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Le Temps, 5 décembre 2009

Guinée : La junte militaire implose

par Jean-Claude PECLET


Un pêcheur répare son filet dans le port de Conakry, le 6 octobre 2009

Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte qui a pris le pouvoir en décembre 2008, a été grièvement blessé par son aide de camp, Aboubacar Sidiki Diakité, qui est en fuite avec ses hommes.

Guinée


L’heure des règlements de comptes a sonné pour la junte de Guinée-Conakry, dont les troupes ont massacré quelque 150 personnes le 28 septembre, blessé plus de 1000 autres et violé de nombreuses femmes, suite à une manifestation qui demandait son départ. Son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, a été grièvement blessé, jeudi 3 décembre, par son aide de camp, Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, et transporté, vendredi 4 décembre, par avion au Maroc. A Conakry, où différentes factions de la junte se font face, la situation était tendue, vendredi 4 décembre 2009 au soir. La population se terrait chez elle, mais on ne signalait pas de tueries.

Moussa Dadis Camara en compagnie d’Aboubacar Sidiki Diakité

D’après les sources contactées par Le Temps, les événements se sont précipités, fin novembre, avec l’arrivée en Guinée de la commission onusienne d’enquête sur les massacres, dirigée par l’Algérien Mohamed Bédjaoui. Le capitaine Dadis aurait reconnu devant celle-ci avoir donné l’ordre d’intervenir contre les manifestants, le 28 septembre, mais aurait aussi chercher à diminuer sa responsabilité en chargeant son aide de camp, Toumba, dont les Bérets rouges ont ouvert le feu sur la foule réunie au stade de Conakry. Mercredi 2 décembre au soir, des Bérets verts fidèles au chef de la junte et ses proches, le ministre de la Sécurité présidentielle, Jean-Claude Pivi, et le secrétaire d’Etat à la Lutte contre la criminalité et le trafic de drogue, Moussa Tiégboro Camara, ont fait arrêter et transférer au camp de Koundara deux hommes de Toumba. Loin de plier, ce dernier a pris d’assaut le camp avec trois camions de Bérets rouges. Pour débloquer la situation, le chef de la junte et Moussa Tiégboro se sont rendus sur place, jeudi 3 décembre 2009. C’est là qu’ils ont essuyé des coups de feu qui ont assez profondément touché Dadis au cou et à la tête, tandis que Tiégboro était plus légèrement blessé. Quant à l’aide de camp, Toumba, dont les premières nouvelles disaient qu’il avait été arrêté, il a en fait pris la fuite avec un groupe de 100 à 150 hommes. On ignorait, vendredi 4 décembre 2009 au soir, où il se trouve à Conakry ; les contrôles militaires ont été renforcés aux points stratégiques.

Jean-Claude Pivi

Le ministre de la Défense, Sekouba Konaté, en voyage au Liban, serait rentré au pays, tandis que selon le site Guinée Live, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, organe contrôlé par la junte) serait réuni pour trouver un successeur au capitaine Dadis. Quel qu’il soit, celui-ci aura probablement du sang sur les mains. Selon les rapports des organisations de droits de l’homme, aussi bien Moussa Tiégboro que Jean-Claude Pivi ont joué un rôle dans les massacres du 28 septembre 2009, le second étant de plus très impliqué dans le trafic de drogue intercontinental.

Moussa Tiégboro Camara

La situation de la Guinée est délicate, car les putschistes qui ont pris le pouvoir en décembre 2008 sont des bandes armées formées de jeunes « forestiers » (la minorité dont est issue Dadis) et de mercenaires libériens. L’armée régulière a été largement écartée, ses officiers parfois arrêtés et torturés. Une hypothétique intervention militaire internationale, de la Communauté des Etats d’Afrique occidentale par exemple, est très risquée. L’opposition civile, qui se fait appeler « Forces vives », est divisée. Une médiation entre celle-ci et la junte par le président burkinabé, Blaise Compaoré, piétine, les « Forces vives » l’accusant de favoriser outrageusement les militaires. Les Etats occidentaux ont demandé que la junte mette en place un mécanisme de transition vers des élections.

Jean-Claude PECLET

Blaise Compaoré

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