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AFP, 5 décembre 2009

Côte d’Ivoire : Des juges s’intéressent aux "escadrons de la mort" et à Simone Gbagbo


Des sacs de cacao sont chargés à bord d’un cargo dans le port de San Pedro

Le spectre des "escadrons de la mort" en Côte d’Ivoire et d’une éventuelle implication de Simone Gbagbo ressurgit avec une demande d’entraide judiciaire à la Cour pénale internationale des juges français enquêtant sur la disparition de Guy-André Kieffer, à Abidjan, en 2004.

Côte d’Ivoire


Des groupes se livrant à des exécutions sommaires et extrajudiciaires avaient sévi, en Côte d’Ivoire, à la suite du déclenchement d’une rébellion, en septembre 2002. Dans un rapport de janvier 2003, l’ONU estimait qu’ils "seraient constitués d’éléments proches du gouvernement", une accusation fermement démentie tant par la présidence ivoirienne que par Mme Gbagbo. Une annexe de ce rapport, comprenant les noms de 95 personnes soupçonnées de ces exactions, devait être "remise à un procureur", avait affirmé, sans plus de précision, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Sur cette liste, rendue publique par RFI, figuraient notamment les noms de Simone Gbagbo et de Kadet Bertin.

Simone Gbagbo

Journaliste indépendant, Guy-André Kieffer a disparu, le 16 avril 2004, alors qu’il enquêtait sur des malversations, notamment dans la filière cacao, principale richesse du pays. Son corps n’a jamais été retrouvé. Les enquêteurs français soupçonnent certains cadres du régime liés aux milieux économiques d’être à l’origine de son enlèvement. Les juges parisiens Patrick Ramaël et Nicolas Blot, qui enquêtent sur la disparition du journaliste franco-canadien, ont adressé, "en début de semaine", une demande d’entraide judiciaire sur l’éventuelle implication d’Ivoiriens, dont Simone Gbagbo, dans des "escadrons de la mort", a-t-on appris, vendredi 4 décembre, de sources proches du dossier. Cette requête officielle vise à savoir "si la Cour pénale internationale dispose d’éléments impliquant une dizaine de personnes dans les escadrons de la mort", parmi lesquelles Simone Gbago, épouse du chef de l’Etat ivoirien, selon l’une de ces sources. Elle est intervenue peu avant que Laurent Gbagbo n’accuse, mercredi 2 décembre 2009, les magistrats de "vouloir politiser cette affaire (Kieffer, ndlr) qui n’en est pas une". Les noms de ces personnes apparaissent tous dans l’enquête des juges français sur la disparition de Guy-André Kieffer. Outre Mme Gbagbo, la demande d’entraide vise notamment le ministre ivoirien chargé du Plan, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et l’ancien ministre de la Défense, Kadet Bertin, selon cette source. Les deux mis en examen dans le dossier, Jean-Tony Oulaï -soupçonné d’avoir dirigé le commando auteur de l’enlèvement- et Michel Legré -beau-frère de Simone Gbagbo avec qui le journaliste avait été vu pour la dernière fois- figurent également dans la demande, tout comme Seka Yapo Anselme, chargé de la sécurité de la Première dame et Patrice Baï, l’ancien chef de la sécurité de la présidence. Simone Gbagbo, MM. Bohoun Bouabré, Seka et Baï ont été entendus comme témoins, en avril 2009, à Abidjan, par les juges français. Les juges ont également indiqué à la Cour, basée à La Haye, "tenir à disposition" des témoignages, recueillis dans le cadre de leur instruction, sur l’éventuelle implication dans des exactions de personnes apparaissant dans l’enquête Kieffer, selon ces sources proches du dossier.

Guy-André Kieffer

Pour le frère du journaliste, Bernard Kieffer, cette demande d’entraide à la Cour pénale internationale "est très intéressante, car elle permet d’élargir le débat, on change de braquet". "Ce n’est plus l’affaire Kieffer, mais la question des exactions en général qui est posée", a-t-il affirmé à l’AFP, rappelant qu’un autre Français, un avocat, avait été brièvement enlevé, fin 2004, à Abidjan.

Agence France Presse

Bernard Kieffer

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