au niveau national, ne veut pas être contaminé par le scandale. José Serra, gouverneur de Sao Paulo, et probable candidat du PSDB à l’élection présidentielle de 2010, a pris ses distances avec son homologue de Brasilia, jugeant "gravissimes" les révélations de la police. La coalition gouvernementale, elle, savoure discrètement le scandale. En voyage en Europe, le président Lula s’est pourtant montré magnanime en déclarant que les fameuses vidéos "ne parlaient pas par elles-mêmes" et qu’il fallait attendre que la justice se prononce. En 2005, un scandale de corruption encore plus grave avait secoué son parti et failli emporter son gouvernement.

Jean-Pierre LANGELLIER

Durval Barbosa

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